SON DOUBLE BUT
ministère, avait apparemment opéré mainte adaptation de ses sermons anciens. Il avait transporté, par exemple à l’aide d’un exorde de circonstance, à lun des évangiles de l’avent où d'un dimanche quelconque de l’année, un sermon composé à l’origine sur un des sujets classiques des stations de carême, comme les grandes vérités, motifs et éléments de la pénitence chrétienne : le péché, ses châtiments et les sanctions de la loi divine, le jugement, l’enfer ou la mort.
Après lui, 1l fallait que son exécuteur testamentaire tirât de ses papiers les éléments de ce cycle idéal d'instructions pour « l’année entière», ce qui semblait le programme de tout éditeur de sermons. Qu'on feuillette les préfaces ou «Avis aux lecteurs» de diverses entreprises de ce genre. Toutes se préoccupent de fournir matière à la prédication habituelle et courante. Si des éditeurs publient un avent ou un carême, ils ont soin de faire remarquer qu'ils ne s’en tiendront point là, et qu’en attendant la suite de leur publication, chacun peut déjà pratiquer ces «virements » que j'indiquais tout-à-l’heure. Ainsi Bretteville, dans la préface de ses Æssais (lisez : plans détaillés) de sermons pour le Carême, s'empresse d'écrire :
On imprimera incessamment les Essais pour les Dimanches de toute l’Année, pour l'Avent, pour les Mystères... En attendant cette impression, il est assez visible qu'on peut se servir de ces Essais (du Carême) pour l'Avent et pour les Dimanches, puisqu'il n'y à point de matière dans la Morale Chrétienne qu'on n'y ait traitée 1,
Et nous rencontrons, dans ce même avertissement de Bretteville, les deux buts poursuivis par Bretonneau :
Ceux que Dieu appelle à la prédication de l'Evangile y trouveront quelque secours, & les ames devoles pourront encore s'en servir pour des sujets de Méditation qui contribuëront à entretenir leur piété.
1. V. plus bas, p. 204, note b, la préface significative d'un «industrieux », éditeur de ses propres scrmons, dans le même but utilitaire, en 1691.
Pour suffire à ce vaste plan et fournir aux orateurs plusieurs sujets ou desseins propres à chaque fête ou dimanche, Bretteville avait, comme on dit, battu tous les buissons. Lui-même nous fait la confidence de ses lectures ou autres recherches, et nous raconte comment il prit soin « d'entendre les Predicateurs les plus chrétiens » :
Je m'en fis, ajoute-t-il, une étude particulière et je remarquat avec soin tout ce que j'entendais de plus juste et de plus beau... Je lûs
aussi tout ce que je pus rencontrer de plus beau pour des Sermons, sans excepter même les Manuscrits.
C’est peut-être à cette fréquentation assidue « des orateurs les plus chrétiens » et à ce soin de recueillir et consulter les travaux des copistes, que l’ancien confrère de Bourdaloue dut l’honneur, très peu connu, d’avoir été, presque le premier éditeur, et le trop fidèle abréviateur de Bourdaloue !. Dans sa compilation antérieure aux éditions subreptices, plus d’un sermon de Bourdaloue se reconnait et trouve sa date. Or on voit que, à part la différence de procédés et de ressources, Bretteville, comme Bretonneau, visait le même public et se préoccupait de satisfaire à des exigences analogues. Ce que l’un pourra plus tard puiser à pleins boisseaux dans la moisson rentrée, l’autre, du vivant de Bourdaloue (car les Æssais de Carême ont leur prenuère édition en 1684), est obligé de le glaner comme furuivement à sa suite. Mais le même problème les hantera: donner à leur public le plus de matériaux possible, économiser en quelque sorte la place et éviter les redites inutiles. Les aspects divers, mais trop voisins, d’un même sujet ou d’un « dessein » déjà présenté, ne peuvent aller à leur œuvre. I} faut qu'ils s’'ingénient en mille manières à faire entrer dans le cadre à la fois vaste et rigide de leur année liturgique le plus qu'il se pourra de doctrine, de fond et d'idées non encore traitées.