TÉMOIGNAGE DE LA RUE
les faits allégués n’en sont pas moins à recueillir en ce qui regarde Bourdaloue, clairement désigné. Après avoir opposé Bossuet et Fléchier, celui-ci récitant ses discours, le premier improvisant sur des notes dont La Rue, trompé comme Ledieu et par Ledieu!, diminue outre mesure l’importance, il ajoute :
De ces deux modèles éminents dans chaque genre d’éloquence, l'avantage est sans contredit à celui des deux qui sut se mettre davantage à couvert des caprices de la mémoire. Et sur cela j’oserai encore enchérir par l’exemple du prédicateur à qui la France a donné la vogue la plus constante : on ne me dira pas si j'ajoute aussi la mieux fondée ; et sans le nommer, ces seuls traits disent son nom. Cet homme avoit délivré la chaire de vérité de l'éloquence des paroles et du fatras des inutilités, pour y rétablir l’éloquence de la foi, de la raison, et du bon sens. L'éclat de ses deux premiers sermons dans Paris attira d’abord toute la cour à sa suite, comme à un nouvel oracle attendu et souhaité, mais non encore vu depuis longtemps. Cependant, pour ne s'être pas d’abord affranchi de la servitude de la mémoire, ilen fut qgourmandé jusqu'à la fin de ses jours ?.
{. Onsait que Ledieu, dans ses Mémoires qui, sous leur forme primitive, ont servi à l'oraison funèbre de Bossuet, est inexact sur la question des sermons de Bossuet. On n'est donc pas étonné que La Rue ait dit: « On n’a pu recueillir après sa mort (Bossuet) que de simples feuilles qui ne contenaient que l'économie du discours, la naissance des mouvements et des traits qui en devaient faire les nerfs et les ornements Sur ces plans, il s’exerçait à faire, en se promenant, le choix et l'essai des termes et des expressions convenables à l'effet qu'il se proposait. »
Ledieu, réfuté depuis par des critiques mieux informés, généralisa des observations incomplètes, et étendit à la vie presque entière de Bossuet ce qui fut la méthode de l’époque de Meaux. Cf. Lebarq, Hisloire crilique de la Prédicalion de Bossuel, p. 22, où le docte historien montre qu'il y a même plus qu'une confusion, et que les recueils de notes de Bossuet ont été pris pour les « sermons eux-mêmes », tels que les décrit Ledieu dans ses Mémoires : « Il jetait sur le papier son dessein, son texte, ses preuves, en français ou en latin indifféremment.» Comme La Rue fit son oraison funèbre d’après les notes fournies par Ledieu, son erreur s'explique et s'excuse.
L'inexactitude de Ledieu est d'autant plus étrange que, dans le passage cité plus haut pour accuser de plagiat l'abbé Bossuet, il constate l'existence des portefeuilles de sermons dans lesquels le neveu de l'évêque de Meaux a pu trouver de quoi prêcher sur la Toussaint en 1703. V. plus haut, p. 155, note.