AMIS ET ADVERSAIRES DU P. SÉRAPHIN
Sur le P. Séraphin, il serait aisé d’accumuler des témoignages hostiles ou favorables. Parmi les premiers serait le Jugement, peut-être suspect de partialité, du chanoine Legendre dans ses Mémoires', M. Servois l’a rapporté au long dans son édition de La Bruyère ?. Supposons si l’on veut, que, par rancune personnelle, Legendre a dépeint Séraphin « comme un Diogène, en chaire, beau diîneur à table », et relevons ce détail qui peutêtre n'est qu'une médisance, que («M de Maintenon, qui peut-être appréhendait la langue trop libre de ce bon-
homme, lui [a] fait pour le contenter, prêcher deux
carêmes au Louvre. » Les appréciations enthousiastes tombées de la plume de M” de Maintenon, durant le carême de 1696, semblent indiquer un succès dès le premier Jour. Elle relève l’approbation méritée par son sermon du 2 février et, plus encore, les éloges extraordinaires que lui a donnésle roi après son sermon du 20 avril. Dangeau rapporte en effet que Louis XIV déclara que le dernier prédicateur était « plus de son goût qu'aucun qu’il eût
1. La réclame s'était d’ailleurs emparée de la réputation du P. Séraphin, et le Mercure galant, empressé de faire sa cour, imprimait ces lignes dans sa lettre de février 1697, p. 172: « J'oubliais de vous dire que le Pere Seraphin, qui prescha le dernier Caresme si apostoliquement à Versailles, étoit un des Missionnaires de Saint-Hippolyte, & et que sur le bien qu’en avoit dit le Roy, M. l'Archevesque de Paris l’a choisi pour prescher le Caresme à Nostre-Dame.»
RENTE Dent tie
3. Lundi de Pâques, 21 avril 1696. « Le père Séraphin a soutenu son carème et le finit hier de manière à faire pleurer bien des gens, Il m'est venu voir ce matin et m'a parlé de ses affaires. Je lui ai conseillé de les traiter avec vous, monseigneur, et il s'y dispose. IL a pris congé du roi dans mon antichambre et en a reçu plus de louanges que tous les prédicateurs ensemble n'en ont donné à sa majesté depuis trente ans. M. le Maréchal de Noailles en a entendu une partie. Le roi doit vous parler làdessus. C'est à vous, monseigneur, à voir ce que vous avez à faire. Mais comptez que c'est sans entêtement sans exagération que je vous dis que jamais homme n'eut un tel succès, et que le roi et monseigneur en particulier en sont touchés jusqu’à la tendresse pour sa personne. Je crois de la gloire de Dieu de ne pas scandaliser cet homme; du reste, il en arrivera ce qui lui plaira.» Mme de Maintenon, Correspondance générale,t, 1v, p. 91. Lettre à l'archevêque de Paris, cpvi. Cf. p. 69.