LES CARACTÈRES DE LA BRUYÈRE
des descriptions et des peintures que lon fait de leurs contemporains, de leurs concitoyens, de ceux enfin qui leur ressemblent, et à qui ils ne croient pas ressembler, que jusque dans la chaire l'on se croit obligé souvent de suspendre l’évangile pour les prendre par leur faible, et les ramener à leur devoir par des choses qui soient de leur goût et de leur portée 1.
Il suffirait de transcrire ici l’annotation que M. Servois, sinon Rochebilière lui-même, ajoutait à ce passage, pour corriger ce que pourrait avoir d’excessif pour ou contre Bourdaloue, cette remarque sur la nécessité de parler aux auditoires le langage de leur temps, mais sans suspendre l'Evangile. Nous examinerons, à propos du P. Séraphin, le premier qui, pour La Bruyère, reprend l’évangile, les jugements et les idées de l’auteur des Caractères.
Parmi les annotations de Rochebilière relatives à ces allusions, plus d’une mériterait d’être discutée. [l ne me paraît guère vraisemblable de reconnaître Bourdaloue dans Théotime, étant donné que ce début du chapitre sur la mode date de la première édilion :
Ce seroit, dit La Bruyère, pécher contre la mode que de guérir la fièvre par la saignée. De même l'on ne mouroit plus depuis longtemps par Théotime ; ses tendres exhortations ne sauvoient plus que le peuple, et Théotime a vu son successeur ?.
Je ne me fais point fort d'identifier le confesseur * en vogue qui, appelé d’abord près du lit de mort des seigneurs, se vit supplanté par un autre devenu à la mode, mais il ne semble pas que Bourdaloue ait cessé jamais d’être demandé pour ce ministère de l’assistance des mourants.
Même sil s'agissait d’une addition faite à la 9° édition et si l’addition était de La Bruyère, à peine pourrait-on
TALEET D MODE OteR 2. La Bruyère, Hachette, t. 11, p. 135.