TÉMOIGNAGE DE FLEURY
dont les phrases incorrectes, interminables, mal équilibrées, ne peuvent être supportables que « dites », avec les inflexions de voix, les arrêts, le secours de l’action ou du geste, des sermons véritablement bien écrits, subissant avec avantage l'épreuve difficile de la lecture publique ‘ recto tono, et dans lesquels Bretonneau n’a eu sans doute à retrancher que quelques expressions vieillies ou trop familières pour l’idée qu’il se faisait de l’éloquence de la chaire.
Est-ce au défaut de mémoire, est-ce au manque d’action que se doit rapporter certain témoignage de l'abbé Fleury, conservé dans le manuscrit Saint-Fonds. M. Poidebard qui à rapporlé dans son introduction, nombre de paroles et d’anecdotes recueillies par Bottu de Saint-Fonds, de la bouche de l’abbé Claude Fleury, n’a point imprimé celle-ci:
L'abbé Fleury disait : « Le P. de Lingendes était le plus parfait Prédicateur que j'aie jamais ouï, au dessus même du Père Bourdaloue. Le P. Bourdaloue n’a jamais osé parler sur le champ, et peut-être n’était-il pas capable de le faire. Comme donc sa mémoire travaillait toujours, 1l était obligé de penser uniquement à ce qu'il disait et non à la situation de ses auditeurs. Qu'ils l’écoutassent ou qu’ils s’'endormissent, il n’était pas maître de s’accommoder à leurs besoins présents, ‘ et comme un ressort qui se débande, il fallait absolument aller jusqu’au bout. Il criait donc et parlait avec beaucoup de feu, mais ce n’est pas ce qui touche davantage.
Ce jugement est certainement à remarquer. Qu'il soit ou non l’écho ou même l’origine de la célèbre critique du second des Dialoques sur l’éloquence de la chaire, 1 s’y rattache certainement. C’est le lieu donc, sinon de traiter à fond cette discussion, au moins d’en dire notre pensée.
Rappelons d’abord la date assez probable que le regretté M. Ch. Revillout, dans ses Æssais de philologie et de littérature, vient d’assigner aux Dialoques sur l’EÉloquence
1. De ce caractère serait le sermon intitulé le Triomphe de la Croix, pour le dimanche des Rameaux. V. Sermons inédils, p. 201.