‹ Bourdaloue: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporains (volume 2)Chapitre 63 sur 367 · V. Sermons inédits, p. 19, note · texte numérisé non relu

V. Sermons inédits, p. 19, note

2. Quant à la paraphrase du cantique d'Ezéchiel, je l'aime mieux aussi

dans la naïveté du manuscrit que dans le sermon imprimé, p. 41-44.

tion à la Mort nous prouvera que Bourdaloue n'hésitait point à « rapporter » à d’autres sermons certains morceaux vigoureux, qui se trouvent, dans l'édition, réduits à un seul, fortement adouci d’ailleurs.

Il est enfin un autre avantage à tirer des copies anciennes, C’est de nous aider à combler les lacunes, souvent maladroites, et à corriger les fautes grossières dont fourmillent les éditions clandestines. De ces « bourdes » énormes on trouvera de copieux spécimens aux notes Jusüficatives de ce livre‘. En voici un que je tire à dessein d’une phrase typique, moins pour la « coquille » que pour le caractère un peu bizarre de la métaphore employée par Bourdaloue. Elle est certainement à rapprocher de certaines manières de dire que j'ai eu occasion de relever dans celui des contemporains de notre orateur qui, avant lui et avec lui, fut goûté d’auditoires assez variés, Je veux dire le P. Giroust'. Comme il est un des prédicateurs qu’édita Bretonneau, nous aurons à le retrouver. En tout cas le morceau qui va suivre est tiré d’un sermon assez voisin de la manière de Giroust, pour que je le soupçonne d'être un de ses sermons guribué par erreur à Bourdaloue dans l’édition clandestine de 1692. Non-seulement, d’ailleurs, il manque dans l’œuvre imprimée de Bourdaloue, mais il est assigné par la collection subreptice au « mardi de la troisième semaine de carême. » Orilest à noter que le carême de Pédition officielle de Bretonneau ne contient aucun sermon des mardis. On trouve au contraire des sermons attribués à ces Jours dans le carême de Giroust publié par Bretonneau, ce qui n’est point spécial à cet orateur : le mardi en effet se rencontre en d’autres éditions, chez Fromentières, Lingendes, Maimbourg, La Rue et les autres dont Île carême a été édité. D'où vient donc cette anomalie à

{. V. note d, p. 120.

1. Le plagiat dans la prédication ancienne, Revue de Lille, sept. 1900.

l'égard de Bourdaloue? Si son éditeur a voulu prendre le type des carèmes de la cour, les jeudis alors soat de trop : «Il y avait en effet sermon dans la chapelle royale trois fois par semaine, le dimanche, le mercredi et le vendredi !. » Bretonneau se serait donc arrêté à un système bâtard, qui lPamena à supprimer ou transposer les sermons des mardis de carême que Bourdaloue avait dù prêcher en d’autres stations à la ville. Celui de notre subreptice est-il un de ces sermons ? Appartient-il au contraire à ceux de Giroust parmi lesquels du reste il est transcrit, sans attribution des uns ni des autres, au second volume des recueils Phelipeaux? Peu importe ici la réponse, car il s’agit de signaler l'emploi que nous pouvons faire des copies, pour amender les ignorances des imprimeurs clandestins de 1692.

On lit, dans l’édition subreptice ?, au commencement du premier point (sermon sur la Correction fraternelle) :

ILest certain que plus le tempérament est Juste, et que la vie est vigoureuse, plus aussi le sentiment est vif et aigu. De là vient que lorsque des vapeurs noires s'élèvent au cerveau, et par un épanchement général ils (sic) étourdissent les esprits animaux qui sont les principes du mouvement et du sentiment, on tombe dans des convulsions, qui ôtent toute sorte de sensibilité. De là vient que dans ces fâcheux symptômes, on ventouse une personne, on lui déchiquette la chair, parce que le cerveau qui est le principe de la vie animale et qui forme les esprits nécessaires au sentiment est débauché (sic), et que ne pouvant plus se décharger il n'a plus qu'un petit reste de vie, qui approche plus de la mort que de la vie meme,

Le manuscrit Phelipeaux *, nous met en mesure de substiluer au mot «débauché », faute de lecture assez probable, celui de «bouché » qui concorde mieux avec la suite: Qne pouvant plus se décharger ».

1. Lebarq. Œuvres orataires de Bossuet, t. 1v, p. 49. DD D: 1608 SPAP#600:

Quant aux doutes soulevés sur la paternité de cette phrase, ils sont plus difficiles à trancher. Il y a bien, contre Pattribution à Bourdaloue, la curieuse ressemblance entre cette manière et celle de Giroust. Témoin mainte comparaison empruntée par lui au langage médical de son temps :

Raisonnons, dira-t-il dans un sermon sur la Mort, de cette léthargie spirituelle comme de la corporelle, qui vient de trois principes, 1° de la lassitude : quand un homme est bien las, il dort tout debout; 2° de la réplétion, car après le repas, les fumées montent à la tête, ce qui fait qu'on s'endort ; 30 de la disposition du ciel qui est sombre et plein de nuages, et cela est cause qu’on s'endort.

Ce passage n'est qu’un exemple parmi bien d’autres, mais On ne niera point qu'il ne puisse faire assigner à Giroust la phrase citée plus haut.

