INTERPRÉTATIONS COMPLAISANTES
Quand Bourdaloue montrait, par exemple comment les hypocrites seront confondus au Jugement, et qu'il s’écriait : Je vous le demande, de quelle confusion seront couverts tout à coup et accablés tel peut-être et telle qui sont ici présents, qui portent au fond du cœur de quoi les diffamer... » j'imagine qu’en arrivant à ces mots : « tel peut-être et telle qui sont ici présents » Bourdaloue ouvrait les yeux tout à coup, et chacun craignait que le regard: révélateur ne vint se fixer sur lui,
Cette façon « d'imaginer » Bourdaloue est peut-être un procédé de critique littéraire de nature à mettre en relief ce que pouvaient avoir de pénétrant les phrases les plus simples de Bourdaloue. En matière de critique historique (si celle-ci n’était présupposée par la première), c’est un précédent des plus fâcheux, et il est permis de déplorer que Feugère, esprit assez ferme pour s'affranchir de légendes trop convenues, se soit prêté à ces complaisantes interprétations.
Du moins faut-il avouer à sa décharge qu’il avait à remonter tout un courant contre lequel il n’eût pas osé marcher. Ce qu'il écrivait en 1874 n’était qu’une variante de très fines, mais fragiles adaptations modernes de la légende déjà ancienne. j
Ainsi dans sa préface de l'édition des Pensées imprimée en 1868 chez Techener, Silvestre de Sacy, essayant d’évoquer le cadre de Bourdaloue, et de se transporter « en plein siècle de Louis XIV, vers l’an 1670 ! », contredit formellement la critique des Dialoques de Fénelon, et pourtant ne s'en affranchit pas. Il trouve, lui, un plein accord entre le style et l’action de Bourdaloue, mais ne dispose-t-il pas de l'action à sa guise, et en usant, sauf à la déformer, de la tradition qui nous vient par Fénelon :
Bourdaloue y est encore tout entier (dans ses sermons de l'édition Bretonneau ?). Il y a des orateurs qu’il faut entendre; ils perdent