‹ Bourdaloue: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporains (volume 2)Chapitre 85 sur 367 · L'AUTHENTICITÉ MISE EN CAUSE · texte numérisé non relu

L'AUTHENTICITÉ MISE EN CAUSE

ou qu’aussi bien elle se confond sans doute avec ses propres aveux enregistrés et répétés, sans apporter en somme un témoignage distinct, il faut se dire que la confrontation de textes existants est un fait palpable. Comme on ne peut, quand il s’agit de Giroust, répondre que lui-même avait peut-être limé son ouvrage, c’est là sûrement la plus solide preuve contre la fidélité de l'éditeur.

Est-ce à dire que ce document officiel soit pour nous superflu ? Nullement, car tout au contraire, on aime à voir contrôler, par une découverte positive, ce qui restait une hypothèse, dérivée de faits, mais dans laquelle le raisonnement avait sa part ; et, en outre, la pièce accuse un état d'esprit qui révèle tout un monde d'idées. J’y noterai aussi cette insistance à réclamer peut-être encore, après si longtemps, contre les éditions subreptices, si toutefois il faut les reconnaître dans cette phrase : Quem (Bourdaloue) repraesentavit posteris non turpiter mutilatum, non deformatum miserabiliter, sed qualem eum etusdem temporis aequales audierant. W y à trop de ressemblance, en effet, entre le genre de ces griefs et la phrase de Bretonneau lui-même, rappelant dans lAvertissement de l’Avent les réclamations de lauteur, pour qu'il ne s'agisse point de ces mêmes publications clandestines, perpétuel cauchemar d’un éditeur officiel:

Ce sont ici ses vrays sermons, dit celui-ci, & non point des copies imparfaites... il y est si défiguré qu'il ne devait plus sy reconnoistre...

On s’explique fort bien cet acharnement ; il est même ‘naturel à proportion des retouches savantes dont l’éditeur avait sans doute conscience. Avoir «présenté » Bourdaloue à la postérité avec un soin si religieux et si fraternel, êt le savoir lu par ailleurs tel qu’on l'avait entendu, sans la toilette et le decorum d'usage, n’était-ce point insupportable?

Pour discréditer ces misérables publications, il fallait donc recommander comme uniquement fidèle, lédition

authentique. Nous voyons, par ce document, combien relative était cette fidélité.

Néanmoins s’il est constant, par son éloge même, que Bretonneau mit les sermons de Bourdaloue en état de paraître dignement devant la postérité, cette pièce officielle, avec ses développements appliqués à tous les orateurs édités par Bretonneau, ne nous dit pas dans quelle mesure il le retoucha. Le corrigea-t-1l d’un bout à l’autre, y mit-il, pour trois lignes du texte, une des siennes, selon la très forte proportion qu’il aurait peut-être indiquée au P. Bourgeois? Ici nous sommes plus en peine de répondre, et nous n’avons pas de faits assez nombreux ni assez certains, pour affirmer l’étendue de ces retouches qui, quant au fait, semblent établies. |

Faut-il de là conclure à la non-authenticité, faut-il, avec de Foris, évidemment passionné, accuser l’éditeur d’avoir glissé ses propres sermons dans cette édition? Nous n’en voyons pas de raison suffisante et ces accusations ne sont rien moins que prouvées. Mais, outre la remarque capitale que la fidélité d’éditeur s’entendait alors en un sens plus large — de Foris lui-même a pu très sincèrement se croire un modèle, et il dut lutter contre l’esprit de son temps, pour l'être au point où il le fut, — il est au moins très vraisemblable que rien n’a été détruit de propos délibéré, de l’œuvre de Bourdaloue, que nulle pièce entière qui ne vint de lui n'y a été introduite, et l’on croit pouvoir conclure à la loyauté parfaite, à l’absence de toute fraude, de toute interpolation substantielle.

De cette fidélité fondamentale la preuve sans réplique serait le contrôle, qui nous manque, entre le texte original de Vauteur et celui que Bretonneau fit livrer à impression. Mais on peut dire qu'à défaut de cet argument, le parallélisme exact entre les copies provenant de sources diverses et l'édition originale (sauf des exordes ou péroraisons que d’ailleurs on retrouve souvent en d’autres places), est une première garantie de la façon

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