LA VIGUEUR DES PRÉDICATIONS
dans Constantinople les portes de son église aux riches à cause de leur luxe... mais aujourd'hui auroit-il moins de sujet de le faire dans Paris ? Et après cela, comment se pourroit-on encore retrancher sur le malheur du temps ? Le temps, dit-on, est mauvais, Quand ce que vous dites serait vrai, qui peut mieux supporter ce malheur du temps, ou de ce prisonnier qui languit là-bas dans une indigence universelle de toutes choses, ou de vous qui, quoique vous disiez, trouvez toujours de quoi satisfaire à votre luxe et à votre vanité ? Le temps est mauvais, mesdames, je n’en sais rien, En êtes-vous moins superbes dans vos maisons, en êtes-vous moins magnifiques sur vos personnes, en scandalisez-vous moins l'Eglise par votre luxe et par votre folle dépense ? Ah ! ne nous dites donc plus que le temps est mauvais, si ce n’est pour les pauvres, si ce n'est pour Jésus-Christ lui-même ? Pour conclure en un mot, mesdames, je n'ai qu'à vous demander que vous choisissiez aujourd'hui, ou que Jésus-Christ vous dise : J'ai été en prison et vous êtes venues à moi, ou bien, J'ai été en prison et vous n’êtes pas venues à moi, car soyez certaines qu'il faut, de nécessité, qu'il vous dise l’un ou lautre.... L'assistance des prisonniers n’est point une œuvre de charité que les hommes aient inventée, et dont ils aient par caprice ou par fantaisie, rendu la pratique nécessaire au salut: c’est une condition que Jésus-Christ lui-même a posée... (Col. 1327-1328.)
On reconnaît là, sinon le langage, du moins les arguments de Bourdaloue, au début de sa seconde partie, et rien d’étrange dans cette rencontre. Pour prèêcher la doctrine évangélique, nos deux orateurs devaient bien dire la même chose :
Il y a, Mesdames, dans le christianisme des pratiques, lesquelles,
quoyque saintes, ne sont néanmoins que de l'institution des hommes.
Il n’en est pas de mesmes de la charité à l'égard des prisonniers.
C’est Jésus-Christ luy mesme qui nous l’a expressément recommandée ; c’est luy qui l’a consacrée dans son Évangile & qui en a fait un poinct de sa loy...(P. 74-75.)
Qu’on ne soit pas surpris de voir Bourdaloue si pressant et si formel, en apparence si dur, dans ces exhortations faites devant les dames charitables de la cour ou de la ville ; mais qu’on ne lui accorde pas davantage le bénéfice d’une sorte de monopole dans la vigueur. La parole de la marquise de Sévigné sur ce prédicateur disant « les