SERVICES FUNÉBRES POUR CONDÉ
Ce sera le rôle de l'historien autorisé des Oraisons funèbres prononcées par Bourdaloue, de rechercher si ce projet de réunir en un seul recueil « les souvenirs de ces fêtes funèbres », reçut son exécution. Espérons que le P. Chérot, qui a déjà éclairci tant de points intéressants, grâce aux archives de Chantilly, nous donnera quelque jour cette réponse. Il trouvera, dans ce même numéro du Mercure galant, quelques détails officieusement commu niqués sans doute sur les figures de bronze destinées à l’église Saint-Louis, pour le mausolée du cœur de Condé !.
Bourdaloue ne devait pas être indifférent à ces nouvelles, bien que peu soucieux apparemment de se replonger, en vue du futur recueil, dans la correction d'épreuves d’imprimerie, à supposer que les auteurs dussent, selon le plan de la collection des éloges funèbres, prendre leur quotepart du labeur de revision.
II. L’année 1688. — Second carême à Saint-Eustache. — Prédications à la Maison professe.
Nous constatons par la mention faite de Bourdaloue dans la Correspondance administrative de Louis XIV, sa présence à Paris au mois de Janvier, d’après le billet que lui adresse Seignelay sur la fin de ce mois, et il n’est pas étonnant de le trouver à la Maison professe se préparant au second carême pour l’année même à Saint-Eustache. Voici cette courte lettre, qui devra désormais prendre place à côté de la Correspondance de Bourdaloue:
Le marquis de Seignelay au P. Bourdaloue.
Le 29° janvier 1688.
Je vous envoye, mon révérend Père, les ordres que le roy m'a
1. Dans le même Mercure encore, on trouve des détails généalogiques et autres sur un personnage qui est quelque peu du domaine du P, Chérot,
car il y est question, p. 285, à l'occasion de Mne de Charny, des Bochart de Saron. Cf. plus bas, 5 sept, 1701.
BOURDALOUE ET D'HAROUŸS 679
ordonné d’expédier pour vous permettre de voir le sieur d'Harrouys ! dans la Bastille, et de luy parler touttes les fois que vous le trouverez à propos. Je suis, mon reverend Père, absolument à vous 2.
La Liste des Prédicateurs nous indique Bourdaloue pour cette station, en même temps qu'un autre prédicateur,
1. Guillaume d'Harouys, seigneur de la Seilleraye, trésorier des états de Bretagne. Il ne put rendre ses comptes en 1687, fut mis à la Bastille et y mourut le 10 novembre 1699. Il était veuf depuis 1662 de Marie-Madeleine de Coulanges, sœur d'Emmanuel, (Sévigné, t. 11, p. 116, note 14.) « L'unique exemple, dit Saint-Simon, d'un comptable de deniers publics avec qui ses maitres et tout le public perdent, sans que sa probité en ait reçu le plus léger soupçon. C'est ce qui fit, ajoute-t-il, que le Roi se contenta d'une prison perpétuelle, il la souffrit sans se plaindre et la passa dans une grande piété, fort visité de beaucoup d'amis, et secouru de plusieurs, (Saint-Simon, t. VI, pp. 315-311 et additions, p. 471 )
Sur le P. d'Harouys son frère, que nous avons rencontré en 1677, comme successeur de Bourdaloue dans la chaire de la cathédrale de Rouen, voyez Le Gendre, p. 18, qui le compte parmi les quatre prédicateurs de valeur des jésuites, auxquels il donne place après Bourdaloue. Voir aussi les PP. de Backer et Sommervogel, 1v, col. 115-116. Il est probable que le P. d'Harouys qui avait vécu au collège de Clermont pendant que Bourdaloue y étudiait la philosophie et la théologie, fit appel à son dévouement en faveur du reclus de la Bastille, d'autant plus probable, qu'il avait ensuite retrouvé Bourdaloue à la Maison professe (il faut noter cependant qu'on ne le rencontre dans la Liste des prédicateurs que de 1651 à 1660). Le P. Henri Chérot a transcrit de lui ou sur lui plusieurs lettres inédites conservées à Chantilly. Il paraît avoir eu assez grand crédit, grâce à son malheureux frère alors en faveur. Ainsi, le 24 août 1681, le P. Bergier écrivait à Condé : «Je reviens de la rue St-Antoine où j'ay veu le père d'Harouys. Il est dans toutes les dispositions que l’on peut désirer de faire tout ce qu'il pourra auprés de son frère, pour le service de Madame la duchesse d'Hanovre. » La duchesse d'Hanovre était « la deuxième sœur de la duchesse d'Enghien, Bénédicte-Henriette- Philippe, née le 25 juillet 1652, mariée le 25 septembre 1658, à Jean- Frédéric de Brunswick, duc de Hanovre. Elle mourut en France le 1? août 1730 (Chérot, Trois éducations princières, p. 251, n. 1
Le ?4 août 1681, le P. d'Harouys écrit lui-même à Condé : «Je viens d'apprendre du P. Berger que Votre Altesse Sérénissime m'avoit fait l'honneur de me rendre quelque pevit service auprès de mon frère.»
