‹ Bourdaloué: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporainsChapitre 326 sur 475 · S68 SÉVÉRITÉ DES PEINTURES · texte numérisé non relu

S68 SÉVÉRITÉ DES PEINTURES

de pauvres manœuvres, ce sont de pauvres marchands à qui elles doivent, & qu’elles n’ont jamais payez qu’en promesses : differant toûjours, éludant toûjours les instances qu’on leur fait, & se rendant tout à la fois coupables d’un double attentat, l’un contre la charité, & l’autre contre la plus étroite justice. Or si la naissance, si le rang, si l’authorité, les met presentement à couvert de tout ; qui pourra les garantir de la formidable menace du saint Esprit. Cor durum malè habebit in novissimo.... (P. 46-47.)

On ne dira pas que les dames de charité réunies pour entendre Bourdaloue aient été bercées de compliments. L’orateur lui-même sent le besoin de s’excuser de sa vigueur, mais il ne s’en repent point, et son artifice n’est qu'un moyen d'adresser plus directement la leçon :

Je vais trop loin, Mesdames, & il semble que dans une assemblée comme celle-cy, je ne devrois promettre que des recompenses. Mais entre les ames charitables qui la composent & dont je ne puis assez loüer le zele, il peut s'en trouver à qui la menace que je vous fais entendre, soit necessaire. (P. 48.)

S'il y eut en effet, et c'était inévitable, de ces âmes que La Beaumelle nous représentait comme uniquement sensibles à la vanité, et peu soucieuses de secourir les pauvres, elles purent se reconnaître :

.… Comment vient-on à ces assemblées de charité ?.. Telle y assiste par respect humain & parce qu’elle y est invitée, qui souhaitcroit d’avoir des pretextes pour n’y paroistre jamais: pourquoy ? c’est qu’elle n'aime pas à donner... c’est qu’elle regrette tout ce qui sort de ses mains. c'est qu’elle regarde tout ce qu’on luy demande comme une contribution onereuse, comme un impost, comme une taxe ; c’est que prenant icy place parmi les autres, elle a beaucoup moins en veûë d'y repandre les dons de sa charité, que de garder certaines bienseances & de sauver du reste tout ce que l’honneur luy permettra de menager (P. 51.)

Mais à côté de ces objurgations qui n’avaient rien d'exagéré, — l’histoire en témoigne — on trouve des éloges qui semblent viser d’ailleurs des noms connus ; on acceptera volontiers l'hypothèse que Bourdaloue songeait à Madeleine de Lamoignon, où à M” de Miramion, et à d’autres encore, lorsqu'il disait :

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