‹ Bourdaloué: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporainsChapitre 210 sur 475 · TÉMOIGNAGE DE MAURY · texte numérisé non relu

TÉMOIGNAGE DE MAURY

On ne peut pas assigner à La Harpe un rang dans cette série de témoignages, ni le rendre responsable de cette tradition, comme l'a fait M. l'abbé Pauthe'. Bien que La Harpe ait dit, il est vrai, que « Bourdaloue était un savant catéchiste plutôt qu'un savant prédicateur », (ayant peu, ajoutait-il, de ce qu’on peut appeler les grandes parties de l’orateur, qui sont les mouvements, l’élocution, les sentiments », on re doit en rien le compter parmi les commentateurs des Drialoques de Fénelon ?.

3° Maury, que le P. Chérot a cité dans son /conographie peut marquer une date lui aussi dans lapplication du

1. Pauthe, p. 244. — La Harpe, Lycée, éd. 1822, t. vir, p. 22.

2. Il eût été légitime aussi de tenir compte de ce que La Harpe converti a depuis ajouté à cette leçon sur l'éloquence de la chaire, qui lui parut incomplète dès qu'il eut pris contact avec Bourdaloue. C'est justice de joindre aux leçons de 1788 les additions de 1799. « Je commencerai cet article, écrivait La Harpe, par réparer une omission qui est une sorte d'injustice, car c'en est une dans toute espèce d’appréciation, de ne pas insister assez sur un mérite éminent. Il s’agit de Bourdaloue dont j'ai parlé trop succinctement lorsque j'ai traité de l'éloquence du dernier siècle. Ce n’est pas que j'aie rien à rétracter dans l'article qui concerne ce célèbre prédicateur; tout ce que j'y ai énoncé me parait encore vrai, mais je n y ai pas dit tout ce que je devois dire. J'ai pu en considérant Massillon et lui sous des rapports purement littéraires, ceux d'orateur et d'écrivain, ne mettre aucune comparaison entre eux; et en effet, je ne pense pas que sous ce point de vue Bourdaloue puisse la soutenir. Mais il n’est pas moins vrai qu'en parlant d'orateurs chrétiens, je ne devois pas régler mon jugement entier sur le seul plaisir que je cherchois alors de leurs ouvrages, celui d'une lecture agréable. J'étois tenu d'examiner ce que l’un et l’autre étoient et devoient être pour des chrétiens, puisque c'est pour des chrétiens qu'ils ont écrit et parlé. J'avois alors beaucoup lu Massillon, et fort peu Bourdaloue, et cette différence étoit en raison du plus ou moins d'attrait dans l'élocution. Cet attrait seul ne devoit point tout décider; il étoit de l’équité de voir à quel point Bourdaloue avoit atteint les différents résultats du ministère de la parole évangélique, puisqu'il y en a de plusieurs espèces, tous essentiels, et peut-être tous d'une égale efficacité à proportion de la diversité des esprits. Tous ces effets étant également l'objet du prédicateur, sont également pour lui dès qu'il les obtient, les palmes de son art; et il en est deux où j'ai jai trouvé Bourdaloue supérieur à tout, depuis que je l'ai lu comme j'aurais dù toujours le lire. Ces deux mérites, qui lui sont particuliers, sont l'instruction et la conviction... (Lycée, 3° partie, livre 11, sect. 1, éd. 1824, in-32. Paris, Ledoux, t. x111, p. 158). Le Lycée de La Harpe n'est pas un livre rare, et on trouvera sans peine la suite de cette rectification. Ilm'a paru bon de la signaler, sans prétendre pour cela que La Harpe soit un des appréciateurs les plus exacts de Bourdaloue.

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