LES MODIFICATIONS PROBABLES
dont l'éditeur à respecté la contexture des morceaux qu'il publiait. Plus d'un indice montre le scrupule d’un homme qui n’est ni faussaire, ni faiseur, si l’on peut qualifier ainsi l'éditeur qui traite avec sans-vêne, hardiesse et désinvolture un texte auquel perpétuellement il substituerait ses inventions propres.
Que, dans le détail du style, il en ait agi librement, comme c'était pour ainsi dire reçu alors, qu'il l'ait fait même en une large mesure, impossible d’ailleurs à déterminer, il n’y à rien d'étonnant ni de nature à scandaliser les hommes de son temps. Il dut même aussi, pour placer un sermon à chaque date liturgique, faire quelques-unes de ces transpositions qu'il insinuait dès sa première préface, nous prévenant que certains sermons avaient été prêchés à d’autres jours et sur d’autres évangiles, et ce ne put être sans certains remaniements d’exordes ou interversions de sermons ou parties de sermons.
Tout cela semblait à l’éditeur la besogne voulue et exigée par le double but poursuivi: un cours complet de sermons, pouvant aussi servir de lectures spirituelles. Mais à coup sür Bretonneau ne devait point changer à plaisir ou par caprice, témoin une curieuse série d’errata et de modifications qui, n'ayant pu trouver place au fur et à mesure dans la première édition de 1707, furent placés, en 1734, dans cette même édition in-8, à la fin du tome xr, le troisième des Dimanches. Ce volume, nous l'avons vu, clôturait d’abord, dans la pensée de l’auteur, l’ensemble des sermons. Le tout y forme, après les tables, un fascicule de neuf pages, avec ce titre : Corrections par rapport à divers volumes de toute l'Edition in-octavo.
Plusieurs de ces passages, qui ne sont pas de pures corrections typographiques, ont bien Pair d'être des retouches au texte même de l’orateur. Ces errala portent parfois sur des inexactitudes de citations de l’Ecriture que la première édition aura fait signaler. Telle une application erronée du verset 8 du chapitre xu d’Osée que Bourdaloue
avait cité de mémoire dans son sermon sur les Richesses, donnant dixit unus de Ephraïm, au lieu de dixit Éphraïm. Le passage entier en dut être modifié dans plus d’un détail ; il fallut, au lieu de «un homme de la tribu d'Ephraïm », imprimer «toute la tribu d'Ephraïm, » etc. L’orateur n'étant plus, et Bretonneau n'ayant pas aperçu ces inexactitudes, avant de livrer au public son édition, il fallut que, pour faire droit à quelque notification de ces errata, il se chargeàt de les corriger luimême. Il est curieux de remarquer qu'outre Pexorde sur le Jugement dernier, où la comparaison avec le roi Agrippa déplut peut-être à quelque officieux, 11 y eut
un changement opéré d’une façon définitive au début
du sermon sur l’Enfer.
Voici les deux leçons en regard :
Edition princeps, in-8 de 1707, t. ut, p. 45.
Prescher l'enfer à la Cour: c’est un devoir du ministere Evangelique ; à Dieu ne plaise que par une fausse prudence, ou par un lasche assujettissement au goust depravé de ses auditeurs, le predicateur passe une matiere si essentielle, & ce poinct fondamental de notre religion.
Mais aussi doit-il prendre garde en l'annonçant, à qui il l'annonce & à qui il parle. Aux peuples, cette verité peut estre proposée sous des figures sensibles: étangs de feu, gouffres embrasez, spectres hideux, grincemens de dents. Mais à vous, mes chers Auditeurs, qui, quoyque mondains & charnels, estes dans
Edition in-12 de 1708, p. 45.
(Nouveau texte) Prescher l’enfer à la Cour, c’est un devoir du ministere Evangelique; à Dieu ne plaise que par une fausse prudence, ou par un lasche assujettissement au goust depravé de ses auditeurs, le predieateur passe une matiere si essentielle, & ce poinct fondamental de notre religion.
N'est-ce pas mesme à la Cour plus que par tout ailleurs que cette grande matiere doit estre traitée, & traitée dans toute sa force, puisque c'est à la Cour qu'on est plus exposé à la malheureuse destinée du mauvais riche? Je ne viens pas vous donner de vaines terreurs. Je ne prétends rien exaggerer, ni