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C’est pour cela qu’il l’a establi (son commandement nouveau) pour servir comme de symbole aux sectateurs de sa doctrine et de sa loy, declarant aux Apostres que c’estoit uniquement par là qu'ils seroient reconnus dans le monde pour ses disciples, Zn hoc cognoscent omnes quod discipuli mei estis: que ce ne seroit ni par la grace des miracles, ni par la science des Ecritures, ni par l'éclat mesmes d'une vie austere @& mortifiée, parce que tout cela pourroit convenir à d'autres aussi-bien qu’à eux, Haec enim habere poterunt discipuli etiam non mei, luy fait dire saint Augustin; mais qu'ils seroient les seuls qui pratiqueroient cette charité parfaite à laquelle il les obligeoit. Et il pouvoit bien, reprend saint Bernard, leur en parler ainsi, puisqu'il leur ordonnoit de s’aimer les uns les autres comme il les avoit aimez luy-mesme : Hoc est praeceptum meum, ut diligatis invicem sicut dilexi vos. Car si jamais charité a esté nouvelle, singuliere, d’un caractere à se distinguer & à se faire remarquer, il est evident que c’est celle que Jesus-Christ a eû pour nous. Et quel a esté ce caractere distinctif? ah, Chrestiens, peut-on l’ignorer & avoir la moindre idée de Jesus-Christ ? Ce caractere a esté le desinteressement. Ce diuin Maistre nous a aimez jusqu’à sacrifier pour nous tous ses interests en qualité d'Homme-Dieu. Il nous a aimez jusqu’à se faire pauvre de riche qu'il estoit, voilà l’interest de son domaine & de ses biens ; jusques à s’aneantir par les excés d’une humilité sans bornes & sans mesure, voilà linterest de sa gloire ; jusqu'à prendre la forme de serviteur, voilà l'interest de sa liberté ; jusqu’à devenir un homme de douleurs, voilà l’interest de sa beatitude, jusqu’à mourir comme un criminel, voilà l'interest de sa reputation & de sa vie ; le diray-je ? jusqu’à paroistre devant Dieu comme un anathesme & à estre traité comme un sujet de malediction, voilà l’interest de sa sainteté & de son innocence.
C'est une excellente défense des copies d’autrefois que la constatation de leur fidélité substantielle. Elle éclate déjà dans ces ressemblances fondamentales entre les leçons fournies par elles et les textes publiés par Bretonneau.
Cette similitude du fond accusera peut-être davanlage les divergences du style. Pour mieux nous expliquer les unes et les autres, il est nécessaire de nous rendre compte en détail de ce qu’a voulu et fait Bretonneau dans son édition officielle. Une discussion minutieuse de la valeur de son œuvre d’après ses aveux, les témoignages
divers, hostiles ou favorables, et surtout d’après les faits qui doivent contrôler ces affirmations contradictoires, est rigoureusement requise, si nous. voulons porter un jugement motivé, Le dernier stade de la publication des sermons de Bourdaloue, la phase de l'édition officielle et dite authentique, va désormais nous occuper, pour achever
l’histoire critique de sa prédication parvenue jusqu’à nous.