Toutefois les raisons en faveur de lattribution à Bourdaloue ne sont point détruites par cette simple ressemblance des genres. La physique et la médecine de son temps pouvaient fort bien lui fournir, comme à son confrère, des comparaisons ürées de cet ordre d'idées et écrites en ce style. Nous en avons pour garants des passages certainement de lui qui ne Jurent point trop à côté d’une autre métaphore chirurgicale exprimée au troisième point du même sermon de la Correction fraternelle:

Lorsqu'un chirurgien, y lit-on, donne un coup de rasoir pour ouvrir un abces, il fait une grande douleur et traite la partie malade avec une vigueur extrême; mais après en avoir Ôôté le pus et l'infection, il la traite bénignement, il la choie, il la soigne, il la bande, il y met des ligatures et quantité de lénitifs, et vous diriez qu'il caresse ce qu'il venoit auparavant de traiter avec tant de sévérité.

Ne faut-il pas avouer que cette phrase peut fort bien être de Bourdaloue, puisque dans un de ses sermons Pour le Jour des Morts, nous lisons ce passage très authentique :

Ah! mon cher auditeur, vous qui ne sauriez voir un homme blessé entre les mains d’un chirurgien, qui lui met la chair en pièces, et qui armé d’une scie se prépare à lui couper la jambe...

Nombre de citations du reste pourraient être alléguées qui ne suffiront pas à décider la question. Un argument d’une portée plus générale contre l'hypothèse d’un sermon de Giroust glissé par les imprimeurs de 1692, au milieu de ceux de Bourdaloue, est la remarque suivante. Lorsque La Rue, en 1719, se décida à publier ses sermons, avec la préface dans laquelle nous lavons vu réclamer contre les infidélités de l'édition clandestine de 1706 *, 1l prit soin de faire paraître une liste des sermons indûment mis à son compte. N'est-1il point à remarquer que Bretonneau a négligé de procéder ainsi, soit pour Giroust, soit à l'égard de Bourdaloue? Cette abstention n’indiquet-elle pas que, malgré les ‘réclamations du Journal des Savants, inspirées par lorateur lui-même en 1692, et en dépit des accusations d'inexactitude répétées par Bretonneau, on n'avait aucun fait tangible à relever ? C’en eût été un qui ne pouvait échapper à l'éditeur commun de Giroust et de Bourdaloue, au moins au temps de son travail de publication, qu’une erreur d'attribution aussi palpable. L’argument plus fort pour discréditer les recueils, que les vagues insinuations auxquelles se borne Bretonneau. Massillon, nous lPavons vu, n'avait point négligé ce « moyen » et Bretonneau sans doute l’avait dès lors appuyé de sa propre réclamation sur les trois sermons qu'on lui avait dérobés pour les mettre au nom du père de l’Oratoire dont lastre grandissait.

On voit que de problèmes conduit à soulever une simple phrase des copistes confrontée avec les éditions contemporaines de Bourdaloue. Mieux vaudrait sans doute les résoudre. Mais c’est déjà un résultat de voir surgir et se poser des questions. Cest commencer à sortir du vague et de la quiétude.

Terminons ce chapitre par la citation, un peu longue,

IV pItsaUt np 09;

d’une lacune de deux pages, inédites en ce sens, qui déparait, dans le volume des sermons de fêtes, édition Frick, de 1692, le beau sermon pour la Toussaint, Mirabilis Deus. Cest le quatrième des recueils de Phelipeaux, qui, nous permettant de lire désormais le sermon sous sa forme primesautière en regard de l'édition corrigée, et trop corrigée, nous à restitué le fragment dont lPabsence, dans cette édition !, rendait inintelligible le second paragraphe de la première partie ?.

Voici ce raccord qui permet de juger les services à tirer des copies :

Leur éléuation (des saints) ne nous choque pas, et au lieu que dans le monde, la puissance et la gloire font naître } (ce qui suit est pris du ms. P. IV, pp. 264-265) l’orgueil dans ceux qui les possèdent et la Jalousie dans ceux qui y prétendent, ici, par deux effets tout contraires, elles produisent dans les saints une inclination bienfaisante et dans nous-mêmes une reconnoissance sincère, de sorte que nous deuons nous écrier : Mirabilis Deus. Ce n’est pas tout, voici une idée qui vous paroitra solide. Je l'ai trouuée dans Pierre abbé de Clugny contre certains hérétiques de son siècle, Elle est digne de vous.

Dieu, dit ce sçauant homme, vouloit qu'entre tous les membres de son Eglise, il y eust un lieu (lisez : ten) de communication et qu’estans les parties viuantes d’un même corps, unis au mesme chef qui est Jésus-Christ, animés d’un mesme esprit qui est un esprit de sainteté, ils eussent une Correspondance réciproque. Car lEglise estant partagée en glorieuse et triomphante dans le ciel, en militante sur la terre, et en souffrante dans le purgatoire, il ne pouuoit y auoir de société dans cette grande disproportion. Il ne pouuoit y en auoir par la foy, parce que les bienheureux, voyans Dieu face à face, la foy n’a plus d'exercice ; il ne pouuoit y en auoir par l’esperance, parce que possédant Dieu, et dans Dieu, toutes choses, ils n’esperent plus rien. Qu'a donc fait la Prouidence ? elle à uny tous ces membres par la scharité, qui est une vertu commune, que les eaux des souffrances ne peuuent esteindre, pour me seruir des termes de l’'Escriture, ny l’estat de la félicité empêcher. Mais comment c'est (sic) qu'il a voulu que les saints dans le ciel priassent pour les fideles qui

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