LE SERMON SUR SAINTE MADELEINE
Ce serait une heureuse fortune de rencontrer en manuscrit le texte même du sermon sur la Magdelaine, répondant à ce carèême de saint Paul. Des trois manuscrits reconnus Jusqu'ici et imparfaitement étudiés, aucun ne semble être le sermon désigné par Bourdelot. Deux sermons sur la conversion de sainte Magdelaine, qui se trouvent, l’un à Saint-Sulpice, dans le ms. M 5, l’autre, au troisième lome de la collection Phelipeaux, ont une division et un sujet différent de celui de lédition, bien qu'assignés l’un et l’autre au Jeudi d’après la Passion. Il en faut dire autant, Je crois, du sermon qui se lit au ms. R !, mais où un premier regard m'a permis de constater des hardiesses plus prononcées que dans les deux autres. Il est fort possible que les dames se soient trouvées offusquées d’un passage comme celui que je mets en regard du texte de Bretonneau. Après avoir cité le’ texte de Zénon de Vérone : Frons meretricis facta est illi, nescit erubescere, emprunté par ce Père à Jérémie, l’orateur continue :
Manuscrit R.
C’est à dire, afin d'appliquer ces paroles à Magdelaine quoique dites en un sens different de ce qu'elles ont esté prononcées par l'oracle du St Esprit, Madelaine a eu Jusqu'ici toute les marques et tous les caracteres d’une prostituée, elle a eu le luxe d’une prostituée, elle a eu les artifices d’une prostituée, les fausses tendresse d’une prostituée, les regards étudiés d’une prostituée, la démarche d'une prostituée, le
Ed. BretTonxeau 2, t. vin, p.18.
C’est à dire, pour appliquer ces paroles à mon sujet, quoyque dans un sens bien different de celuy de lEcriture, Magdelaine a quitté le luxe d'une mondaine, l'avarice insatiable d’une mondaine, les artifices & les ruses d’une mondaine, parce que tout cela ne pouvoit servir qu'à sa perte & à sx ruine; mais elle s’est réservé le front d'une mondaine, pour ne point rougir, parce que cela pouvoit luy estre encore
IPAVPEDITS RNA ADR RIVE
2. Le sermon imprimé dans lequel est pris ce passage, est celui des
Panégyriques, où la pénitence de sainte Madeleine est présentée comme
prompte, généreuse, efficace.
554 CARÈME A SAINT-PAUL
Manuscrit R. Ed. BRETONNEAU, t. VIl, p. 18 faste, la fierté, l’orgueille sic) utile & estoit mesme necessaire l'effronterie d’une prostituée, la à sa penitence: Frons mereconduite, les humeurs et toutes tricis facta est tibi.
les manières enfin d’une prostituée; mais parce que tout cela ne pouvoit pas servir à la conversion, elle le quitte et l’abandonne pour ne retenir que ce qui lui pouvoit servir pour cette grande affaire, elle abandonne le luxe, toutes les manières, toutes les tendresses d’une prostituée, afin que par une sainte effronterie, elle puisse combattre et confondre le respect humain f.
Suivant le texte du manuscrit, après avoir fait, avec cette insistance ce tableau de la pénitente, il montre plus loin avec la même hardiesse presque satirique linconséquence des femmes qui bravent les jugements du monde mais n’osent pas fouler aux pieds le respect humain en vue de se convertir :
Car prétendre se maintenir dans une fausse réputation, et mener une vie qui fasse voir tout le contraire, à moins qu’on ne soit aveugle, c'est se tromper lourdement. Qu'une femme par exemple, prétende passer pour prude et pour honnète, recevant chez elle des visites scandaleuses, entretenant des commerces suspects, entrant dans les intrigues les plus galantes, étant de toutes les fetes et de toutes les parties de diuertissemens qui se font dans son quartier, et de croire qu'on sera obligé de se crever les yeux pour ne pas voir tout, et pretendre que le monde se captive pour croire le contraire, c’est une erreur ét une prétention bien vaine et bien inutile Cependant il n’y a rien de si commun, On voudroit avoir tout le crédit de la vertu sans qu'il en cousta rien. Ainsi la plus part des femmes au milieu de leurs désordres et de leurs scandales, voudroient estre honorées
1. Ce passage se rencontre dans le ms. P., avec de minimes variantes et celle-ci qui est plus notable : « elle abandonne tout le luxe, toutes les maniéres et toutes les tendresses d'une prostituée, mais elle retient le
front d’une prostituée, frontosa ad salutem, afin que par une sainte effronterie, etc. »