a. — (P.12). On rencontre aux Archives de la Seine-Inférieure, D. 335 (liasse de 20 pièces) une série de documents sur les procès que les Frères des Écoles chrétiennes, nouvellement institués par saint Jean-Baptiste de la Salle, se virent intenter pour avoir violé les privilèges des maitres à écrire, Cf. Inventaire sommaire des Archives déparlementales antérieures à 1790, rédigé par H. Charles de Robillard de Beaurepaire, archiviste. Seine-Inferieure. Archives civiles. Sér. C et D. t. 1, Paris, 1864, pp. 71 et suiv. Écoles de charilé confiées aux Frères des Écoles chrétiennes. Cf. p. 18 et 117, D. 537. — D. 337 et 338. Doléances des maistres d'escriture. — D. 339. Sentence de M, de Montholon, premier président. — D. 340. Liste des Maistres. — Voir aussi Le Bienheureux J.-B. de la Salle, fondateur.de l'institut des Fréres des Écoles chréliennes, par Armand Ravelet, quatrième édition, in-8, p. 391, Paris, 1888 : « Le bienheureux de la Salle, en venant à Paris, en 1680, s'était trouvé en face de deux communautés puissantes et toutes deux investies d’un monopole : celles des maitres d'école et celle des maitres écrivains. Longtemps rivales, elles vivaient à peu près d'accord et se partageaient l'enseignement. En 1703, dès que le B. de la Salle s’est transporté dans le faubourg Saint-Antoine, les « maitres d'écoles » d'une part, et de l’autre les « écrivains » jusque-là ennemis, s'entendirent alors pour le persécuter. Ils l'assignèrent donc en même temps chacun devant un tribunal différent: les maitres d'écoles devant le grand chantre et les maîtres écrivains devant le lieutenant de police. Le 7 février 1704, un jour que les Frères étaient occupés à faire la classe, deux commissaires se présentèrent, accompagnés d'un sergent, et porteurs d'une ordonnance du lieutenant de police qui permettait de saisir tout ce qui, dans l'école, servait à écrire. Plumes, encriers, cahiers, modèles d'écriture, et jusqu’à l'enseigne apposée devant la porte, tout est saisi... et les sergents se retirent en leur laissant une feuille de papier qui les assignait à comparaître devant la chambre de police, pour s'entendre condamner « à la confiscation du mobilier saisi et à l'amende par surcroit. » Le biographe raconte comment, à la fin du
même mois, ne s'étant pas présenté au tribunal, le concurrent des maitres écrivains fut condamné par défaut à cinquante livres d'amende et aux dépens. « Enfin, le 5 février 1706, un arrêt du Parlement auquel le Bienheureux avait interjeté appel, donna gain de cause aux maitres écrivains. Ce fut alors que les écoles furent transportées à Rouen, où les mêmes difficultés devaient surgir. » — De cette réplique, en province, des procès parisiens iutentés par cette corporation des écrivains, faut-il conclure, en ce qui nous concerne, que les mœurs étaient les mêmes qu'à Paris, et qu'il y a espoir de rencontrer dans les archives et collections locales des traces des sermons de Bourdaloue pendant la période, à peu près inconnue, où il « donnait les dominicales en province ?» Mais qui nous dira d'abord les villes qu’il évangélisa ainsi ?
b.— (P. 20, note 1). M. F. Castets a pensé avec raison que « pour estimer les grands talents à tout leur prix, il ne suffit pas de les juger en eux-mêmes, et qu’il est équitable et prudent de se reporter à la génération immédia-, tement précédente: ainsi on s'élève jusqu’à eux et l’on mesure le progrès qu'ils ont accompli. » Toutefois, bon nombre de rapprochements où l’auteur croit reconnaitre les preuves que Bourdaloue a lu Biroat, restent problématiques. La similitude des sujets, l'association d'idées que provoquent les divers textes de l'Ecriture s'appelant l’un l’autre dans la mémoire de ceux qui la connaissent et surtout le recours à des sources communes, me paraissent les expliquer pour la plupart. Du moins pourrait-on appliquer les mêmes raisounements et des inductions analogues à des orateurs de langue étrangère, non traduits au temps de Bourdaloue, qu'il n'aurait pas lus et qui n'auraient pas connu ses sermons, et où pourtant les mêmes coincidences seraient, je crois, inévitables. Aussi ne suis-je pas convaincu que la conclusion de la page 239, ni celle plus ingénieuse encore du passage de Platon, à la page 250, soient autre chose que de fragiles conjectures. Quant au premier exemple donné, p. 219, le passage de saint Augustin [ep. 120 et non 20, ou mieux actuellement ep. 140 à Honoral] (Migne, t. xxxII, Col. 542?) explique par son seul contexte, et, sans requérir la lecture de Biroat, la succession d'idées et de citations dans lesquelles l’auteur voit les preuves de son rapprochement. En beaucoup d'occasions, le recours à l'original dont se sont également inspirés les deux orateurs, eût atténué bien des ressemblances et réduit le nombre de « répliques » de Biroat que M. Castets a cru devoir relever. À la note { de la page ?84, le texte que cherchait l’auteur doit être pris dans saint Luc, 11, 13, ainsi conçu {il renferme la réponse de saint Jean-Baptiste aux publicains qui lui demandaient ‘une règle de conduite pour arriver au royaume de Dieu) : Nihil amplius quam quod conslilutum est vobis faciatlis, Bourdaloue, appliquant cela aux partisans et fermiers des gabelles, remarque que se contenter, suivant ce précepte, « des profits et des appointements réglés » ne devrait pas les conduire aux fortunes scandaleuses dont il parle. — Mais il reste vrai que ces deux chapitres étudient très finement la différence des deux méthodes de Biroat et de Bourdaloue, faisant nettement saisir les mérites de celui-ci.
