LES MÉRITES ORATOIRES DE BOURDALOUE
orateur avoit naturellement en luy toutes les dispositions necessaires pour acquérir la perfection de l’éloquence, un fond de bon sens & de bon esprit, l'imagination vive, la memoire fidelle, la presence & le son de la voix agreables, la prononciation belle, le geste noble, une assurance honnête & une grande facilité de parler 1... Avouons qu'il ne convient pas de faire fond outre mesure sur ces éloges officiels et de commande. Mais s'il est périlleux de trop presser ces énumérations de mérites oratoires, et de vouloir se faire sur la foi d’un louangeur à gages, une idée de l’éloquence de Bourdaloue, remarquons cependant certaines qualités que jamais, à coup sür, le
plus déterminé nouvelliste ne se serait avisé de relever, si elles eussent été le contrepied de la vérité?.
Il y a là tout un ensemble de qualités que nous retrouvons, même à la lecture de l'édition officielle donnée par Bretonneau, et plus encore peut-être dans les copies contemporaines que le Mercure se croit obligé de désavouer en protestant à nouveau contre les éditions parues du vivant de Bourdaloue et qui étaient le fruit de l’industrie des scribes.
Personne, disait encore la même relation, n'a jamais rendu toutes sortes de sujets plus susceptibles d’ornemens & n’a repandu plus d'ordre dans ses desseins ni plus de liaisons dans ses pensées,
Le nouvelliste vante aussi la «diction toujours pure el propre à son sujet, riche et ornée sans fard, forte et serrée sans sécheresse » qui distinguait l’orateur.
1. Le Mercure, à propos des qualités qu'il vient d'énumérer, disserte sur la possibilité d'acquérir par l'étude les quatre premières, tandis que les autres ne peuvent être que le don d’une heureuse nature.
2. A ce titre il est permis de signaler ce nouveau témoignage en faveur de l’action oratoire de Bourdaloue qui insiste sur sa « prononciation », à savoir son débit, son geste noble et son assurance, qui ne sont guère compatibles avec le second des Dialogues sur l'Eloquence. Il faut remarquer surtout cet éloge de la « simplicité de l'expression» (ce que d'Aguesseau nommait la («popularité d'expression») de notre orateur; elle empêche de le confondre avec l'inconnu, chez lequel Fénelon ne reconnaît « rien de vif, de figuré et de sublime, » comme rien aussi de « familier, d'insinuant et de populaire. » Cf. plus haut, p. 752.