‹ Bourdaloué: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporainsChapitre 295 sur 475 · AVIS DE BOSSUET ET D'ARNAULD · texte numérisé non relu

AVIS DE BOSSUET ET D'ARNAULD

Goibaud du Bois, traducteur des Confessions. La longue préface mise en tête de cette traduction, sorte de manifeste spécieux contre l’éloquence humaine, causa quelque émoi et fut réfutée par un traité d’Arnauld ayant pour tre : Réflexions sur l’éloquence des Prédicateurs !. Bossuet, ayant occasion de parler à M" d'Albert des traductions de du Bois, grande ressource pour les religieuses qui voulaient prendre contact avec saint Augustin, dit un mot de cette préface et de l'émotion qu'elle causa :

On achèvera, écrit-il, les traductions commencées par M. du Bois. Sa Préface a été fort combattue : personne n'a approuvé ce qu'il a dit à l'exclusion de l'imagination, dont il faut se servir pour prendre l'esprit 2.

La discussion en règle de ces théories, qui n’ont cessé de se faire jour à travers toute l’histoire littéraire du christianisme est hors de propos. Mon dessein étant de mieux faire connaître les tenants de l’école opposée à celle de Bourdaloue, parmi eux je distinguerai surtout le P. Séraphin et un autre capucin missionnaire, signalé déjà, le P. Honoré de Cannes mort en cette année 1696.

1. Le dernier écrit d'Arnauld composé à la veille de sa mort. Cf. Sainte-Beuve, Port-Royal, t. v, p. 469.

2, Lachat, t. xxvu, p. 191. Lettre du 24 juillet 1694, datée de Marly. Lachat, insérant une virgule, après le mot: « ce qu'il a dit, » se méprend, peut-être à la suite d'autres éditeurs, sur le sens de la phrase de Bossuet. A l'exclusion de veut dire : pour exclure. C'est à dire : « Personne n’a approuvé ce que du Bois disait dans sa préface contre l'imagination et les autres moyens sensibles, dont il refusait l'usage aux prédicateurs. » On voit que Bossuet n’était point pour du Bois et savait l'emploi légitime à donner à l'imagination. — Il y aura lieu de revenir sur cette préface de du Bois, qui mérite une place dans un travail d'ensemble sur les « Théoriciens de la Chaire au xvue siècle. » Là aussi, bien entendu, il faudra reprendre et discuter soit le chapitre de La Bruyère « sur la Chaire», soit les Dialogues de Fénelon, Bien que j'aie longuement exposé plus haut la série chronologique des témoignages sur l'opinion de Fénelon, je n'ai pu traiter à fond la question, ni débattre tous les arguments. D'ailleurs il reste un certain nombre d'auteurs, au nom moins connu, dont les rhétoriques sacrées sont une mine d'observations, capables d'éclairer l'histoire de la prédication du temps. Mgr Puyol a bien voulu me donner une intéressante collection des ouvrages qu'il avait rassemblés sur cette matière. J'espère en tirer un jour une étude, où viendrait la discussion des opinions de Fénelon et de La Bruyère.

Page 1