LES PANÉGYRIQUES DU ROI
humeur évidente que cet éloge ait été surtout celui de M°*° de Maintenon, ne voulait peut-être protester d’une façon détournée que contre les panégyriques du roi qui cette année-là, comme le constate avec satisfaction le Mercure galant, s’étalaient littéralement dans toutes les chaires. Les fêtes célébrées partout pour le rétablissement de la santé du roi, avaient rempli de leurs relations le Mercure et les autres feuilles officielles. Les « lardons » de Hollande, comme on disait, ne se faisaient pas faute de protester, témoin cet extrait du Mercure historique et politique, du mois de novembre 1686.
Il se plaint des portraits du roi, représenté comme une divinité, ou pour le moins, un bienheureux ou un saint Canonisé :
Nonobstant le christianisme qui nous eclaire, on ne laisse pas de le tirer avec des raïons autour de la tete comme on fait des saints. Toute la ruë St Jacques en est pleine et les Jésuites qui voient cela tous les jours en sortant ou en rentrant dans leur college, n'ont pas encore jugé à propos d’avertir que cela n’étoit pas bien. Si le Roi le sçavoit, il est à croire qu'il y donneroit ordre lui-même, puisque bien loin de vouloir qu'on lui donne ainsi des marques qui ne lui apartiennent pas, il n’a pas voulu soufrir que le duc de la Feuillade qui vouloit fonder une lampe ardente devant sa figure qui est dans la place des Victoires, fit une chose comme celle-là 1,
Il est permis de supposer que les paroles mêmes qui servirent dans l’exorde du discours de Bourdaloue à faire au saint Papplication des mots du texte, Quis similis tu in fortibus, Domine, etc., (Exod., xv, 11), n’ont pas été prises, dans la pensée de l’orateur peut-être, où des
1. A Parme, chez Juan Batanar, p. 86. Ce Mercure hislorique, dès les volumes suivants, porte, non plus Parme, mais a Harme, puis La Haye, chez Henri Van Bulderen, L'inspiration du reste en est aisée à reconnaitre. Il y est parlé, dans le numéro de mai 1687, p. 530, de MM. les Jesuites, cause des violences dans la révocation de l'édit de Nantes. «C'est leur coutume d'user de violence dans tout ce qu'ils font, et quoiqu'ils ne se montrent pas disciples de saint Paul par ce qu'ils enseignent touchant la grace, on ne sauroit dire neanmoins qu’ils aient abandonné cet apôtre tout à fait puisqu'ils se servent volontiers de son épée.»
auditeurs, comme une allusion habile à la révocation de l’édit de Nantes : l'Egypte, n’était-ce pas, pour les admirateurs du règne, le parti protestant récemment abattu ? La délivrance du peuple de Dieu, ne pouvait-elle s'entendre, avec quelque complaisance, de cette unité de doctrine que le roi s’applaudissait d’avoir rétablie en France, s’imaginant apparemment servir l'Eglise, à l'heure où il ’asservissait? Mais on en jugeait à Paris autrement qu’à Rome et c'était avec sincérité que beaucoup louaient Louis XEVS surtout de cette mesure si froidement accueillie par Innocent XI *.
Non seulement les gazettes officielles sont pleines d'actions de grâces pour la guérison du monarque ? mais le Mercure constate avec satisfaction que les panégyriques du roi sont maintenant reçus dans la chaire sacrée. On ht en effet dans son supplément de mars, tout entier consacré à des adulations sans mesure :
Jamais l’Eloge d'un Prince vivant n’avait servi de matière à des discours entiers, prononcez dans la Chaire de verité, & c’est ce qu'on vient de voir dans presque toutes les Eglises de ce Royaume. On a crû (& l’on a crû avec beaucoup de raison) qu’un Monarque qui a dompté l'hérésie étoit digne d’être loué dans un Lieu où l’on a jusques icy entendu que les Eloges des Morts & les Panégyriques des Saints 3...
Et de là Visé, dans une dédicace de son recueil, sorte de préface à la Montoron, conclut avec enthousiasme :
1. Cf, plus haut, p. 629# et mon De munere pastlorali Bossuet,p. 157.
2. Gazelle de France, p. 51, le 7 janvier. « Les chefs conducteurs des Ouvrages de la Manufacture des Gobelins, font célébrer à Saint-Hippolyte une messe en musique, et le Père Menestrier y prêche le « panégyrique du Roy.» P. 74: « La Communauté des maistres Ecrivains lurez fait chanter un Te Deum pour la guérison du Roy. » — Je la cite, parmi un nombre infini de corporations et de villes, pour la reconnaissance due à tous ces scribes par qui nous connaissons mieux les sermons du temps. — Gazelte du {er février: «Le 20 (janvier), on chanta dans l'Eglise cathedrale de Meaux le Te Deum pour le mesme sujet, et tous les corps s’y trouverent. L'Evesque de Meaux y officia pontificalement ainsi qu'il avoit fait à l'Ouverture de la Neuvaine par une Messe solennelle. »
3. Mercure galant, mars 1687 et plus haut, p.654 5, et note e du Livre 1v.