‹ Bourdaloué: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporainsChapitre 141 sur 475 · L'HISTOIRE DE LA PRÉDICATION À FAIRE · texte numérisé non relu

L'HISTOIRE DE LA PRÉDICATION À FAIRE

Faydit ait été supportable et dans une église comme Saint- Jacques du Haut-Pas, qui était quelque peu la citadelle du Jansénisme, pour qu'il ait surtout été proposé dans le Mercure à l'attention des Précieuses du temps, il fallait bien que la réforme ne fût pas aussi complète qu'on l’imagine d'ordinaire. Ce ne sont done pas des hors-d’œuvre que les « pièces authentiques » qui nous permettent de mesurer au vrai le niveau courant de la prédication vers le dernier quart du grand siècle. C’est ici le lieu de répéter une parole trop peu remarquée :

Une histoire sérieusement étudiée de la prédication aux deux derniers siècles est encore à faire. Quand on aura bien caractérisé les trois ou quatre moments qui en ont plus ou moins renouvelé la rhétorique, la méthode d'exposition doctrinale, les tendances sociales et enfin le langage, on aura moins de peine à comprendre, à juger, à mettre à son rang chacun de nos prédicateurs célèbres, soit qu'ils aient produit ou aidé le mouvement de leur époque, soient qu'ils y aient simplement obéi 1.

1. M. l'abbé Léonce Couture (Bullelin théologique, scientifique et lilléraire de l'Instilut catholique de Toulouse) : la thèse française de M. l'abbé Paul Lahargou, docteur ès lettres: Messire Jean-Louis de Fromentières... 1v, décembre 1893, p. 247. — C'est aussi dans ce sens que le premier volume publié par M. le doyen de la Faculté des Lettres de Montpellier : Bourdaloue, la vie et la prédication d'un religieux au dix-septième siècle, est une importante contribution à cette histoire vraie de la prédication. La préoccupation morale qui fait le fond de cette étude et qui lui donne sa haute portée a rendu l'enquête plus profonde.et plus littérairement solide que les brillantes généralisations qui, d'ordinaire procèdent d'idées banales, rarement appuyées sur les faits. Il est dans l'histoire de la littérature plus d'une légende à détruire, que les ouvrages de vulgarisation et autres œuvres de seconde main ne contribuent qu'à fortifier, mais que combattront seuls les livres sérieusement préparés. Le Bourdaloue de M. F. Castets est de ce genre et il y a beaucoup à apprendre chez lui pour l’histoire exacte de la prédication du grand siècle. Il a eu raison de penser qu'à côté de Bossuet, Bourdaloue et autres maitres de la chaire, un bon nombre de prédicateurs avaient travaillé et que la résultante de cette immense action devait être analysée, documents en main. Son livre qui recherche les influences subies par Bourdaloue dans sa formation oratoire, nous fait pénétrer davantage dans l'âme de ce prédicateur, et sera un de ceux qui auront le plus eflicacement aidé à connaître Bourdaloue. Son premier volume est une introduction véritablement suggestive et solidement appuyée. Elle a sa place désormais à côté de l’œuvre de Feugère ; ce n’est point là un mince mérite, car je ne connais aucune étude sur Bourdaloue, sans en excepter les deux articles de Sainte-Beuve ni les deux volumes du P. Lauras, dont on puisse

faire le même éloge.

Pour clore les renseignements relatifs au carême de 1688, il faut continuer de citer la lettre de Me de Sévigné (du 18 mars 1689), dont il a été donné un fragment au 26 mars à propos du sermon sur la Samartitaine*. Elle est un témoignage rétrospectif sur le carême qui nous occupe et constate le succès éclatant (du moins au dire de la marquise) qui éclipsait tous les autres. Même à tenir compte de l'engouement de M" de Sévigné, 1l reste que l'absence de Bourdaloue devait singulièrement aider, ou sa présence entraver le succès des prédicateurs ses rivaux”.

Mne de Sévigné dans sa lettre du 28 mars 1689 dit 3:

Sr tous ceux de cette année (les prédicateurs de 1689) sont écoutés, quand le grand Pan ne prêche pas: ce grand Pan, c'est le grand Bourdaloue, qui faisoit languir l'année passée le P. de la Tour, le P. de la Roche même, M. Anselme qui brille à S. Paul. Le P. Gaillard fait des merveilles à S. Germain l'Auxerrois......

Le Mercure d’ailleurs, dans un témoignage donné à l’occasion du sermon de Pâques, mais plus général et concernant le carême entier, confirme, malgré ses formules banales, l'enthousiasme de M" de Sévigné :

Le jour de Pasques, Monsieur entendit le Sermon du P. Bourdalouë qui a presché tout le caresme à Saint Eustache avec une si grande affluence de monde & des Applaudissements si extraordinaires, qu'il est difficile que jamais Predicateur en ait davantage.

C’est durant ce carême, au mois de mars *, que fut mis en vente le livre de La Bruyère imprimé sur la fin de

. V. plus haut, p. 684, . V. plus bas, au carême de 1694, la lettre de Quesnel. CLONE De 008 DD

4, a C'est au commencement de 1688, ou à la fin de 1687, que parurent les Caractères de la Bruyère, où Bourdaloue est désigné sous le nom de Théotime, p. 496, n° 1, éd. Walckenaer. La Bruyère parle plusieurs fois de Bourdaloue (Voy. la table de l'édition Walckenaer.) Le livre paroissoit certainement à l'époque du carême de 1688. » (R.) Cette note ne concorde pas avec ce que nous avons vu plus haut, p. 5991. N'y a-t-il pas quelque confusion, car d’après les clefs, c’est Sachot, curé de Saint-Gervais, et non Bourdaloue qui serait désigné par Théotime, lequel serait supplanté par

Bourdaloue ? Cf. Legendre, Mémoires, p. 59, sur Sachot directeur et les bouillons de ses pénitentes.

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