LA MANIÈRE VIVANTE DE BOURDALOUE
morale et en déduisant dans un silence imperturbable, les dernières et les plus fines applications. Quand on lit les Pensées, il n’y a rien qui nous avertisse que l’action de Bourdaloue devait être tout autre. Il faut bien admettre pourtant que la finesse de ses analyses ne contraignait pas l’orateur à ce ton reposé et pensif, et qu'il y mettait une vivacité, une animation etune rapidité même, que plusieurs trouvaient excessive.
Dans notre compte rendu du Mercure, tout est à l'éloge : on y peut démêler aussi la méthode des tableaux ou des peintures, des descriptions de mœurs ou d'états de vie : CIT fit plusieurs portraits bien naturels. » Ces mots reviennent volontiers dans les analyses que les auditeurs essayent de Bourdaloue et nous les retrouvons dans la longue relation du Mercure sur l’oraison funèbre de Condé‘. Mais le procédé des peintures conduit à un autre, celui des contrastes et des oppositions. Des jeux d’ombres et de lumières sont nécessaires à qui veut faire valoir les scènes qu'il prétend décrire. Les oppositions sont en effet un des moyens ordinaires de Bourdaloue. On les rencontre, en dehors même des portraits et des analyses descriptives, presque en chacun des plans de ses discours, et il suffit d'ouvrir au hasard les « Extraits » c’est-à-dire les sommaires détaillés des sermons que Bretonneau imprimait à la fin de chaque volume, pour se convaincre que cette manière était dans les habitudes d'esprit de l’orateur. Tout le sermon du 3r décembre 1702 élail construit d’après cette méthode, et quiconque a pratiqué Bourdaloue convient que ce n’était point là une excepuon. La fin de l’analyse du Mercure, sur l’application concernant saint Antoine, serait obscure si elle n’était expliquée par le texte conservé du sermon ?,