‹ Bourdaloué: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporainsChapitre 18 sur 475 · LE COMPLIMENT À PROPOS DE LA RÉGALE · texte numérisé non relu

LE COMPLIMENT À PROPOS DE LA RÉGALE

Je ne sais s’il était dans la pensée de Bourdaloue de donner aux mots : € puisque c'est ainsi qu’elle-même s’en explique, » le sens restrictif dont son historien ou panég yriste disait : &« paroles heureusement trouvées pour faire comprendre au roi, sans l’offenser, que lui, Bourdaloue, ne prend pas sous sa responsabilité la légitimité de ses droits, etc. »

Entre une protestation déguisée qui certainement force le sens naturel des mots, et la profession de foi gallicane qui est loin aussi de s’y trouver, il y a place pour une autre expression de sentiments, celle d’une admiration sincère pour un roi que l’orateur croyait apparemment incapable d’abuser de son pouvoir. C’est comme protecteur de l’Eglise que Louis XIV est loué ici, et d’un éloge qui semble sans inquiétude. Il est même très explicitement remercier et félicité d’avoir renoncé à des «droits acquis», alors que le décret faisait gagner du terrain aux prétentions régaliennes. En protestant contre l’expression de «neutralité » qu'avait employée Feugère, le P. Lauras atténue outre mesure le sens de l’éloge adressé par Bourdaloue, sur cet édit de la régale; c’est bien plutôt le mot neutralité qui serait faible et l’on doit dire que les paroles de Bourdaloue, très explicables dans sa bouche et respirant seulement le « loyalisme » de son temps, ne seraient plus à l'honneur de notre temps, supportables aujourd’hui.

En quoi d’ailleurs les différentes citations apportées par le P. Lauras infirment-elles la conclusion de Feugère, disant que sur les maximes du gallicanisme, Bourdaloue « s’est toujours abstenu? » Tout ce qu'il invoque dans son chapitre I sur la pleine autorité de l'Eglise, vise bien plutôt le jansénisme qu’il ne traite la question en liuge. Donner comme passage décisif: «qu'il n’y a dans le monde ni prince ni monarque qui ne relève de cette juridiction (de l'Eglise), aussi souveraine qu'elle est universelle», ce n’eût pas été pour embarrasser un gallican convaincu. Les décisions et la juridiction de Eglise universelle, aux

décrets infaillibles et irréformables, quel catholique ne les admettait? Mais il faudrait voir surtout ce que disaient alors les contemporains de Bourdaloue, de Pattitude du roi, fils aîné et respectueux, dans son langage, de cette Eglise romaine dont il dénonçait le Chef, comme un obstiné, presque un ennemi de sa couronne, un ingral peu attentif à tenir compte au roi du zèle que celui-ci se voulait faire payer ‘.

Des prétentions gallicanes et presque schismatiques de Choiseul, évêque de Tournai, (que Bossuet essaiera de réduire dans ses quatre articles qui sont un compromis), il n’est pas difficile de deviner ce que pensait Bourdaloue. Par « profession » il avait certainement dépouillé toute trace de son éducation et des préjugés parlementaires, si son père Etienne Bourdaloue, en son présidial de Bourges, l’en avait imbu jadis. Mais peut-on dire qu’il nous a révélé celle pensée, ou faut-il avouer qu’il s’est toujours abstenu? » Là serait la question à traiter, si elle ne demandait une étude à part. J'espère la reprendre quelque jour et y joindre une enquête historique sur le gallicanisme du temps, ses sources et ses conséquences. Cest là que figureront à leur vraie place les très curieux articles de la Gazette relatifs à cette question ?. Trop peu remarqués, ils nous indiquent, sinon l’état des esprits, du moins le sens dans lequel on les travaillait. Rien de plus utile pour l’histoire vraie que de mettre en regard des documents diplomatiques et des pièces d’archives, nous révélant les dessous d’un débat, les communicauons officielles, les seules qui parvenaient à la multitude pour diriger et orienter ses jugements.

Est-ce à la Gazette du 24 janvier, est-ce à Pédition de édit imprimé chez Muguet en 1682, que Bourdaloue

1. V. surtout plus bas en 1688, le ton du Mémoire de Fénelon.

2. V. aux notes justificatives de ce livre, note e, une page de la Gazetle,

comme spécimen.

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