S74 LES DISCOURS FAMILIERS
mais toutes les calamitez de la vie. Tellement que de negliger ces miserables & de les delaisser, ce seroit vous exposer à entendre contre vous de la bouche de Jesus-Christ, tous les reproches qu’il doit faire aux reprouvez... (P. 82).
Sans conclure à limitation de la part d’un des deux orateurs, il est au moins intéressant de remarquer la diversité des talents et de la manière sur un sujet unique. Si Bourdaloue, d'ordinaire vigoureux et pressant dans ces instructions, est ici plus vivant et animé qu’en d’autres raisonnements où triomphe la logique inflexible, Fromentières ne lui cède guère sur ce point ;. en lui aussi l’exhortation familière montre un point de vue nouveau. Comme Bourdaloue, déplorant que cette œuvre de la visite des prisons, d’abord en faveur à cause de la nouveauté, est exposée à tomber tout à fait, 1l réfute les objections qui la pourraient faire abandonner :
Ne nous dites plus même que le temps est mauvais, dit Fromentières, et que vous en ressentez les premiers la misère; si nous examinions là-dessus vos plaintes, je ne sais si vous y trouveriez fort votre compte.
Nous n'avons, dites-vous, que ce qu’il. faut pour soutenir notre condition ; mais combien d'abus sous le prétexte de cette condition prétendue? combien de gens dans le monde qui parlent de leur condition sans raison ? combien qui étant sortis d’une famille obscure, ou s'étant élevés au dépens du peuple par leurs concussions, n'avaient pas, 1l y a deux ou trois ans de condition à soutenir... J'avoue bien qu’il arrive quelquefois que les personnes effectivement de condition, sont les moins accommodées dans le monde et n’ont que le nécessaire. Mais si cela est, Je leur demande s'ils n’étendent pas trop ce nécessaire, si ce n’est pas un superflu, et par conséquent, s’il n’est point acquis aux pauvres.
Car, mesdames, vous n'ignorez pas que ce qui est superflu leur appartient, Quod superest, date, n’y ayant point de morale, pour relâchée qu'elle soit, qui dispense un chrétien de donner ce qu'il a de trop. Prenez donc garde, encore une fois, de ne vous point flatter sur ce qui vous peut être nécessaire. ... Vous n’avez, mesdames, que ce qui vous est nécessaire, et qu'est-ce donc que ce luxe prodigieux qui se remarque aujourd’hui dans vos habits, dans vos équipages et dans vos meubles ? Saint Chrysostome ferma autrefois