NEUVIÈME STATION A LA COUR
à sacrifier le reste. Si l’on trouve que trois sermons de la Toussaint sont bien peu pour les nombreux avents donnés par Bourdaloue, qu’on ajoute, si l’on veut, le sermon sur l’Ascension, au premier volume des Mystères, sermon dont Bretonneau écrivait dans son Avertissement :
Ce sermon est tout moral, & hors l'exorde & quelques endroits très courts qui regardent le mystere, il n’y est parlé que de la gloire du ciel & du merite requis pour l'obtenir.
Rien de plus aisé réellement, par un changement d’exorde et la suppression de quelques traits au début de la première partie ‘, que d’adapter au jour de la Toussaint ce sermon où l’orateur disait :
Mon dessein est donc de vous parler de la gloire du ciel, & de vous la proposer comme le motif le plus touchant, le motif le plus propre
à faire impression sur vos cœurs, & à vous faire tout entreprendre &
tout supporter dans la vie ?.
La division même n’est point malaisée à conserver, en substituant à Jésus-Christ les saints qui ont suivi la même vole :
Le Sauveur du monde nous fait connoistre par son exemple que cette gloire est une recompense ; & il nous fait au mesme temps entendre, que cette recompense est sur tout le fruict & le prix des souffrances, Arrestons-nous à ces deux pensées, & faisons-en le partage de ce discours. Cette gloire où nous appelle aprés luy Jesus-Christ, est une recompense ; il faut donc la meriter, ce sera la premiere partie. Cette recompense est sur tout le fruict & le prix de ses souffrances ; c’est donc en particulier par le bon usage des souffrances, qu’il la faut meriter : ce sera la seconde partie.
Je ne prétends nullement que Bourdaloue ait ainsi fait servir à quelque ouverture d’avent, ce sermon sur l'Ascension, que l'édition ne nous donne point comme prêché devant le roi ; mais l’occasion était engageante et la fête de l’Ascension, étant de celles où notre prédicateur
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dut être moins souvent appelé, lui offrait ainsi un sermon presque neuf, qu'il a pu utiliser. S’ensuit-1l qu'il lait fait? Cette conjecture, qui n’a rien de spécial à l’année 1689, répond seulement à la difficulté qui s'offre à l’esprit en face de si peu de sermons conservés pour les séries de stations d’avent prêchées par Bourdaloue.
1° novembre, mardi fête de la Toussaint. — Le roi fit ses dévotions avec sa piété ordinaire et toucha les malades des écrouëlles ; l’aprés midi, il assista aux Vêpres et au sermon que le célèbre Père Bourdaloue, jesuite, fit avec un succès digne de sa réputation 1.
Mardi, 1* novembre, à Versailles. — Le roi et Monseigneur firent leurs dévotions ; ils entendirent le sermon du P. Bourdaloue et demeurèrent à Vespres ?.
Dimanche 27, à Versailles (1° dimanche). — Le roi et toute la cour allérent au sermon du P, Bourdaloue et au salut.
Dimanche 4 décembre, à Versailles {2° dimanche). — Le roi alla à la messe dans la tribune, et y entendit le sermon l'après dînée. Il se fait traîner en roulette parce qu'il a eu cette nuit une petite attaque de goutte.
Dimanche 11, à Versailles (3° dimanche). — Le roi entendit la messe à son ordinaire en bas, il alla au sermon et au salut.
Dimanche 18, à Versailles (4° dimanche). — Le roi entendit le sermon et le salut et ne sortit point de tout le jour.
Dimanche 25, jour de Noël, à Versailles. — Le roi et Monseigneur ont assisté à la grand messe, au sermon du P. Bourdaloue et à toutes les dévotions de la journée 3.
Le prévôt de Sourches, qui ne mentionne pas le sermon de Noël, et Dangeau qui le signale sans noter aucun incident ont donc été plus discrets ou moins bien informés que la gazette manuscrite où nous est rapportée l'aventure nullement invraisemblable de Bourdaloue trahi par sa mémoire.
. Mémoires du Mis de Sourches, t. 11, DEAD
Dangeau, t. 111, p. 16.
3. Dangeau, t. 111, pp. 16-42. Dangeau ne mentionne Bourdaloue que le jour de la Toussaint, le 1: dimanche de l’avent et le jour de Noël. Il est probable, cependant, qu'il prêcha les trois autres dimanches de l'avent. Il se sera contenté d'indiquer que le roi entendit le sermon. (R..)