‹ Bourdaloué: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporainsChapitre 231 sur 475 · SERMON SUR L'HYPOCRISIE · texte numérisé non relu

SERMON SUR L'HYPOCRISIE

Je donne pour ce qu’elles valent les remarques de Rochebilière sur ce sermon du dimanche 16. Il faut avouer que la coïncidence avec l’affaire scandaleuse du P. Mauroy, lPaumônier des Invalides, est à noter. Il faut cependant prendre garde de forcer les rapprochements. Madame ne parle, dans ses lettres, que le 27 décembre, de cette affaire Mauroy, et cependant elle n’est pas en retard pour recueillir des bruits de cette nature.

I est difficile de se prononcer entre les deux sermons que propose Rochebilière, mais le sujet signalé par Dangeau a dû être prêché à plus d’une reprise à la cour ?.

Dimanche 23, à Versailles. L'après dînée il n’y eut point de sermon à la chapelle (rien non plus dans la Gasette, nulle mention de Bourdaloue). (Dangeau, t. 11, p. 445.)

N'y a-t-il pas à noter la coïncidence de cette date avec celle d’une leitre de Pontchartrain au gouverneur de la Bastille, l’autorisant à laisser Bourdaloue pénétrer près du comte de Morlot.

Le comte de Morlot, lit-on dans les papiers de la Bastille (Bibl. de

l'Arsenal), était un « pensionnaire du prince d'Orange à Paris, et qui sous le prétexte d’un procès poursuivi au nom de sa femme, entre-

grand monde. » Il auroit pu ajouter, « ni pour gouverner des séminaires et donner des prêtres à l'Eglise, » — (Correspondance de Quesnel, t. 1, p. 176.) Evidemment aux yeux du futur successeur d'Arnauld, MM. de Port-Royal avaient seuls grâce d'état pour de si saints ministères,

1. Jaeglé, t. 1, p. 89. Il est vrai qu’elle suppose que sa correspondante sait déjà l'aventure.

2. M. Taschereau, Vie de Molière, 3° éd., p. 47, dit que Bourdaloue attaqua Molière dans son sermon pour le 7° dimanche après Pâques «comme la vraie et la fausse religion ont un grand nombre d'actions qui leur sont communes ; et comme les dehors de l'une et de l’autre sont presque tous semblables, les traits dont on peint celle-ci, défigurent celle-là. » Il en conclut que Molière, qu'il ne fait que désigner mais plus que suffisamment, a tourné en ridicule les choses les plus saintes... M. Taschereau dit à tort après Pâques mais il faut dire ‘Te dimanche après la Pentecôte, t. 11, p. 313 et suiv. des Sermons pour les dimanches de l’éd. orig., in-8 de 1716. Cette faute est encore dans la 5° éd., p. 189. (R.) — La remarque de Rochebilière sur le passage de Taschereau dans lequel Molière est reconnu à ce même sermon du 7 dimanche après la Pentecôte, prouverait seulement que Bourdaloue reprenait d'anciens sermons, Ce que nous savons de reste.

tenait une correspondance suivie avec le Prince d'Orange ». Il avait été arrêté le 24 octobre 1684, et sortit le 29 octobre 1697 1.

Voici la lettre de Pontchartrain ? :

À Versailles le 23 décembre 1691.

Le Roy veut que vous permettiez au Pere [Bordes} 3 de voir le Comte de Morlot prisonnier à la Bastille lorsqu'il Le jugera nécessaire. Je suis entierement à vous.

PoNTCHARTRAIN. M. de Besmaux.

Faut-il supposer que Bourdaloue, n’ayant pas à prêcher ce jour-là, se rendit, porteur de la lettre, à la Bastille? Il est évident qu’une étude même très détaillée du long dossier de Morlot n’amènera aucune révélation sur ce point. Mais il faut remarquer que c’est de Versailles et à la date même où un des sermons de son avent tombe et le rend libre, que Bourdaloue est substitué au P. Bordes, aumônier habituel des prisonniers.

25 décembre. — Sur le sermon de clôture, nous n'avons que ce que dit la Gazette, Dangeau se taisant sur le sermon.

Le 25 Elle (Sa Majesté) assista à la grande Messe célébrée par

l’'Evesque de Condom... * & l’apresdinée, Elle entendit la Predication du Pére Bourdaloüe Jésuite. (Gazelte du 29 déc.)

1. Catalogue des manuscrits de la bibl, de l'Arsenal, Archives de la Bastille, t. 1x, p. 72 au n° 10.417.

2. La lettre est d’un scribe, sauf la correction Bourdaloue, la signature et la suscription, Bibl. de l’Arsenal, dossier 10.492, année 1691 : Au mot Bourdaloue, une couverture renvoie au dossier du comte de Morlot, 1691, dans lequel on lit cette pièce au milieu de permissions diverses, p. 196 ; c'est une feuille double (autrefois cousue) de 210-158 millim., pliée en quatre pour être classée, elle porte au revers : « 23 décembre 1691. Lettre de M. de Ponchar|/train] po[ur] laisser voir le père Bourdaloue au comte de Morlot.»

Au même dossier, 15 janvier 1696 : « Ordre du roi pour permettre au comte de Mourlot d'entendre la messe.» L'acte de mise en liberté, signé Torci, est du 20 octobre 1697.

3. Au-dessus du mot Bordes, barré, on a écrit en interligne : Bourdalouë.

4. Il s’agit du successeur de Bossuet, Jacques de Matignon, né en 1643, à Thorigny sur Vire, qui démissionna en 1693.

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