‹ Bourdaloué: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporainsChapitre 230 sur 475 · LE SIGNATAIRE DE LA LETTRE · texte numérisé non relu

LE SIGNATAIRE DE LA LETTRE

Comme Je crois possible, à l’aide des traits qui décrivent ce «converli» anonyme, de lever son incognito, il me semble bon d’essayer cette identification.

Il s’agit, sauf meilleur avis, du comte de Fontaine- Berenger dont il est parlé à plusieurs reprises dans le Mercure qalant, notamment au mois d'avril 1691, à l’occasion d'un de ses livres!, non moins pompeusement annoncé que sa lettre de 1673 ?:

D'ailleurs l'antiquité de sa noblesse & le rang que sa famille a toujours tenu dans l’Estat & parmy les Pretendus Reformez, doivent donner un grand poids à son Ouvrage. Vous en serez convaincüe, quand Je vous diray qu’il part du genie du jeune comte de Fontaine Berenger, l’un des premiers capitaines du bataillon de Saint-Montan, du régiment de Champagne. Il a commencé au sortir de ses Etudes à servir sa Majesté & a passé par tous les degrez qui peuvent conduire au Poste où il est. Lorsqu'il a changé de Religion, il ne l’a fait qu'aprés avoir eu de longues Conferences avec les plus habiles

en a fort bien jugé. Plut à Dieu que MM. les Evêques fussent aussi soigneux de séparer peu à peu cette ivraye d'avec le bon grain! Il y faut de l'adresse, de la discrétion et de la retenue comme en toutes les bonnes et justes Reformations, mais non pas de la négligence et de la mollesse. Je vous rends grâces, Mr, de ce présent et de l'honneur de votre souvenir. Je vous souhaite une bonne et heureuse année, & je suis toujours avec toute sorte d'estime et de passion, Monsieur, Votre très humble et très obéissant serviteur, Pire

1. Le titre de l'ouvrage est: Avis fraternel aux nouveaux convertis de France & particulièrement à ceux qui habitentles provinces de Picardie, Maine, Anjou, Bretagne et Normandie, pour les exhorier à se comporter en fidèles Sujets du roi..., par une personne de naissance du nombre de ceux qui ont abjuré nouvellement les erreurs de Calvin. Suit une assez longue analyse du livre. (P. 119).

?. L'année suivante la feuille officieuse mentionne les fêtes données par

le même comte de Fontaine-Bérenger, sorte de fondations d'un genre à part. « Le comte de Fontaine Bérenger, dit le Mercure de mai, Capitaine au Régiment de Boufflers, outre toutes les réjouissances qu'il a faites pour chaque avantage particulier qu'ont remporté les François, a voulu encore consacrer deux jours de chaque année pour deux Festes solennelles pour demander à Dieu quil luy plaise benir tous les projets de sa Majesté. Une de ces Festes se célèbre le premier jour d'Octobre, Feste de Saint Remy en sa terre de Fontaine Berenger, près Trun, diocèse de Sez, & l’autre le mardy de la semaine de Pasque en sa terre d'Herengerville, Diocèse de Coutances.»

LE MANDEMENT DE L'ÉVÈQUE DE TOURNAI sir

Theologiens. Feu M' du Plessis Praslin, Evèque de Tournay dont le sçavoir egaloit le zele y a fort contribué, etc.

Si le sermon de Bourdaloue sur la Dévotion envers la sainte Vierge est bien celui que notre gazette janséniste dit avoir été dirigé contre Choiseul, il faut l’attribuer à la date que nous venons de proposer. Ce que le manuscrit nomme inexactement le traité de l’évêque de Tournai sur la fausse et véritable dévotion à la sainte Vierge, est à coup sûr le mandement de 1674, écrit pour défendre et recommander les Avis salutaires. Selon toute vraisemblance, Bourdaloue fit venir à ce sujet son ancien ou futur sermon de l’Assompuon, appliqué ce jour-là à la fête de la Conception. Nous en verrons une nouvelle preuve à l’avent de 1692.

16 décembre, 3° dimanche. — De Paris, le 22 décembre

Le 16 de ce mois, le Roy entendit dans la Chapelle du Chasteau de

Versailles, la Predication du Pere Bourdaloüe Jésüite, et Vespres chantées par la Musique. (Gazette de France du 22 décembre 1691, p. 728.)

Dimanche 16, à Versailles. — Le roi et Monseigneur. furent au sermon du P. Bourdaloue, qui prêcha sur l'hypocrisie ! et fit le plus beau sermon du monde. (Dangeau, t. xt, p. 443.)

1. Le sermon sur l'hypocrisie est au t. 11, p. 307 des Dominicales, éd. orig. de 1716. Rien n'indique qu'il ait été prèché devant le Roi, il est donné, non comme prêché devant le Roi pendant l’Avent, mais comme le T° après la Pentecôte. Mais enfin Bourdaloue prêcha le 17 décembre 1691 un sermon sur l'hypocrisie, et l'abbé Mauroy, curé des Invalides, venoit de se sauver ayant fait banqueroute, etc. (Voy. le même Dangeau au 5 décembre 1691 et la note de Saint-Simon.) Cette coïncidence est bien remarquable et ne peut guère être fortuite. Il y a encore dans le même volume des Dominicales, p. 219, un sermon sur la vraie el la fausse piélé qui pourrait convenir ici. (R.)

Quesnel, dans sa lettre datée de Bruxelles, janvier 1692, à du Vaucel, à Rome, montre bien, en parlant de l'affaire de Mauroy, que les jansénistes n'ont jamais pardonné à saint Vincent de Paul son éloignement pour Saint-Cyran, et son animosité contre les Lazaristes éclate, en rapportant un mot de M. Joly, supérieur de la congrégation, à qui avait été confiée l'aumônerie des Invalides : « Le sieur Mauroy, curé des Invalides, écrit-il, est enfin arrêté. M. Joly, allant voir M. le contrôleur général pour le redemander et pour lui faire faire pénitence, dit à cette occasion à M. de Pontchartrain : «Plût à Dieu que cette affaire nous püût faire chasser de la cour. Nous reconnoissons que nous ne sommes point propres pour le

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