‹ Bourdaloué: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporainsChapitre 214 sur 475 · LE SYSTÈME MIXTE · texte numérisé non relu

LE SYSTÈME MIXTE

C'est évidemment trop ingénieux, et il ne faut point, parce que Bourdaloue frappait comme un sourd, en conclure aussitôt qu’il criait en aveugle. Ces manières de disserter, à l'appui de la tradition des yeux fermés, rappellent l’histoire de la prétendue dent d’or, si joliment imaginée par Fontenelle ; avant de chercher des raisons pour expliquer ou justifier le phénomène (c’en est un après tout qu’un prédicateur agitant les bras les yeux fermés), n'est-il pas plus opportun de se demander s’il est réel?

Feugère cependant, ainsi que les autres critiques de nos jours ayant admis le fait (sans bénéfice d'inventaire), cru prudent de se rallier à un système mixte qui évite les objections embarrassantes !.

On a fait sur la légende née des Dialogues, ce que les graveurs ont essayé en reproduisant le portrait aux yeux clos; on entr'ouvre les yeux, ce qui donne le type « clignotant » contre lequel le P. Chérot a eu toute raison de protester. Feugère est donc pour les intermittences, ét il trouve même des phrases de Bourdaloue où celui-ci a dû ouvrir les yeux. Pour un peu ce sera un effet d’éloquence comme celui qu’une autre légende prête à Massillon ?,

C’est bien ainsi que lentendrait déjà Feugère :

Il est d’ailleurs permis de penser que les paupières ne restaient pas constamment baissées, et laissaient parfois passer de rapides éclairs.

{. Lui-même avait en effet remarqué que la lettre d'Arnauld sur l'incident de la princesse de Conti (V. plus haut, p. 324), ne cadrait pas avec sa tradition ; il y voit donc une preuve « que Bourdaloue n'avait pas loujours lès yeux fermés ». C’est une concession, mais inefficace.

2. Sainte-Beuve, nous le verrons (p.762),a paru accorder SH crédit à la tradition sur Massillon, et ainsi a fait encore le P. Chérot, dans la dernière phrase de son Iconographie, pour piquer au jeu sans doute les biographes de Montalembert et de Massillon, les deux orateurs qu'il met en cause. Pour Montalembert cet instant fugitif qui accompagnait le trait d'ironie décoché contre un adversaire ne constitue pas une attitude Et quant à Massillon, pour qui la légende a dû généraliser, lui appliquant peut-être des traits pris ailleurs, je laisse le soin de discuter le fait à M. l'abbé Legrand, le futur historien de la Prédication de Massillon el de ses contemporains.

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