RELATION DU P. LÉONARD
matin d'une inflammation de poitrine. Il dit la messe l'onze, jour de la Pentecoste. Il se trouva si mal à l'autel qu’il enuoya celuy qui luy seruoit à la sacristie, auertir qu'il auoit besoin d’un prestre pour acheuer. Ce qu’il fit auec assez de peine, l'assistant le soustenant et faisant les genuflexions, etc. auec luy. Le fameux medecin Hollandois nommé Helvetius qu’on auoit enuoyé querir pour le soulager, parlant bas dans la chambre, et disant aux assistans que ce pere estoit tres mal, le malade qui l’entendoit luy dit : « Mr, nous nous sommes rencontrez souuent chez des malades, vous pour le corps et moy pour lame. Vous pouuez parler tout haut. Je sens la violence de mon mal qui me reduit à l’extremité, et ie sçay qu'à moins d'un miracle, ie ne puis guerir. Un pecheur comme moy ne mérite pas que Dieu en fasse. Ainsy vous pouvez vous retirer. Priez seulement Dieu qu'il me fasse misericorde. S'il me la fait, je demanderai la mesme grace pour vous. » Puis demanda les sacremens.
Selon une lettre d’vn valet de chambre du Roy du 13 de ce mois à Versailles, quand M. le duc de Bethune, ou Charrost, dit à Sa Maj" que le P. Bourdalouë se mouroit, le Roy en parut estre tres touché et dit qu'vn home qui auoit vescu come luy, se trouuoit aux approches de la mort bien consolé 1,
Depuis qu'il auoit confessé à Pasque dernier le p. Dom Thierry de Viainne, moine bénédictin de la congregation de S.-Vanne, prisonnier dans le chasteau de Vincennes, pour le Jansenisme, ce moine lauoit demandé et le Roy l’auoit ordonné a ce père. Depuis, dit-on, ce temps, il le voyoit assez souuent et mesme ‘il auoit obtenu du Roy pour ce prisonnier plus de liberté, et qu’on luy donnât du papier, des plumes, de l’encre et mesme de dire la Messe que les autres prisonniers entendent. On ajoute mesme que le deffunct menageoïit sa sortie et qu’elle n’auroit pas tardé plus.
Le P. Bourdaloue prenoit du lait et ne laissoit pas que de prescher. Il auoit monté en chaire 2 ou 3 iours auant la Pentecoste ? ce qui luy a causé l’inflammation de poitrine. Il est fort regretté de ceux de
1. Les Mémoires de Sourches, contiennent cette note, sobre mais élogieuse : «13 mai 1704. Ce jour-là, mourut à Paris le célèbre P. Bourdaloue, Jésuite, le plus illustre prédicateur de son temps et d’une vertu solide, » (Sourches, t. VIII, p. 358.)
2. En marge, le P. Léonard avait écrit ce renvoi, dont il a biffé ensuite toute la partie supérieure. « Et il auoit passé ? ou 3 nuits auprez [de M. le duc de Gésvres, gouverneur de Paris, pour l’exhorter à la mort, estant fort malade, lui parlant toujours ainsi que ce duc souhaitoit, etc.].» « Faux. IL n'y alla que le samedi 10 may. Il.tomba malade le lendemain jour de la Pentecoste. » H.C.