EXHORTATION POUR LES PRISONNIERS
Dieu. Je sçais, Mesdames, que ce precepte est enfermé dans celuy de l’aumosne : mais je prétends que de tous les preceptes particuliers compris dans le precepte general de l’aumosne, celui-ci est d’un devoir plus rigoureux, plus pressant, plus absolu... C’est que le precepte de la charité envers les pauvres est fondé sur leurs besoins & leur misere. Par consequent, où il y a plus de besoins, & où la misere est plus grande, l'obligation... est plus expresse & plus étroite (p. 78).
On voit comment les deux points de Fromentières doivent, par les arguments à faire valoir, ressembler à ce. développement de Bourdaloue. Le premier montre que toutes les souffrances auxquelles s'efforcent de remédier les autres œuvres de miséricorde sont comme accumulées et résumées dans les prisons. Bourdaloue détaille les misères des prisonniers, mais tous deux insistent, et, c’est leur honneur, sur les tortures de la prison préventive et sur l’emprisonnement pour dettes, une des plaies d’alors.
Y a-t-1l, s'écrie Bourdaloue, une misere pareille à celle de ces prisonniers ? ce sont les plus malheureux de tous les hommes, puisqu'ils ont perdu le premier de tous les biens, qui est la liberté. Vous me direz qu'ils ont merité de la perdre; & moi, Je vous dis, avec saint Chrysostome, que cela mesme supposé, c’est ce qui redoubleroit encore leur malheur, d’avoir perdu le plus precieux de tous les biens, & de lavoir perdu par leur faute. Mais je dis plus & j'adjouste qu'il n'est pas vray qu'ils l’ayent tous perdu parleur faute... Car combien y en a-t-il parmi eux, qui n’en sont privez que par un pur revers de fortune ?.. Or que peut-on imaginer de plus déplorable & de plus digne de compassion ?... Ce n’est pas assez : combien mesnies parmi ces malheureux sont arrestez pour des crimes qu'on leur impute, mais qu'ils n’ont pas commis, & attendent que leur innocence soit reconnuë ?... Que comprenez-vous de plus desolant... Or il vous doit suffire de sçavoir qu'il y en a de tels, comme en effet il y en a presque toûjours... (P. 78-80.)
Fromentières, qui décrit les angoisses de la prison, qu'il appelle, avec Tertullien, viventis hominis sepulchrum, où encore, un enfer et la demeure du démon, domus diaboli est, ajoute, lui aussi :
Chose étrange même ! ce qui rend les misères de la prison encore plus grandes en un sens, c’est quand elles tombent sur des innocents