c.— (P.2%4). Ce manuscrit, 1061 de la Bibliothèque Mazarine (anciennement 2185), porte en tête, d'une belle main, les mots Ex Bibliotheca Claudii Tournemeulle, écrits postérieurement. Le recueil, sans date, a pour titre Collrclions tirées des sermons préchez sur les mysleres auec les plus.
beaux desseins. Outre les sermons indiqués sous le nom de Bourdaloue, et dont je donne des spécimens, ilcontient aussi, sans nom, une partie d'un sermon du même sur la Toussaint, et probablement bien d'autres encore qu'il faudra identifier. — Le manuscrit n'est point paginé. Après une centaine de pages, il porte en second titre : Collection tirée de différentes pièces moralles. Le seul sermon identifié de la première partie est un sermon de Noel, du P. Chaussemer. La seconde partie en renferme un bon nombre signés. On y trouve Boileau, de la Roche, Girou (sic) Le Bou (sic) Hubert, Mascaron, La Rue, dom Jérôme et Bourdaloue.
d.— (P. 30, note ?). Les défauts des édilions clandestines.— Les fautes des éditions subreptices sont souvent des bourdes qui indiquent chez les correcteurs peu de soin ou d'intelligence, peut-être aussi, ce qui n'aurait rien de surprenant dans des impressions faites à l'étranger, l'ignorance de la langue française. L'édition contre laquelle proteste le Journal des Savants, en 1692, portait, comme le rappelle cet article, « une approbation de Mr Courcier (c'était le théologal de Paris), un privilège du Roy et le nom de la veuve Cramoisy », et, faut-il ajouter, la vignette gravée des « deux Cigognes », enseigne des Cramoisy. Il est malaisé de savoir où à été faite cette falsification. Elle me parait d'impression belge. Toutefois le Catalogue de Rochebilière dit que l'édition Frick, des fêtes, parue la même année, a été imprimée à Chartres. Il tire cette conclusion de la ressemblance des fleurons de ce volume avec ceux des Lettres galantes d'Aristénèle, imprimées à Chartres en 1695. Ces questions de fleurons et vignettes sont bien délicates, et je n'ose me prononcer. Mais étrangers ou non, les imprimeurs clandestins ont commis nombre de lourdes erreurs, qu'il serait fastidieux de relever. En voici quelques-unes de l'édition pseudo-Cramoisy, avec la rectification tirée des copies :
Au tome 11, p. 81, ligne 7, dans le sermon sur l’Hypocrisie, pour le mercredi de la troisième semaine de Carême, au lieu de : « Ce sont les véritables vertus qui font naitre les fausses vertus, comme la nature le montre », il faut lire, avec le manuscrit Montausier I, de Lyon, p. 448,
1. 17: «.... comme la nature, les monstres : (fait naître) les monstres ». Un peu plus loin, à la même page, ligne 14, l'édition clandestine imprime : « C’est la véritable religion qui a été la source de l’idolàtrie et
qui a fait que le démon, pour imiter la véritable sainteté, en contrefait mille fausses marques ; il y a donc une véritable sainteté. »
Ne faut-il pas lire, avec le même manuscrit: ... «en a contrefait mille fausses, marque donc qu'il y en a une véritable?»
