‹ Bourdaloue: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporains (volume 2)Chapitre 98 sur 367 · UNE ( LETTRE DE DIRECTION · texte numérisé non relu

UNE ( LETTRE DE DIRECTION

froid et impersonnel du début!, qui ferait croire à une exhortation collective, et la fin très émue , très pressante,

On me saura gré de détacher cette finale :

Il (Dieu) permet, écrit Bourdaloue achevant sa thèse, que des hommes d'ailleurs pleins de raison et du meilleur conseil en toutes les autres affaires, cessent d’estre raisonnables & deviennent incapables de tout conseil dans l'affaire de leur salut.

Vous ne serez pas de ce nombre, ainsi que Je l'espère & que je le demande souvent à Dieu pour vous. Vous rentrerez en vous-mesme & vous considérerez serieusement tout ce que Je viens de vous marquer. Vous serez toûjours comme vous l’avez esté jusques à ce jour, sage pour les affaires publiques dont vous estes chargé, sage pour les affaires domestiques de votre maison, mais vous le serez encore plus pour vostre ame & pour l'affaire de vostre salut, Vous me faites l'honneur de me mettre au rang de vos amis, & de m'en donner la qualité. Je la reçois avec tout le respect & toute la reconnaissance possible : mais il me seroit bien douloureux qu’un homme que J'honore, en qui je remarque les plus beaux talents & à qui je dois autant qu'à vous, s’oubliast luy mesme dans son affaire capitale, lorsqu'il a tant de vigilance & de circonspection dans des affaires, ou qui ne le touchent en aucune sorte, où qui ne sont pour luy que d’une trés petite consequence, en comparaison de celle qu'il laisse perdre. Mon ministere m'engage à m'employer au salut des ames. Je dois estre sensible à leur perte par le sentiment d'une charité commune, & fust-ce l’ame du dernier des hommes, & mesmes l’ame de mon plus mortel ennemi, je ne devrois rien épargner pour la sauver. Conclüez de là ce que me causeroit de regret & de sensibilité, la perte d’une ame qui par tant d’endroits & de raisons particulieres, me doit estre aussi chere que la vostre, Je vous conjure donc par Pamitié ou plustost par la bonté que vous me temoignez en toutes rencontres de me donner la consolation d’avoir travaillé efficacement à vostre plus grand bien & à vostre interest le plus precieux, qui est le salut. Vous avez sans cesse autour de vous une foule de gens, qui vous sollicitent pour d’autres graces qu’ils veulent obtenir: ce ne

|. Exceptons cependant le $ 11. « ... Le sujet de vostre confusion, c'est qu'ayant eù jusques à présent de la sagesse pour les affaires du monde... (pardonnez la liberté avec laquelle je vous parle ; vous sçavez quel zele m'anime & je sçais combien vous me faites l'honneur de recevoir tout ce qui vient de ma part)... vous estes tout à la fois & un sage mondain & un insensé chrestien », p. 403.

sont point là celles que Je vous demande. Dispensez-les comme il vous plaira, & à qui il vous plaira : mais accordez-moy ee que Je desire si ardemment, & sur quoy je ne craindray point de vous presser jusqu'à l’importunité, sçavoir, que vostre premier soin soit vostre salut. Dans ces autres graces pour lesquelles on s'empresse tant auprés de vous, chacun ne pense qu'à soy-mesme & ne cherche que soy-mesme : mais dans la grace que Je souhaite & que j'attends de vostre religion, je ne pense qu’à vous, je ne cherche que vous.

Qui ne regrettera que ce beau passage, qui fait le plus grand honneur à Bourdaloue, n'ait point été assez mis en lumière par ceux mêmes qui se proposaient de le montrer dans l’exercice du zèle désintéressé que personne ne lui refuse, mais qui éclate bien davantage dans des paroles d’une si sincère chaleur ! ? Pourquoi faut-il que notre légitime curiosité soit réduite à ignorer le nom du correspondant qui mérila de recevoir une telle lettre ! Il est difficile cependant de bâtir des hypothèses bien sérieuses avec ce que nous hvre l'édition :

Cette Instruction, dit la note marginale mise en tête par Bretonneau, regarde un homme du monde employé dans un ministere important.

L'éditeur ne pouvait mieux sauvegarder lincognito, qu'il désirait sans doute assurer à ceux qui lui avaient remis cette pièce. Du reste, dans la teneur même, rien ne nous détermine pour une des hypothèses possibles. Colbert, Louvois, Pontchartrain, Le Peletier, sont également acceptables ; c’est dire que le vrai nom reste inconnu *.

La date ne peut guère être ürée de l'indication liturgique qui se lit au début, puisqu'elle est variable comme le cycle pascal dont elle dépend. Bourdaloue cite le verset huitième du xvi chapitre de saint Luc, «ce que le Fils de Dieu nous dit dans l'Evangile de cette

l. Donnons acte cependant à M. Pauthe, d'avoir, un des premiers, remarqué et cité abondamment, mais trop peuexactement, cette Instruction. (pp. 392-396).

2. Je penche toutelois pour Colbert, et je donne les raisons dans la 2me partie, Chronologie, au ?8 mars 1681.

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