APPELS À LA CHARITÉ
Or quel est, Mesdames, le moyen que la providence vous fournit, pour vous preserver d’un danger si ordinaire & presque inévitable au milieu du monde, sur tout au milieu de ce monde perverti, de ce grand monde où vous vivez ? C'est la pratique des œuvres de charité & de misericorde. C'est, dis-je, de vous employer pour les pauvres, de les appeler auprès de vous ou d'aller vous-mesmes à eux, d'entrer dans la connoissance & dans le détail de toutes les extremitez où ils sont reduits, de les interroger là dessus, de leur donner tout le temps de s'expliquer, & de les écouter avec attention ; de ne vous contenter pas de ce qu'ils vous disent, ou de ce qu’on vous en dit, mais de vous transporter sur les lieux & de vous rendre témoins des choses ; de voir comme ils sont logez, comme ils sont couchez, comme ils sont vestus, de quel pain ils usent & à quelle disette ils sont continuellement exposez... (P. 15-16.)
Dans la seconde exhortation, prêchée, d’après son texte, dans la semaine qui suivait la Sexagésime, 1l débute ainsi, après les mots: Semen est verbum Dei (Luc, VII, 11.)
Dans l'engagement où je suis de contribuer par mon ministere à ce qui doit toûjours estre la fin de cette assemblée, je veux dire au soulagement des pauvres, Jay crû, Mésdames, ne pouvoir rien faire de mieux que de m’attacher à l'Evangile de cette semaine... (p. 33.) C'est un usage saintement establi, que chaque mois on employe la parole de Dieu à exciter vostre charité pour les pauvres. Vous assistez à nos exhortations, & cependant nous ne voyons pas que les aumosnes augmentent, ni que les pauvres en soient plus secourus... (P, 35.)
Après avoir décrit les âmes volages qui ne retiennent rien de la bonne inspiration semée dans leur cœur, et que l'esprit de ténèbres leur dérobe aussitôt, Bourdaloue ajoule :
Je dis plus, Mesdames, & sans que le demon s’en mesle (car combien de choses luy imputons-nous, que nous ne devons imputer qu'à nous mesmes !) sans, dis-je, que le démon y ait part, le monde, par tous les objets qu'il leur presente & où elles se portent, les detourne des saints exercices de la charité chrestienne.. S'en accusentelles au saint tribunal? Mettent-elles au nombre de leurs pechez, d’avoir par là rendu inutiles tant d'instructions, & par là mesme d'avoir si long-temps vescu dans lindifference à l'égard des pauvres ? Elles seroient étonnées qu'un confesseur leur fist sur cela quelque
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peine, & ne s’accommoderoient pas d’une morale qui leur paroistroit si étroite & si peu sensée.... (P, 39.)
.… Aprés bien des assemblées, aprés bien des conferences, & des exhortations, aprés que les predicateurs ont mis en œuvre tout leur zele & tout ce qu'ils ont reçeû de talents, la charité demeure toûjours également languissante, & chaque jour mesmes elle se refroidit davantage. Si donc la providence a conduit icy de ces femmes mondaines dont je viens de vous faire la peinture, je m'adresse à elles en concluant cet article, & voici ce que j'ay à leur dire. C’est d'opposer au desordre de leur dissipation le remede d’une sérieuse reflexion. C'est de se persuader que cette assemblée n’est point une pure cérémonie, ni cette exhortation un simple discours, mais une instruction necessaire, mais une instruction dont Dieu leur demandera compte & sur laquelle il les jugera..….. (P. 40.)
Continuant son ingénieuse application de la parabole, Bourdaloue flétrit les cœurs durs :
Une autre partie du grain, dit-1l, tomba sur des pierres. Quelle image, Mesdames, & quel caractère! des ames dures comme des pierres, des ames insensibles & que rien ne peut émouvoir, des ames sans pitié, sans humanité. Que ne leur dit-on pas pour les toucher de compassion ? On leur dit qu'il y a des pauvres accablés de maladies, qui ne peuvent s’aider eux-mesmes, parce que la foiblesse les tient miserablement étendus sur la paille, & qui perissent dans leur infirmité, parce qu'ils n'ont pas de quoy reprendre leurs forces, ni le travail dont ils tiroient leur subsistance... On leur dit qu'il y a de pauvres filles exposées aux derniers malheurs, & dont elles pourroient sauver la vertu en leur fournissant de quoy conserver leur vie. On leur dit tout cela, & bien d’autres choses : mais elles écoutent tout tranquillement, & il semble que ce soient des fictions, des contes, qu'on leur débite pour les amuser... (P. 43.)
On a cité à bon droit les invectives de Bossuet contre le luxe de « cette femme ambitieuse et vaine (qui) croit valoir beaucoup, quand elle s’est chargée d’or, de pierreries et de mille autres vains ornements. Pour la parer, toute la nature s’épuise, tous les arts suent, toute l'industrie se consume !. »
1. Pour la profession de Mie de la Vallière, Lebarq, t. vi, p. 33,