Au sermon suivant, ibid. p. 111, 1.98, il faut corriger la phrase : « On ne dira pas... que la servitude d'un homme du monde... doive être comptée pour une obligation évangélique... » Lisez, avec le manuscrit du copiste, « pour une abnégation évangélique. » — Un peu plus loin, p. 118, 1.26 : €S. Paul avertissoit son disciple qu'il y auroit (et non avoit) un temps où cette fausse piété régneroit.. » A la page 115, du même discours, limprimeur, sans se soucier de comprendre, fait mettre: « Pour n'avoir dans la bouche que les maximes les plus sévères, en sommes-nous moins après à poursuivre nos intérêts ?» Le manuscrit donne : «... en sommes-nous moins aspres (àpres).... » Plus bas encore, ibid. 1. 31, il fallait : « Cependant c'est par ce renoncement qu'il faut juger de la véritable piété, » et non : « C'est par ce raisonnement... »
Enfin, au début du second point : « Il est ra'e de voir des hommes qui étant sévères par une profession de vie extrêmement régulière, soient humbles dans le fond de leur cœur », doit se rectifier ainsi: « Il est rare etc... par une profession de vie exlérieurement régulière... »
Où conçoit que les fréquentes abréviations prodiguées par les copistes aient trompé des éditeurs, plus soigneux de tirer argent de leurs recueils que de veiller à l'exactitude des textes exploités. A ce seul point de vue des incorrections et des erreurs, dont ces exempl2s donneront uve idée, on comprendrait le mécontentement des auteurs.
Il y à lieu de reconnaitre, sans excuser les éditeurs, que les copies n'étaient pas toutes de nature à améliorer leurs livres. Trop souvent les Scribes ont commis des confusions déplorables, même pour les mots français, à plus forte raison en matière de textes latins. Dans certains recueils, d'ordinaire exacts, il se rencontre tel ou tel sermon presque défiguré par les erreurs du copiste. Ainsi, dans le manuscrit de Grenoble, le sermon 9, pp. 66-77, sur Le Lazare ressuscité nous offre un texte des plus défectueux avec lacunes et confusions perpétuelles rendant les phrases inintelligibles. C'est heureusement une exception dans ce manuscrit excellent et tout entier d'une même main. Elle tombe d’ailleurs sur un sermon qui se retrouve dans le Montausier 11, et dans le manuscrit d'Abbeville. Il n’en reste pas moins que, pour citer des inepties de scribes, il y aurait à reproduire presque tout le sermon. Un exemple suffira. Au lieu de : «Ce juste dans qui la grâce ne produitplus ses opérations... n'est qu un cadavre », (correctement imprimé dans l'édition de 1692, t. 11, p. 315), on lit: «... dans qui la grâce ne produit plus ses espérances...» (G. p. 74) et le reste à l'avenant.
Voici enfin deux autres spécimens, tirés du ms. K.
Au second point du sermon du Mauvais riche, le copiste avait écrit : « S'il... pousse des prières afin... qu'ils ne tombent pas dans ce lieu de tourmens où il est né, Veniant in hunc locum tormentorum », évidemment pour : « ... Dans ce lieu où il est, Ne veniant...»
