LES DISCUSSIONS ACTUELLES
Son argument négatif, démontrant que si le passage de Fénelon visait Bourdaloue, il ne serait pas à ce point dépourvu de confirmations contemporaines, est une preuve de très bon aloi. M. l'abbé Berthucat se pose en champion résolu de Bourdaloue !, au nom du clergé de ce pays dont le nom de Bourdaloue est la gloire, et il a grandement raison, Toutefois, quelle que soit la note défavorable qui en pourrait rejaillir sur notre orateur, s’il m'était prouvé par de réels témoignages, que Bourdaloue, esclave de sa mémoire, prêchait les yeux fermés, j’en prendrais mon parti, el ce n’est point parce que, ce qui est vrai, Gil y a un grave défaut à prêcher les yeux fermés », que la critique de Fénelon ne me paraît pas applicable à Bourdaloue. Si quelques-uns de ses confrères, mettant à le défendre de ce grief quelque ardeur un peu vive, ont par aventure, traité à cetle occasion Fénelon « d’une manière irrévérencieuse de petit jeune homme qui ne sait pas ce qu’il ditet ne mérite pas d’être pris au sérieux ?», ils ont pris là de mauvaises façons de défendre une bonne thèse, mais il en est d’autres qui ont traité Le sujet d’une manière plus sérieuse. Si M. Berthucat avait connu l’/conographie dans laquelle
bien obligé de compter avec l'histoire et de me demander si les contemporains ont vu «ces abimes.» Aussi la vigueur de ces plaidoyers successifs mempêche de renvoyer avec aussi grande confiance au chapitre où M. le chanoine Pauthe défend Bourdaloue contre la possibilite même d’une critique de Fenelon. — Toutefois il y avait à prendre dans ce livre d’utiles indications, par exemple l'avertissement que l'argument tiré du Mémoire de Fénelon à l'Académie était infirmé par la découverte de M. l'abbé Urbain. Chose étrange, M. l'abbé Pauthe qui signale en note cetarticle de M. Urbain, n'en tient guère compte. Le siège était-il fait et l'empressement à « faire flèche de tout bois » l'a-t-il emporté pour défendre la mémoire et le talent de Bourdaloue ? Il est fàächeux de retrouver l'usage de ces armes dans la. discussion. La cause valait mieux que l'emploi des arguments,
1. En indiquant le livre de M. l'abbé Pauthe à M. l'abbé Berthucat, je me permets de le mettre en garde contre son propre désir de réduire à néant à tout prix et pour l'honneur de Bourdaloue et du Berry; la légende issue des Dialogues de Fénelon. Tout ne serait pas perdu si l’on trouvait des preuves historiques que Bourdaloue ait fermé les yeux en prêchant, mais son succès, qui est historique, en serait plus difficile à expliquer et la rareté de catte constatativn, tout à fait étrange.