INTERPRÉTATION DE S. DE SACY
trop à n’être que lus. Je croirais qu'on ne perd rien de Bourdaloue en le lisant !. La simplicité de son débit et de son geste s’imagine aisément à la simplicité de son style. Quand je le lis, il me AE
après sa mort.» — Le 4 mai 1852, dans un article sur l'édition de Massillon, S. de Sacy avait été plus sévère, mais se bornait toutefois à blàämer les incorrections typographiques de l'édition : « Pour le papier et pour le caractère, l'édition est très belle : ; elle est fameuse parmi les amateurs et se paie fort cher. On l'appelle l'édition Rigaud. Je préviens ceux qui l'ont dans leur bibliothèque, si jamais ils la lisent, qu'ils la trouveront très fautive.» Varieles littéraires, 5° édit , 1884, t. 1, p. 78. — Le verdict, sur Ce point, est trop rigoureux pour Bretonneau; sans nier les fautes, moins nombreuses que ne le fait entendre ce superlatif, je persiste à penser qu’elle l'emporte sur les éditions suivantes, où les corrections typographiques ont pu être faites, mais où des modifications de disposition n'ont pas éte toujours heureuses. V. plus haut, p. XxIII, et ma Bibliographie critique, p. 12.
1. On doit reconnaître que Feugère a exprimé un sentiment tout opposé, mais presque à condition de faire entendre que nous perdons peu à lire Bossuet. La clarté qui jaillit des contrastes n'obligeait cependant pas à cette concession. Outre la vérité très universelle que tout orateur perd à n'être que lu, malaisément on mesurera, au xix° siècle, les mérites non soupçonnés de nous, que goûtaient les contemporains des orateurs du passé. Pourquoi Feugère veut-il que nous retrouvions dans une certaine mesure l'action de Demosthène, de Cicéron, de Bossuet et point celle de Bourdaloue? Le besoin de justifier quand même la critique de Fénelon n'est-il pas au fond de ces contradictions, et l'action « factice » qu'il lui prête n'est-elle pas celle du critique A. ou B. des Dialogues ? C'est trop accorder à un passage « problématique » dans son interprétation, trop peu à toutes les paroles des contemporains sur l'action de Bourdaloue. « Le discours de Bossuet et son action, écrit Feugère, ne font, pour ainsi dire, qu’une seule et même chose; si bien qu’en le lisant, nous croyons entendre au moins un écho de sa voix, et nous reproduisons involontairement l'accent et le geste (?). Voilà l'eloquence qui reste vraiment vivante à travers tous les siècles. Bourdaloue, au contraire, ajoutait par l'action à son discours une animation extérieure, factice, que ce discours, par lui-même, n'avait pas. Le sermon débité par lui était tout autre chose que le sermon lu par nous. Cette force de l’action, indépendante du discours lui-même, comment la sentir à la lecture? C'est là, sans doute, une des causes qui expliquent comment les sermons de notre orateur nous laissent aujourd’hui plus froids. Nous ne connaissons Bourdaloue qu’à demi: ses auditeurs seuls l'ont pu connaître tout entier.» (P. 153).— Il eùt été de meilieure critique de se demander si nous avons, bien fidèlement reproduits, les sermons dits par le prédicateur. Ce doute n’effleure même pas Feugère. Cest en quoi le P. Lauras, qui n'avait pas qualité pour le juger sévèrement, pourrait justifier quelque peu une réserve que j'estime trop rigoureuse dans l'éloge qu'il a fait du livre de Feugère. Il y insinuait « qu’on y retrouve bien le rhéteur. » (Lauras, L.1, p. x.) Le mot est trop dur, sauf pour les passages que je viens de relever, et qui ont vraiment vieilli. Mais rappelons quils sont rares dans ce beau livre.