‹ Bourdaloué: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporainsChapitre 324 sur 475 · INVECTIVES CONTRE LE LUXE · texte numérisé non relu

INVECTIVES CONTRE LE LUXE

Ses commentateurs ont rappelé comment il avait heureusement tiré parti des ironies de Tertullien :

Pensez-vous, messieurs, disait-il dans le sermon sur Honneur, que cette femme vaine et ambitieuse puisse se renfermer en elle-même, elle qui a non seulement en sa puissance, mais qui traîne sur elle en ses ornements la subsistance d’une infinité de familles ; qui porte, dit Tertullien, en un petit fil, des patrimoines entiers, el qui tâche d’épuiser au service d’un seul corps toutes les inventions de l'art et toutes les richesses de la nature f,

Bourdaloue, dans son exhortation familière, lui fait écho :

Combien une femme idolastre de son corps & toute occupée de ses ajustements & de ses parures, pourroit-elle vestir de pauvres, qui font horreur sous l’affreuse figure où ils sont forcez de se monstrer... Combien de pauvres nourriroit-on de l’excés de certaines tables, je dis de l’excés énorme, & d’une prodigalité aussi scandaleuse qu'elle est visible? Combien y auroit-il à retrancher de telles & telles dépenses pour un jeu, pour des spectacles, pour un train, pour un équipage, pour des ameublements, pour de pures curiositez: & combien ce retranchement profiteroit-il aux pauvres & leur épargneroit-il de chagrins & de douleurs ? Vous le pouvez mieux Ssçavoir que moy, Mesdames, & en vain descendrois-je à des particularitez dont vous estes mieux instruites que je ne le suis & que je ne le

veux estre. (P. 44-45.)

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Sur les excès et les prodigalités pour les ameublements et pour les jeux, il ne faut rappeler que les mémoires du temps ; n’en est-il pas de même aussi pour les excès de table ? Les seules lettres de M" de Maintenon, sans recourir même à la Correspondance de la princesse Palatine, peu tendre pour les Français, ne sont-elles pas le

1. Lebarq, t. v, p. 46. Cf. Tertullien, lib. 1, de cultu feminarum, cap. 1x, Migne, t. 1, col. 1314: De brevissimis loculis patrimonium grande profertur. Uno lino decies sesterlium inseritur. Saltus et insulas tenera cervix ferl, graciles aurium cutes calendarium expendunt, et in sinistra per singulos digilos de saccis singulis ludit. Hae sunt vires ambilionis, tantarum usurarum substantiam uno etmuliebricorpusculo baiulare. Cf. Mgr Freppel, Tertullien, t. 11, p. 67, dans sa traduction de uno lino…. inserilur : « On étend sur un léger tissu dix mille sesterces » parait supposer qu'il s'agit de broderies. Bossuet semble avoir mieux rencontré, car il s'agit peut-être de colliers de perles : le commentateur de l'ertullien cite une expression : linea margaritarum, et une loi d'Ulpien de unionibus in linea. Migne, 1. c. note d.

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