‹ Bourdaloué: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporainsChapitre 226 sur 475 · L'OCCASION DU SERMON · texte numérisé non relu

L'OCCASION DU SERMON

Il faut en tout cas rappeler ici la préface de Bretonneau qui, après avoir montré que dans les Mystères, Bourdaloue a pour méthode constante de traiter « la fin de chaque mystere, les desseins que Dieu s’y est proposez, ses adorables perfections qu’on y découvre, etc. », signale deux exceptions : le sermon de l’Ascension, sur le Ciel, que nous avons vu susceplible d’avoir été prêché à l’ouverture d’un avent !, et celui qui nous occupe.

On doit dire à peu prés la mesme chose du second sermon de l’Assomption de la Vierge, & parce qu'il a rapport à un fait dont tout le monde n’est pas instruit, ou dont la mémoire commence peutestre à s’effacer, il est bon, pour rendre le sermon intelligible, d’adjouster à quelle occasion le Pere Bourdalouë le composa Il y a plusieurs années qu’il parut un petit ouvrage intitulé, Avis salutaires de la bienheureuse Vierge à ses devots indiscrets, avec ces paroles de S. Paul au bas du titre Que vostre culte soit raisonnable. Ilsembloit que lAutheur n’est (sic pour eût) eû en veué, que de regler le culte de la Vierge; mais ce libelle tendoit à le détruire. C’est ce qu'apperceürent d’abord toutes les personnes bien intentionnées qui prirent soin de l’examiner, & ce qui alluma le zéle des vrays catholiques en France, en Italie, en Allemagne, en Espagne & ailleurs. L'ouvrage donc, très injurieux à la Mère de Dieu, & capable de troubler la piété des fidelles, fut deferé de toutes parts au Saint Siege, et authentiquement condamné. Le Pere Bourdalouë entreprit de le combattre dans un sermon sur la devotion à la Vierge, qui est celuy mesme dont il s’agit. Ce n’est, ni une controverse de l’école, ni une longue déclamation de la chaire, mais un discours solide, où ces avis prétendus salutaires sont refutez avec autant de moderation & de brieveté, que d'ordre et de précision.

La façon même dont Bretonneau s'exprime ne semble pas autoriser la date du 15 août 1674 que propose le P. Lauras. D’après son texte, 1l ne paraît pas que la voix de Bourdaloue ait devancé le Jugement et les condamnations officielles qui proscrivirent le livre. Sans doute un décret de l’/ndex, en date du 19 Juin 1674, autoriserait à la rigueur la conjecture de Lauras, plaçant deux mois après,

Page 1