TÉMOIGNAGE FANTAISISTE DE MAURY
presque chaque semaine de l'année, sans jamais en répéter aucun (?), étoient quelquefois obligés d’avoir recours à leur manuscrit, surtout Bourdaloue qui ne voulut jamais s'assujettir à l'assistance d’un souffleur dans l'exercice du ministère sacré, mais il devait sentir avec une espèce d'humiliation combien cet état pénible d’un auditoire déconcerté et interrompu dans la jouissance d’un si beau talent diminuoit l'intérêt et le charme qu’on trouvoit à l’entendre.
L'évêque de Clermont, excédé disoit-il, d'apprendre tous les Jours sa leçon comme un écolier, en conçut un tel dégoût pour la chaire qu'il ne voulut plus y monter pendant les vingt-cinq dernières années de sa vie. Il se réduisit durant tout le cours de son épiscopat, à lire ses discours synodaux dans son séminaire, On sait qu'étant un jour pressé d'indiquer celui de ses sermons dont il étoit le plus content, il répondit avec une ingénieuse franchise, de la manière la plus propre à bien faire sentir à quel point la fidélité de la mémoire influe sur l'effet du débit, et par conséquent sur le succès de la plus belle production oratoire : c’est celui que je sais le mieux 1.
N'est-ce pas là l’origine de tant de récits vagues, mis en circulation par cette page de Maury, mais les sources de Maury, quelles sont-elles 2?
Sans vouloir traiter à fond, à l’occasion d’une simple note contemporaine, la question de la mémoire chez Bourdaloue, il ne faut cependant pas omettre parmi les témoignages du temps, celui du P. de La Rue, dans la curieuse préface qu'il écrivit en 1719, pour l'édition de ses sermons. C'est un plaidoyer sans doute, qui s’efforce de réunir toutes les raisons qu’aurait l’orateur sacré de s'affranchir de l’obligation d'apprendre ses sermons, mais
l. Essai sur l'Eloquence de La chaîre, ch. Lxxvn, Paris, Warée, 1810, LI, p.202:
2. On est singulièrement mis en défiance, lorsqu'on retrouve sous le nom de nouveaux interlocuteurs, les prétendus faits divers contemporains, par exemple, en face de l'anecdote que M. l'abbé Pauthe met en scène, p. 208 (Bourdaloue répondant à Louis XIV, à propos du P. Séraphin:«Sire,ilest bien plus prédicateur que moi, car on restitue à ses sermons, les bourses qu’on a volées aux miens» ce trait reproduit dans les Discours académiques et Mélanges historiques sur Massillon (Besançon, 1823, p. 94) : « On coupe les bourses à vos sermons, » lui dit (à Massillon) un courtisan. « Oui, répondit Massillon, mais le P. Bourdaloue les fait rendre. »