ASSEMBLÉE DE CHARITÉ À VERSAILLES
La Beaumelle entre dans quelques détails sur cette fondation :
Plus affligée de faire si peu de bonnes œuvres, que sensible au plaisir d'en faire, écrit-il de son héroïne, elle s'associa quelques Dames, qui en inviterent d’autres à se joindre à elle : ... Ces Dames se virent de temps en temps pour se rendre compte des misères qui étoient venues à leur connoissance, & pour concerter les moyens d'y remédier. De là l'assemblée de la Charité qui commençoit par une exhortation & finissoit par une quête, qu'on distribuoit aux pauvres honteux & surtout aux filles que l’indigence exposoit à la séduction. Les femmes de la Cour furent d'abord assidues à ces assemblées, qui se tenoient une fois la semaine. Pour être remarquées & nommées au Roi, elles faisoient à l'envi des aumônes. M° de Maintenon, qui pénétroit le principe de cette émulation, usoit de toute sa faveur pour l'entretenir ?, elle arrachoit à la vanité ce qu’elle n’auroit pu obtenir de la vertu. Dans la suite ces empressements si vifs diminuèrent : & cette institution seroit tombée, si elle ne l’eût soutenue, en faisant, par un abus de crédit assez rare, des distinctions de la cour la récompense de la charité Chrétienne CR
Comme M" de Richelieu mourut le 29 mai 1684}, elle ne dut pas garder longtemps cette charge, et ce fut M" de Maintenon qui lui succéda. Après avoir parlé du refus qu’elle fit de la charge de dame d'honneur de la Dauphine, que le roi lui voulait donner, La Beaumelle ajoute :
L’indifférence qu’elle avoit eue pour la charge de Dame d'honneur, elle ne l’eut point pour la supériorité de l'Assemblée de la charité.
9. On lit dans les Souvenirs de Mme de Caylus, à propos de M de Montespan, qui « se dépiquoit de ses dégoûts, par des traits pleins de sel et des plaisanteries amères.» «Je me souviens de l'avoir vue venir chez Mme de Maintenon un jour de l'assemblée des pauvres ; car Mme de Maintenon avoit introduit chez elle ces especes d’assemblées au commencement de chaque mois, où les dames apportoient leurs aumônes, et Mue de Montespan comme les autres. Elle arriva un jour avant que cette assemblée commencçät ; et, comme elle remarqua dans l’antichambre le curé, les sœurs grises, et tout l'appareil de la dévotion que Mm% de Maintenon professoit, elle lui dit en l'abordant: Savez-vous, madame, comme votre antichambre est merveilleusement parée pour votre oraison funèbre ? » (Souvenirs, éd. Jannet, p. 173.)