2, Correspondance administralive sous le règne de Louis XIV, par Depping, t 11, p. 601, n° 33. Documents inédits sur l'Histoire de France, in-4. Voy. 1er janvier 1689 et 29 janvier 1688.
Le marquis de Seignelay à Besmaus, gouverneur de la Bastille.
Le 20 avril 1688.
Je vous envoyé un ordre du roy pour faire faire les pasques aux prisonniers de la Bastille. Vous pouvez, sans difficulté, permettre au sieur d'Harrouys de les faire; et à l'esgard des autres prisonniers il faut que vous voyiez avec M. de la Reynie ceux ausquels il ny à pas d'inconvénient de leur faire faire, et que vous leur en donniez la liberté,
absolument obscur, chargé des sermons de la matinée aux dimanches et fêtes :
A saint Eustache. Le R. Pere Bourdaloüe, Jesuite : Etles Dimanches & Festes à dix heures du matin, Monsieur du Carrier f,
Ce fut apparemment au mercredi des Cendres, 3 mars, sinon au 2 février que s’ouvrit la station de Bourdaloue.
Nous avons peu de dates fixes sur ce second carême de Saint-Eustache. Une gazette janséniste nous apprend qu'un des sermons parut à l’auditoire désigner Seignelay qui était présent et qu’on ne se fit pas faute de le regarder. Elle ne précise pas le jour de ce sermon, mais le carême était commencé depuis quelque temps, car outre les dates, ajoutées peut-être après coup, on y donne la nouvelle que l'abbé Roquette ? doit prêcher le sermon du jeudi saint, ce qui n'eut pas lieu comme nous verrons. Écoutons d’abord notre nouvelliste :
1. Sont à remarquer durant ce même carême, à Saint-Gervais le P. La Tour, oratorien, le supérieur de la maison de Saint-Magloire, Le Gendre: aux Religieuses du Saint-Sacrement, Faydit ", avec l'abbé de Bellegarde, chez les Religieuses de Sainte-Madeleine, Fleury, au Carmel de la rue Saint-Jacques, du Jarry, à celui de la rue du Bouloi, ainsi qu'aux Nouveaux Convertis du faubourg Saint-Marcel, Fénelon, Langeron, eitc., dans sa Maison des Nouvelles-Catholiques ; enfin, parmi les confrères de Bourdaloue, le P. Gaillard, chez les Annonciades ou Célestes, en attendant son avent de la cour.
2. L'abbé Roquette, celui qu'une épigramme bien connue a fait accuser de plagiat ”* est, sans doute en faveur de son oncle, et pour son ambition, peu couronnée de succès, d'obtenir quelque évêché, encensé par le Mercure galant: « Bien fait, il chante bien & peint avec beaucoup de méthode, a l'esprit tres vif & en a donné des marques, ayant fait ses estudes aux Jesuites avec un succes qui n'est pas commun, etc., etc... Tant de belles qualitez ne doivent pas vous surprendre. On ne peut estre Neveu de M' l'Evesque d'Autun & manquer d'esprit. » Mercure galant, juin 1681, p. 266.
* Faydit prêchait aussi le cinquième dimanche « à l’abbaye royale de N.-D. des Bois.» “* J'ai cité, d'après M. l'abbé Ch. Urbain, dans mon étude sur {e Plagial dans La Prédicalion ancienne, l'épigramme de d'Aceilly, Cf. Sévigné, t. vin, p. 88, note 5. On dit que l'abbé Roquette Prêche les sermons d'autrui ; Moi qui sais qu'il les achète Je soutiens qu'ils sont à lui.
M. À. de Coulanges dans {a Chaire française au XVILIL siècle, cite: On dit que l'abbé Barbelte C'est uno réédition pour user de la même rime.