FEUGÈRE PARTISAN DE CETTE LÉGENDE
On nous prouve par des anecdotes que Bourdaloue ne fermait pas toujours les yeux en parlant; mais c'est déjà trop qu’il les fermât
d'habitude !
Il y aurait lieu peut-être de retourner la formule et de demander qu'on nous prouvât par quelque anecdote authentique que Bourdaloue fermait parfois les yeux en prêchant, car Jusqu'ici on attend la preuve de la légende des yeux fermés; s’est-elle produite jamais en dehors de la méprise due au portrait ? \
Il serait aisé de remonter de ce dernier témoignage attestant la persistance des légendes, pour retracer, dans un ordre régressif, la marche de cette interprétation du prétendu verdict de Fénelon à travers notre siècle. On est péniblement surpris de trouver dans Feugère, non pas seulement la conviction que les Dialoques désignent Bourdaloue (le contraire est trop rare, pour qu’on s'étonne de cette opinion communément reçue), mais une curieuse justification de la tradition « des yeux fermés. » Par une espèce de sophisme assez bizarre, obligé de convenir que la raison iconographique de Maury est sans valeur, Feugère n’en défend pas moins la tradition des yeux fermés :
Bourdaloue fermait-il les yeux pendant qu'il prêchait ? C’est une tradition fort répandue. L'abbé Maury l'accepte sans hésiter : mais il a l’exquise maladresse de la faire considérer comme douteuse, par le faux argument dont il prétend la confirmer, (Feugère réfute ici la raison tirée des portraits). Si donc la tradition n'avait pas d'autre origine, il faudrait la rejeter comme une fable. Mais un passage des Dialoques sur l'Eloquence ne le permet pas. Dans ce passage tous les caractères que Fénelon prête au prédicateur qu'il critique s'appliquent manifestement à Bourdaloue. Ce trait seul, qui n’est point assurément banal ni commun à beaucoup de prédicateurs, aurait été ajouté par l'imagination de Fénelon? Et ce seul détail de son invention, par une étrange combinaison du hasard, se trouverait précisément d'accord avec une opinion accréditée sur Bourdaloue? La tradition vulgaire a donc üne raison d’être plus sérieuse que l'attitude des portraits, et jusqu’à démonstration du contraire, il convient de l’accepter comme probable.