‹ Bourdaloué: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporainsChapitre 123 sur 475 · LA DIGRESSION DU P. DE VILLIERS · texte numérisé non relu

LA DIGRESSION DU P. DE VILLIERS

triste souvenir de la perte que la France vient de faire, vous font bien juger que je vous parle du Cœur de ce Prince Illustre, dont la gloire a effacé celle des Heros les plus fameux. Mais si je vous parle de luy, c'est moins parce que la reconnaissance m'a fait voir que Je devois vous en parler si prés d’un jour où l’on nous a fait l'honneur de nous confier un si précieux Dépost ; c’est moins par le plaisir que j'ay cru devoir vous faire en loüant un Prince qui vous fut si cher, que par l’atilité que vous pouvez retirer de son exemple. Nous estions accoûtumez à loüer en luy tout ce que la grandeur du courage & de la réputation, tout ce que l’eclat des plus grandes actions, tout ce que le nombre des Victoires, tout ce qu’un Esprit au dessus des plus sublimes esprits, a jamais pû fournir de matiere aux loüanges. Il a toûjours esté l’objet de nos admirations. Il a esté longtemps celuy de nos craintes ; puis enfin par la misericorde de Dieu, il est devenu celuy de nostre imitation, & pour imprimer dans vos esprits les grandes veritez que j'ay tâché de vous persuader dans ce Discours, je ne fais pas scrupule, en le finissant, de ramasser vos reflexions sur le Cœur de ce grand Prince, non pas tel qu'il a esté lors que ses vastes projets balançoient la destinée des Etats, & des Royaumes ; mais tel qu’il estoit lorsque des desseins plus chrestiens & plus solides regloient ses passions & sa conscience ; non pas tel qu'il a esté lorsqu’à la teste des Armées, il meprisoit la mort qu'il portoit à nos Ennemis, mais tel qu’il estoit lors que dans une solitude chrestienne il estudioit la mort, pour apprendre, non pas à la mepriser avec orgüeil, mais à l’attendre avec humilité, & à la recevoir avec confiance, Cest dans ce dernier estat que vous devez le considerer pour vous convaincre de l'obligation de vivre en Chrestiens, ou plûtost ne separez point ces deux états. Regardez le dans le plus haut point de la gloire humaine où il a esté élevé, pour voir dans quel néant se termine cette gloire, Regardez-le dans les exercices de la penitence, pour vous persuader que ce n'est que par là qu'on s'éleve à une gloire plus noble et plus digne d’un grand cœur. C’est la gloire immortelle, &c. {

L'expression du Mercure: «la diversité des copies qu’on m'a données » (du sermon du P. de Villiers), déguise-t-elle tout simplement un communiqué officieux du texte qu'aurait fourni l’auteur lui-même? Il n’y a rien d’invraisemblable et ce genre de réclame n’était pas inouï. Dans

1. Mercure galant, janvier 1687, p. 138, Funérailles de Condé, la réception cu cœur à la maison professe.

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