Un peu plus loin, la phrase : « Un chrélien doux est un homme de mortificalion », est certainement à rectifier ainsi : « Un chrélien doit étre un homme de morlification. » Le plus souvent les éditeurs des volumes clandestins ne prenaient pas beaucoup de peine, et ils étaient fréquemment trompés par les abréviations, On en a maint exemple, et j'en signale un très topique dans l'édition de Frick de 1692, au sermon de la Toussaint. La faute est dans l'imprimé, à plusieurs reprises. Ainsi |. 21, « en nous obtenant des grâces de conversion et de piélé, » doit être corrigé en: «grâces de conversion et de pénilence», ainsi qu'un peu plus haut, p. 237, 1. 25, « retourner à lui sans piété (lisez: pénitence) et sans changement de vie ». L'abréviation ordinaire du mot pénitence : pie, a donné lieu à celte confusion, comme au début p. 228, 1. 16, celle de miséricorde : mie a fait écrire : « qu'ils fussent comme les canaux de ses misteres, » pour « canaux de ses miséricordes. »
e.— (P.30, note 4). Il y a quatre évêques de ce nom, dont trois du prénom de Michel: l'évêque d'Uzès, nommé en 1677, m. en 1728; l'évêque de Sisteron, de 1667 à 1674, où il passa à l'archevèché de Bourges, m. le 21 février 1677, et celui-ci nommé à l'évêché d'Angers le 10 avril 1706 ct sacré le premier jour du mois d'août de la même année, m. le ? août
1730. Quant à Mathias Poncet de la Rivière, neveu de l'évèque d'Angers, né à Paris en 1707, il fut sacré en 1742 et succéda au neveu de Bossuet sur le sièce de Troyes, mais non à ses attaches avec les jansénistes. Aussi fut-il forcé de démissionner en 1758. I1 fut aumônier de Stanislas de Pologne et a laissé un certain nombre d’oraisons funèbres, entre autres celle de Louis XV. Ce fut lui aussi qui, le 10 septembre 1770, prononça au Carmel de Saint-Denis le sermon de vêture de la V. Madame Louise-Marie de France. Ce discours est imprimé dans les Orateurs sacrés de Migne, t. 30, col 1199-1200.
f. — (P. 42). Il est d'autant plus précieux d'avoir sous les yeux ces sermons de Fénelon, imprimés en 1715, quon y rencontre, et sans changements, le fameux sermon sur l'Epiphanie, que plusieurs soupçonnaient, comme l’exorde de Brydaine, d'avoir été arrangé par Maury; ce qui étaitau moins étrange, Maury n'étant né qu'en 1746, et la première édition officielle des Sernons étant attribuée par Albert, dans son Dictionnaire des prédicaleurs à l'année 1717 : « I] y en a eu une autre en 1744, à Paris, chez... Desprez, où il n'y a que dix sermons. » Or il est aisé de voir que le texte du Sermon sur l'Epiphanie n'a pas varié. V. mon article: À propos des sermons de Fénelon dans la Revue de Lille, mars 1901.
g. — (P. 44). Saint- Severin est le premier bénéfice qu'ait reçu Fléchier. Baignes, dont il fut le treiz ème abbé, ainsi que le prieuré de Peyrat, ne lui furent donnés qu'en 1684. M. l'abbé Delacroix, dans son His/oire de Fléchier ! (ch. vin, p. 288, note 1) fait remarquer que l'auteur du Gailia chrishiana «place l'installation de Fléchier comme abbé de Baignes et prieur de Peyrat en 1684 » ainsi que d'autres biographes et historiens, et il ajoute: « Nous n'avons point adopté cette version, parce qu'elle est en contradiction avec Ja correspondance de l'évêque de Nimes.» Ne faut-il pas admettre cependant que M. l'abbé Delacroix, qui tient pour 1681, aura pu être trompé par une date mal formée ou une lettre hors de sa place? La Gazelle de France du 11 novembre 1684, annonçant les nominations faites à l'occasion de la Toussaint, écrit, au numéro 60, p. 720:
« De Paris, le 11 novembre 1681. — Le Roy a donné à l'Abbé Flechier Aumônier ordinaire de Madame la Dauphine, l'abbaye de S. Estienne de Baïgne Diocesse de Xaintes, Ordre de S. Ba:noist, & le Prieuré de Saint Estienne de Peyrat, Diocese de Périgueux. » Le Mercure galant, très attentif à tout ce qui concerne Fléchier, auquel il consacre toujours des articles pleins de louanges, signale aussi cette nomination, dans sa « lettre » de novembre, p. 217, nous apprenant que les deux bénéfices concédés à Fléchier étaient « vacans par la mort de Mr de Ste Maure, prestre de l'Oratoire.» Ce P, de Sainte-Maure, était Henri, fils de Gui de Sainte-Maure, « qui a fait, dit Moreri, la branche des seigneurs de Fougerai ; son frère puiné, Claude, est mort en 1698; il était cousin-germain de Montausier.» C'est peutètre à ce titre que Flechier obtint ces deux bénéfices, car j'ignore s'il est exact de dire que «ces deux maisons étaient situées sur les terres de M. de Montausier. » — L'important est de pouvoir dater approximati-
1. Hisloire de Fléchier, évêque de Nimes, par M. l'abbé Delacroix, Paris, 4865, in-8, pp. 647, V. p. 287 et 988,
vement la copie qui porte en titre « alors abbé de Saint-Séverin», et comme ces mots se réfèrent au Panégyrique de saint Paul, prèché en 1682, ils sont plus explicables avec la date rectifiée de la nomination à Baignes, que si l'on suppose 1681.
