LES INDISCRÉTIONS DES COPISTES
[a plupart des extraits de cette nature que le Mercure cite, comme lui ayant été fournis par des auditeurs bénévoles ou retenus par lui auditeur et témoin auriculaire, on sent plutôt des communications faites à dessein par les intéressés !,
Toutefois, si le sermon du P. de Villiers a été obtenu vraiment par des copies d’auditeurs, et si les variantes dont parle le Mercure ont existé ainsi sur un même sermon entendu une seule fois et non répété, ne faut-il pas de nouveau conclure que les rédactions diverses, mais sur même fonds, des sermons de Bourdaloue qu’on rencontre dans les recueils d'autrefois, n’accusent pas nécessairement deux répétitions du même sermon, même quand les formes de la rédaction diffèrent °?
Dans le présent sermon du P. de Villiers, on sent très bien le ton des prédications d’alors, assez languissantes et se répétant tout à l'aise. Tous les orateurs du temps devaient improviser (?) de la sorte dans les compliments, allusions et autres morceaux très goûtés sans doute des auditoires ordinaires.
Son morceau sur Condé, que probablement Bourdaloue entendit, est à rapprocher du développement donné par celui-ci dans son oraison funèbre, et de la très curieuse analyse de Visé, dans le Mercure, avant l’impression du discours de Bourdaloue, faite, sinon de mémoire, comme il le prétend, du moins sur des copies.
On peut croire que le P. de Villiers était, dès 1687,
1. C'est ainsi que, après avoir cité divers fragments de Mascaron, de Brou et autres orateurs, vers les années 1680 et suivantes, v. plus haut, p. 507, où il commence à donner les compliments qui ont émaillé les sermons de la cour, le Mercure est réduit à souhaiter de citer le compliment de Bourdaloue à la Dauphine. Nous avons vu, p. 515, que probablement Bourdaloue n'avait pas jugé à propos de fournir ce morceau au journal, et Donneau de Visé, qui aurait dû, au même titre, avoir des copies, se tait sur ce compliment.
2. Cf. plus haut l'exemple tiré du sermon de Bossuet pour la profession de M!" de la Vallière, pp. 77 et suiv.
en assez bons rapports avec l’auteur du Mercure pour lui avoir communiqué le passage de son sermon du 25 décembre qui avait trait à Condé ?.
Lundi 25 août, ou peut-être 5 septembre (à lanniversaire de la naissance du roi ?), à Saint-Cyr, panégyrique de saint Louis, devant M" de Maintenon.
Le P. Bourdaloue prèche à S. Cyr le jour de S. Louis. On dit
qu'il y fit le panégyrique, non du saint, mais de M"*° de Maintenon
(sept. 1687 *.)
La gazette janséniste qui se plaint avec une mauvaise
1. Voici un autre extrait du Mercure, paru quelques années plus tard en faveur du P. de Villiers, alors sorti de son ordre et devenu M. l'abbé de Villiers. 11 faut noter, que dès l’année 1687, le Mercure rappelait le succès de l’Art de prescher, il y revient avec complaisance dans sa réclame du mois de mai 1691. Annonçantdans son numéro de mai, la mort récente de « M. de Villette, Gouverneur de la citadelle de Nancy, » il ajoute (p. 193): « Il avoit épousé Dame Marie Madeleine de Villiers... sœur de M" l’abbé de Villiers, que ses Predications n'ont pas rendu moins celebre que le talent d'écrire egalement bien en Prose & (p. 194) en Vers comme vous avez pû juger par l'excellent poëme de L'Art de prescher, & par les Reflexions sur Les defaults d'autruy, & comme on en pourra juger encore bientost par d'autres Ouvrages qu'on dit qu'il est sur le point de donner au Public, cet Abbé employant à la composition de Livres toujours agreables et utiles, le temps que le travail de la Chaire luy peut laisser libre. »
2. Lauras, t. 1, p.xxxIv ett. 11, p. 20, place ce discours au 4 septembre, prétendu anniversaire de la naissance du roi’. Ce serait, d'après Jui, la date fournie par les Nouvelles ecclésiastiques. Sans avoir pu vérifier, je penche pour la date assignée par Rochebilière, d'ordinaire plus attentif et meilleur critique que le P. Lauras.
3. (Bibl. nationale, mss. fr. 23498. Note donnée par le P. Le Lasseur.) Ces nouvelles ecclésiastiques sont d'un janséniste, on Je voit bien. L’éloge qu'y fait et qu'y devait faire Bourdaloue de Mme de Maintenon est juste et modéré. On trouve ce panégyrique, t. vin, p. 122 de l’éd. originale (R.)
«... Un jour que le comte d'Aubigné devoit amener dans son carrosse à Saint-Cyr le Père Bourdaloue pour faire une exhortation aux dames et demoiselles de Saint-Cyr, il lui dit en dinant à Versailles avant le départ : « Au moins, mon père, dinez bien, et ne comptez point sur la collation, car Saint-Louis est la maison de Dieu où l'on ne boit ni l'on ne mange. » On rapporta cette plaisanterie à Mme de Maintenon qui en rit beaucoup et dit: «Il est vrai que nous sommes sur ce pied-là, mais on ne peut réussir en tout, notre fort est l'instruction, notre faible l'hospitalité. » (Languet de Gergy, Mémoires, p. 298.)
* Né le 5 septembre 1638 et non le 4. (Chéruel, Histoire de France pendant la minorilé de Louis XIV, elc.)