UN BILLET DE BOURDALOUE
Après cet entretien le P. Bourdaloüe alla en une maison où il devoit disner avec le President M. de Lamoignon auquel il conta ce qu’il venoit de negotier pour mes interests avec M. le President Ferrand. M. de Lamoignon luy dit qu'il ne savoit rien de cette affaire que j'ay à demesler avec Mr de Chamarande, qu'il en estoit fasché et qu'il vouloit s'accommoder, que M° de Chamarande estoit une chicaneuse, mais que Mr de Chamarande estoit bon homme, estoit son voisin à la campagne et son amy, et qu'il croioit qu'il ne le dediroit pas. Le P. Bourdaloüe m'estant venu voir le soir pour me rendre compte de tout cela, je le priay de faire savoir à Mr le President Ferrand l'offre que M. de Lamoignon faisoit de sa médiation, afin qu'il la propose à M de Chamarande. Voilà l’estat de cette affaire qui promet quelque bonne fin. Mais quand la paix ne s’en suivroit pas, voila nos juges et gens d’un grand (P. 299) poids, qui connoissent mes intentions, et qui ne se laisseront pas prévenir contre moy. Mr de Lamoiïgnon parla aussi au P. Bourdaloüe de ce qui se passa samedy en Mr d'Avranches et moy. Il luy dit que j'avois affaire à un grand chicanier, mais qu'il croioit que ce qui le rendoit si difficultueux, c’estoit son impecuniosité, ce que je crois vray en partie. (P- 297.)
À Paris, 18 février 1702.
.… À l’occasion de cette assignation, j'allay voir hier Mr le President Ferrand, il me reitera la parole qu’il avoit donnée au P. Bourdaloüe de porter M de Chamarande à l’accommodement. Je Iuy dis que Mr le President de Lamoignon s’estoit offert de luy mesme au P. Bourdaloüe pour nous accommoder. I promit de le proposer, et M. de Lamoignon de son costé me promit hier de parler comme de son chef à Mr de Chamarande. (P, 300.)
À Paris, le 24 février 1702.
.… Pour vous faire voir que ce n’est pas sans raison que je ne trouve pas à propos de presenter une requeste sur les nouvelles reparations, vous saurez que lundi, jour de l’assignation qui m'avoit esté donnée pour voir enteriner le procez verbal de Cardon, la cause ne fut point appelée. Cela m'a fait juger que Mr le Président Ferrand ne l’avoit pas voulu appeler dans l’esperance de nous concilier, Et ce matin le P. Bourdaloüe lui a escrit un billet pour savoir en quel estal il a mis celle négotialion. Jugez si j'aurois eu bonne grace de luy presenter une requeste tendante à une procedure de rigueur, lorsque je tasche de l’engager à menager la paix, et si je ne donnerois pas un beau pretexte à Mr de Chamarande de refuser l’accommodement... (P. 300.)