EXPLICATIONS ESSAYÉES
me fais point fort d'expliquer tous les détails de la peinture tracée par l'interlocuteur du second dialogue hostile aux sermons récités de mémoire. L'interprétation de M. Berthucat, qui voit là «un prédicateur idéal pour le portrait duquel Fénelon aurait pris quelques traits à Bourdaloue, est assez vraisemblable, plus naturelle peut-être que la défaite du P. Lauras !, déclarant qu’il s’agit d’un des imitateurs de Bourdaloue. Mais nous n’avons point ici à expliquer les Dialogues ‘sur l'Éloquence et peu importe que le passage en cause reste une énigme. Il demeure certain qu'y voir Bourdaloue n’est pas une solution appuyée par les documents contemporains, et que, restant à ce point sans base et toute gratuite, cette application des Dialoques pourrait être simplement tenue pour non avenue, Jusqu'à preuve du contraire. Que nous ne puissions fournir au problème soulevé par le second dialogue de Fénelon, une solution sans réplique, c’est possible ; mais la pénurie de témoignages, pour la thèse qui veut reconnaître Bourdaloue dans le portrait anonyme tracé par Fénelon, laisse toute liberté d’attendre des’ preuves plus péremptoires.
En simple rapporteur, je reproduis le texte même de Fénelon avec les doutes que me font éprouver les affirmations de ses commentateurs pour y reconnaître Bourdaloue, puis par série chronologique allant jusqu’à
1. Lauras, 1, p. 203 et suiv., et Eludes, S. J., mai 1876, pp. 705-733; voir surtout p. 718.— Sans tenir pour cet expédient du P. Lauras, je crois devoir faire remarquer qu'un prédicateur réel, alors en vogue, parfaitement oublié depuis, ne sera pas une explication invraisemblable, si l'on songe aux singulières illusions d'optique dont sont coutumiers les contemporains de tous les temps. On trouvera à la note h au présent livre un quatrain de l'abbé de Marolles nommant parœmi les honimes célébres du temps, et au même titre que Bourdaloue, trois autres orateurs, ses confrères, dont deux sont, pour ainsi parler, « absolument inconnus. » Sauf le P. de Champs, que d’autres motifs ont empêché d'oublier, on ne soupçonne plus qu’ils ont brillé dans la chaire. Cet exemple est de nature à laisser une certaine probabilité à l'explication essayée par le P. Lauras, à l'usage de ceux qui repousseraient l'hypothèse d'un portrait fantaisiste.