‹ Bourdaloué: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporainsChapitre 329 sur 475 · DESCRIPTION DES PRISONS · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DES PRISONS

ou sur des malheureux... il est certain que tous les prisonniers ne sont ni également, ni nécessairement coupables. et l'expérience ne nous apprend-elle pas que souvent la prison enferme et mêle les innocents avec les coupables ? Un droit mal éclairci, une calomnie soutenue par de faux témoins, l'oppression et la cruauté d’un homme puissant... ne peuvent-elles pas tromper la prudence... du magistrat le plus intègre. D’ailleurs combien de gens qui, par des malheurs qu'on ne saurait ni prévoir, ni réparer, tombent dans l'impuissance de satisfaire un créancier... (Col. 1321.)

Fromentières fait la description des tortures du corps, du dénuement spirituel surtout, ce en quoi 1l l'emporte sur Bourdaloue, outre qu’il nous fournit des chiffres précis :

Ajoutez, mesdames, et voici ce qui nous doit faire frémir, que la plupart des criminels qui se trouvent renfermés dans les prisons, ayant vécu dans un entier abandonnement de Dieu, en ont souvent perdu toute connoissance, jusque-là que souvent ils ne savent pas les premiers éléments du christianisme. Je ne vous avance rien que vous ne puissiez justifier par votre propre expérience, Il y a vingt-huit prisons, dans lesquelles, qui le croiroit ? il est souvent autant besoin de faire des missions que dans des provinces infidèles... Y a-t-il misère au monde plus déplorable? ., S'en trouve-t-il aucune que nous soyons par conséquent plus obligez de nous mettre en devoir d'aller secourir Où par nous mesmes où par nos aumosnes ?... Ce n'est pas encore tout, les misérables qui les souffrent ne sauraient eux-mêmes venir chercher des remèdes, et c'est encore une circonstance qui consomme, ce me semble, leur infortune et qui y met le dernier comble. La nature, sage et prudente, a mis dans toutes les misères des hommes quelque espèce de communication par laquelle les maux passent de ceux qui les soufrent dans le cœur de ceux qui les voient. Mais les prisonniers sont hors d’état de profiter de cette sympathie naturelle: la prison leur ôte la liberté, leur fait sentir l’exil et le bannissement au milieu de leur patrie, les rend absents sans changer de lieu, si bien qu'ils sont privés du secours que la nature n'a pas dénié aux plus misérables, qui est de pouvoir exposer leur misère et de nous faire de la pitié... (Col, 1323.)

On ne sera point étonné que sur un même thème les deux orateurs se soient rencontrés, ni que le passage de Bourdaloue qui touche cet argument, soit à comparer avec celui de son contemporain. C’est la fin surtout qui ressemble à la proposition de Fromentières, presque

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