LES MISSIONS DU P. HONORÉ DE CANNES
Mission, de demander des Prieres & sur tout, disoit-1l, lorsque vous entendrez dire que le Pere Honoré sera mort, Je vous prie de demander à Dieu le repos de son ame. Il a passé trente-quatre ans à faire la Mission, allant de ville en ville sans aucune interruption. Il preschoit le jour qu'il partoit d’un lieu & fort souvent il preschoit encore ce mesme jour en arrivant dans un autre, Son talent estoit principalement pour reconcilier & pour faire restituer. Quoy que sa maniere parut simple & son style peu élevé, il avoit une eloquence naturelle qui le faisoit parvenir toujours à sa fin. Il estoit populaire avec le Peuple, mais il preschoit sçavamment devant les sçavans, comme on l’a souvent remarqué dans les retraites Ecclesiastiques. Il a esté dans les plus belles Villes estimé des grands & des petits ; cependant il n’a jamais eu de curiosité pour en voir les raretez, ny pour faire des visites. Il emploioit les jours entiers au service du prochain, & la nuit pour luy en meditation, conversant rarement, mesme avec les Religieux. Il venoit d'achever une Mission à la Croutat dans la Provence, qui est sa Province naturelle, & il se preparoit à la faire pour la seconde fois dans la Cathedrale de Toulon, où estant tombé malade, il y mourut le 14 du mois passé, âgé de soixante et trois ans !.
On voit par cet éloge funèbre qu'il ne faut sans doute pas juger des genres par les hommes. Quelles qu’aient pu être les originalités à mettre au compte du P. Honoré, celles surtout qu'on lui a prêtées en outre, on se sent bien en présence d’un missionnaire zélé et fortement convaincu. C’est en cela que malgré la différence des procédés, des tempéraments et des habitudes oratoires, Bourdaloue se rencontrait avec les capucins ses rivaux.
Assez gratuitement sans doute, l’abbé Labouderie insinue que c’est à l’année 1696 qu’il faut rapporter la première demande de Bourdaloue de se retirer à La Flèche, d’après la lettre citée dans la préface de Bretonneau; la date est très incertaine, mais 1l est sûr que dès ce moment se ralenüssait le nombre des stations prêchées par notre orateur. Sans nous demander si l’absence de son nom sur les deux Listes de l’avent et du carême de 1696, nous permettent