‹ Bourdaloue: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporains (volume 2)Chapitre 66 sur 367 · BOURDALOUE ; SES AVEUX · texte numérisé non relu

BOURDALOUE ; SES AVEUX

Le P. Bretonneau, officiellement chargé! de l’édition des sérmons de Bourdaloue, ne s’est point fait une autre idée de ses devoirs que la plupart des éditeurs, ses contemporains, travaillant sur leurs propres œuvres oratoires ou sur celles d'autrui. On pourrait sans peine généraliser ses aveux ou ses théories. Mais, comme Bourdaloue, avant tout, nous doit être présent, ilest à propos de nous soucier uniquement de lui et de ses sermons. Que son éditeur ait eu ou n'ait pas eu les idées de tout le monde, peu importe à notre sujet. Au moins pourrons-nous éclairer par des

1. Au début de son Epistre au Rou, il se donne comme désigné par Bourdaloue et il écrit : « Le Prédicateur dont je vous offre les ouvrages qu'il m'a confiés. » V. sur le P. Judde, désigné d’abord, la note a, p. 204.

exemples analogues la ligne de conduite suivie dans son travail par Bretonneau. Laissons-lui d’abord le plus possible la parole. Sans faire l’histoire de son édition (la place en est dans un essai bibliographique), il est bon de recueillir ses confidences sur la façon dont il a entendu son rôle. Il annonce, il est vrai, l’intention très légitime de « conserver la mémoire d’un homme » qui a été tenu par son ordre «comme un des principaux ornemens »; il entend que sa « Compagnie rende en quelque sorte au Pere Bourdalouë ce qu’elle en a reçeu »; toutefois il se hâte d'ajouter dès le début de sa préface :

Mais ce n'est point tant après tout dans cette veüë qu'on publie les ouvrages de ce célèbre Predicateur que pour le bien des âmes el pour perpétuer les fraicts de son sele.

Comprise ainsi, la publication s'adresse à deux classes de lecteurs, ce qui lui assigne un double caractère « d’utilité pratique », auquel tout le reste sera subordonné. Ce ne sera pas seulement «un modèle d'éloquence chrétienne » pour les prédicateurs, mais aussi un «livre» d’édification et de piété. Prêtres et laïcs, orateurs sacrés et simples fidèles y devront donc rencontrer un «cours complet d'instruction religieuse », qui suffise durant tout le cycle de l’année liturgique, à ceux-ci, en vue de leur lecture spirituelle, à ceux-là comme type d’éloquence et source d’inspiralion.

Aux uns el aux autres, l'éditeur se propose de présenter une doctrine sûre, appropriée à tous les besoins et de nature à aider, où même à suppléer l’enseignement que l’Eglise fait distribuer aux chrétiens suivant l’occurrence des solennités. Sa préoccupation principale sera donc de répartir la somme de sermons laissés par l’orateur de façon à composer une sorte d’Année chrétienne qui ne laisse guère de lacunes.

De son vivant, l’orateur, suivant les demandes de sermons qui lui étaient faites et les exigences de son

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