‹ Bourdaloue: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporains (volume 2)Chapitre 70 sur 367 · EXPOSÉ DES TÉMOIGNAGES POUR OÙ CONTRE LA FIDÉLITÉ · texte numérisé non relu

EXPOSÉ DES TÉMOIGNAGES POUR OÙ CONTRE LA FIDÉLITÉ

Les griefs, ou mieux les accusations d’infidélité, contre l’édition donnée par le P.Bretonneau peuvent se prendre à des sources diverses. Mais sans distinction d'amis, d’accusateurs ou d’indifférents, ne cherchons tout d’abord que des témoignages, aussi rapprochés que possible de l’époque de l'édition. Prenons-les d’origines assez disünctes pour qu'ils ne se réduisent pas à une affirmation unique, née de répétitions multiples.

Cest à titre de pure manifestation de l’état des esprits, à la date où lPédition venait de s'achever à peine, que nous accueillons le récit qui va suivre, Uüré d’une lettre de M. Dugas à M. de Saint-Fonds ?, du 4 décembre 1737. Les Pensées, qui clôturaient l'édition princeps, avaient paru depuis trois ans, et le P. Bourgeois, témoin obscur, en qui l’on ne peut reconnaitre aucun des écrivains de ce nom signalés dans la Bibliothèque de la Compagnie de

|. Le manuscrit de cette correspondance, formant 3 vol. in-folio, donnés en 1890, par M. Bottu de Limas, au collège de Notre-Dame de Mongré, a été publié récemment par M. William Poidebard, en deux beaux et intéressants volumes intitulés : Correspondance lilléraire el anecdolique entre Monsieur de Saint-Fonds et le président Dug?s. Lyon, 1900, 2 in-4, Lvui-290 et 392 pp. Le passage cité, üiré du t. 11, p. 749 du manuscrit, se rencontre imprimé t. 11, p. 283.

Jésus, est un contemporain, sinon un témoin auriculaire, du P. Bretonneau. Le chroniqueur qui relate son propos est loin d’être un adversaire, il approuve même par de singuliers arguments le fait d’infidélité qu'il rapporte ; il ne nous apprend en somme rien que ne nous dise suffisamment, dans ses préfaces, le P. Bretonneau lui-même. Mais dans cet ana, auquel nous ne voulons pas accorder plus de crédit que n'en mérite ce genre de littérature, nous rencontrons pourtant un dire des plus anciens sur les retouches non équivoques attribuées à Bretonneau :

Voici, écrit Dugas à son correspondant, un trait assez curieux que j'avois oublié de vous marquer. Le P. Bourgeois m'a dit que le P. Bretonneau disoit (je crois même qu'il m'a dit l’avoir entendu de sa bouche) que dans les œuvres imprimées du P. Bourdaloue, de trois lignes, il y en avait une qui lui appartenorit. Cette anecdote est assez importante pour mériter d’avoir place dans le Gazaeana !, Cela est peut-être exagéré, mais en réduisant cette hyperbole à sa Juste valeur, je crois qu’il n'y a pas de discours et peut-être même de page, où le P. Bretonneau n'ait mis la main, Le P. Bourdaloue ne songeoit pas en composant que ses sermons seroient imprimés quelque jour. La grâce de la prononciation, une inflexion de voix, un geste, suppléent à une liaison, à une transition qui devient nécessaire sur le papier. Je vois que Piine-le-jeune ne se contentoit pas de revoir avec un soin extrême les discours qu'il avoit prononcés lorsqu'il les vouloit donner au public, Ilassembloit quelques-uns de ses amis pour les réciter devant eux et savoir leurs sentiments. Il les communiquoit à d’autres pour les lire, les examiner et même les corriger. Ainsi en usent tous ceux qui veulent mériter lPestime du public. Je ne suis donc pas surpris que le P. Bretonneau ait fait pour le P. Bourdaloue, ce que le P. Bourdaloue auroit fait pour lui-même s'il avoit voulu faire imprimer ses sermons. Pour nous, que nous importe qu'on ait suivi scrupuleusement le manuscrit du P. Bourdaloue ou qu'on l'ait retouché. Il nous suffit que ses sermons tels que nous les avons aient enlevé tous les suffrages.

Nous n'avons pas ici à nous demander si la manière de voir du président Dugas est conforme ou non au désir

1. C'était le nom donné par Dugas lui-même au recueil de ses Lettres.

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