h.—(P.73). On peut signaler aussi quelques panégyriques « nouveaux » de Fléchier qui seraient à tirer des copies anciennes, et vaudraient la peine d'être au moins discutés. Je sais que Fléchier a désavoué tous ceux qu'il n’a point publiés lui-même, mais ce désaveu est sujet à caution, après ce que nous avons vu de son affirmation sur l’infidélité des scribes. Or il y à dans le manuscrit de Grenoble trois panégyriques attribués et très attribuables à Fléchier, l'un, de saint Augustin, sur un autre thème que le panégyrique imprimé, et ceux de saint Laurent et de saint Pierre, absents de l'édition. Le Ms.F.en donne un de saint François de Borgia qu'il assigne aussi formellement à cet orateur. La question mérite d'être reprise; car M. l'abbé Delacroix, dans un chapitre fort suggestif, montre les mérites de Fléchier comme panégyriste, et ces inédits ne démentiraient pas sa thèse.
1. — (P.92). M de Sévigné écrivait le 1" mai 1680 à M"*° de Grignan, de Paris, mais sans nommer la paroisse nile prédicateur : «La Passion que nous entendimes ici près fut étrange : les mots de faquin et de coquin furent employés pour exprimer l'humiliation de Notre-Seigneur ; cela ne donne-t-il pas de nobles et belles idées ? » (Sévizrné, t. VI, p. 368). Il faut rendre cette justice au bon goût de la marquise que ce qui la choque ici, ce n’est point l'expression, mais l'application qui en est faite par un orateur, très malheureux dans son dessein de traduire le mot du prophète : inter sceleralos reputalus est. Les mots, du reste, n'avaient rien d’inusité dans les sermons. Aussi les rencontre-t-on dans Giroust, au moins dans le manuserit, car l'éditeur a dû trouver les termes trop familiers. Dans son Avent sur les Prétextles des pécheurs il a, au second sermon, cette phrase que Bretonneau, son éditeur, s'est bien gardé de conserver. Faisant parler Jésus-Christ suivant la parabole du serviteur négligent qui n'a pas fait valoir le marc d'argent qui lui avait été confié : « Le maitre, dit-il, le regarde d'un œil fier et luy dit: Malheureux serviteur, serviteur indigne et méchant, quoy ! Tu as bien eu la malice de cacher cet argent.... etc. Viste, qu’on me dépouille ce coquin, et qu'on le jette dans une basse fosse. Messieurs c'est ce que ce Maitre fera, etc. » On voit que la langue du temps, d'après ce passage de (riroust et d'autres analogues, comportail ces expressions, et l'on s'est mépris apparemment, à force de n'en juger que par les sermons imprimés, sur la prétendue « majesté de la chaire » qu'on attribue à l'ensemble des orateurs du grand siècle...