INFIRMITÉ DES RAISONS DE MAURY
texte de Fénelon à Bourdaloue. Très sommairement dans ses Principes d'éloquence pour la chaire et le barreau, il avait écrit (1805) :
L’action de Bourdaloue était très imposante, quoiqu'il eût toujours les yeux fermés quand il prêchait.
Cinq ans après dans son Æssai sur l'Éloquence, il reprend la même déclaration avec preuves à l’appui, mais preuves qui, nous édifiant sur la puissance de généralisation du critique, nous rassurent du même coup sur la valeur de son témoignage. Ce n’est pas, en effet, qu'il ait trouvé la moindre confirmation authentique l’autorisant à croire que Fénelon avait désigné Bourdaloue. Sa démonstration repose sur l’iconographie de Bourdaloue, et ainsi peutêtre se rapproche-t-il à son insu de la véritable origine de linterprétation donnée à l'écrit publié en 1718 :
L'action de Bourdaloue étoit aussi très dominante et très noble, Il avoit une voix pleine et touchante, et toute la dignité d’un prophète; sa mémoire le préoccupoit et l’inquiétoit si habituellement, que pour éviter toute distraction dans son débit, il s'imposoit la loi d’avoir sans cesse les yeux fermés; c’est ainsi que tous ses portraits nous le représentent f,
Nous voilà suffisamment fixés sur l’érudition de Maury, et comme nous savons maintenant l'histoire du type aux yeux fermés dérivé du dessin pris par Jouvenet sur le visage du mort, le commentaire donné aux Dialoques de Fénelon ne nous semblera point décisif. On voit du moins que Maury, un des anneaux de la chaîne qui à porté jusqu'à nos jours la tradition des yeux fermés, nous ramène à celte question de la mémoire qui à été l’occasion pour nous de discuter le témoignage de Fénelon.
Nous pourrions, après 1810, descendre jusqu’au dernier historien des sermons de Bourdaloue, dans l’AÆistoire de la langue et de la littérature française. M. Dejob y écrit:
1. Essai sur l’'Eloquence, éd. 1810, t. 11, p. 283. Chérot, Iconographie, pr2: