QUATRIÈME SERMON SUR L'ÉTAT RELIGIEUX
Vae mihi peccalori, qui tam indigne monachi nomen fero ! vidi Eliam, vidi Joannem in deserto, & ut verum dicam, vidi Paulum in paradiso. Ah, mes Freres, malheur à moy qui porte si indignement le nom de solitaire ! J’ay veû un second Elie, Jay veû un autre Jean Baptiste, & pour vous parler sans figure, j'ay veû Paul, non pas dans une habitation terrestre, mais dans un paradis. Voilà, hommes du siecle, mais avec bien plus de raison, ce que vous devez penser. Quand vous sortez d'un monastere, où vous reconnoissez vous-mesme que Dieu est glorifié, comme il l’esticy, par l’observance exacte de la regle; qu’apres une ceremonie aussi touchante que celle dont vous allez estre temoins, vous retournez dans vos maisons : voilà ce que chacun de vous se doit dire... 1
Gardons-nous d'affirmer que le passage ci-dessus décrit exactement le monastère des Franciscaines de la rue de Grenelle, et disons-nous bien qu’il est assez général de sa nature pour avoir été appliqué à cette maison après avoir été composé pour une autre. Mais, avouons-le pourtant, ces citations et les extraits qui vont suivre du quatrième des sermons sur l’État religieux conviennent à merveille à l'analyse du sermon du 31 décembre 1702. Cest donc une bonne fortune d’avoir rencontré à coup sûr l’une au moins des reprises qui ont pu être données de ce sermon, probablement antérieur par sa composition aux dernières années de Bourdaloue. Les habitudes intellectuelles de celui-ci nous sont trop connues par l’ensemble des témoignages cités Jusqu'ici, pour qu’il soit téméraire de conjecturer que le sermon donné en 1703 n’était pas sans doute de composition récente. L'analyse laissée par le Mercure répond à merveille à œuvre imprimée : les austérités des Clarisses sont aisées à reconnaître, encore que les mêmes
‘paroles aient pu être prononcées dans un Carmel. L’orateur
compare avec la vie des religieuses celle des mondains mêmes «dont la conduite est estimée plus régulière et plus louable » :
Car, dit-il, quelque parfaits que je les conçoive, ou que vous les supposiez, que font-ils dans le monde qui soit comparable à la vie