‹ Bourdaloue: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporains (volume 2)Chapitre 72 sur 367 · BRETONNEAU ACCUSÉ PAR DE FORIS · texte numérisé non relu

BRETONNEAU ACCUSÉ PAR DE FORIS

De Foris, en 1772, dans la préface où il se glorifie outre mesure d’avoir respecté le texte de Bossuet, non seulement oppose sa conduite à celle de Bretonneau, mais insinue clairement que celui-ci aurait eu le tort de se faire lire et admirer lui-même sous le couvert de Bourdaloue , « jusqu’à insérer ses propres sermons » parmi ceux qu'il publiait :

On sait assez, écrit-il, qu'il est peu (de sermons) qui aient paru tels qu'ils ont été prononcés; que le style du P. Bourdaloue, par exemple, n'éloil quère correct, & que le P. Bretonneau, qui a donné ses sermons, les a revus et épurés avec grand soin : aussi disoit-on de cet éditeur qu’il avoit encore mieux fait pour autrui que pour lui-même. Cela pourroit être, sil ne s'étoit pas permis de changer dans les choses mêmes, et d'insérer ses propres sermons parmi ceux du P. Bourdaloue 1...

L’accusation est grave : de Foris ne prend pas la peine de la prouver, semblant la tenir pour fait acquis et constant. Après avoir semblé accorder que des retouches qui se borneraient au style, pourraient avoir leur excuse, il se targue, même en ce point, d’une exactitude que son temps ne voulait pas et qu'il n’a pas osé garder telle que son goût ou du moins son respect la lui inspiraït :

Nous n'avons pas cru, poursuit-il, pouvoir prendre seulement la liberté de toucher au style de notre auteur.

Nous rencontrerons des critiques pour venger avec assurance Bretonneau de toute insertion de ses propres œuvres dans l'édition de Bourdaloue, et, sans oser, faute de preuve nette, être aussi affirmatifs, nous verrons s'ils ont raison de nier toute fraude proprement dite. Mais les retouches du style ont trouvé de nos jours plus que des avocats, presque des panégyristes aussi chauds que l’auteur du nécrologe de 1741. Or sur ce point

|, Ce passage de la préface de de Foris se retrouve dans l'édition Migne des Oraleurs sacrés, t XXIV, p. 54, dans le morceau intitulé : Preface de l'édition de 1808.

il me paraît que les leçons sur Bossuet professées à la Sorbonne, en 1857, par Mgr Freppel, alors abbé Freppel, vont un peu loin. Dans le désir très naturel de faire valoir son héros, le jeune et brillant professeur a peut-être été trop sévère non seulement pour de Foris (la réaction commençait. alors contre ce consciencieux déchiffreur), mais aussi pour Bretonneau lui-même. Il accorde à celui-ci de cruelles louanges, dures pour l’auteur édité, et, quoique sincères et sans nulle ironie, peu flatteuses pour l’éditeur qui eût à ce point trahi son rôle :

Il est certain, déclarait Mgr Freppel, que le Père Bretonneau a corrigé d’un bout à l’autre son illustre confrère. Mais, je me hâte de le dire, Bourdaloue s’en est bien trouvé ; Bretonneau était un écrivain d'un goût sûr et ferme. Sans lui, ce prince de la logique oratoire avec ses longueurs, sa trempe d'esprit peu artistique, son entente incomplète du nombre et de la délicatesse du style, eût beaucoup souffert à la lecture. Quand je lis par exemple le magnifique exorde pour le jour de Pâques, Surrexit non est hic, que l'éditeur de Bourdaloue a su tirer d’un morceau long et diffus (comme il conste du manuscrit primitif 1) je ne puis m'empêcher de dire que Bretonneau lui a rendu un véritable service. Il ne peut pas en être de même de Bossuet ; son style est à lui comme sa pensée ?...

Comment admettre néanmoins, quelle que soit l’issue possible ou probable au point de vue des réputations et des jugements, que ce qui est profanation ou trahison dans de prétendus embellissements du bénédictin de Foris, arrondissant une phrase heurtée, ou rétablissant une transition dans Bossuet, doive, parce qu'il s’agit de Bourdaloue, devenir un mérite dont il faille féliciter Bretonneau. La question est de savoir si c’est ce que Bourdaloue disait, et la façon dont il le disait, que son éditeur avait à nous fournir et à respecter, ou s’il avait la

1. L'expression, comme nous le verrons dans la discussion qu'appelle

ce passage, est des plus impropres, mais le P. Cahour, S. J., en est responsable.

Pa: Aus Bossuet el l'éloquence sacrée au xvur: siècle, t. 1, 16e leçon, pr 37e.

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