‹ Bourdaloué: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporainsChapitre 431 sur 475 · D'APRÈS UN CONTEMPORAIN · texte numérisé non relu

D'APRÈS UN CONTEMPORAIN

Cet article écrit, si l’on veut, avec grande complaisance, et sans doute par un confrère de Bourdaloue, était destiné en somme à des lecteurs qui tous pouvaient contrôler dans leurs souvenirs récents les affirmations louangeuses, plus on doute qu'il y puisse être question du même personnage.

Inséré au Mercure dès le lendemain de sa mort, il n’eût pas appuyé sur les mérites oratoires, qui au jugement de tous, eussent manqué au prédicateur.

C'est à ce titre, et comme document, qu'il était bon d'attirer l'attention sur cet élogef.

1. Mercure galant, mai, pp. 268-275. 11 serait aisé de composer une sorte de Florilegium des diverses pièces qui parurent à l'occasion de la mort de Bourdaloue. J'ai signalé un certain nombre des titres dans ma Bibliographie crilique (p. 17 et 18.) La collection de ces morceaux en vers ou en prose serait hors de propos ici, ne nous apprenant du reste que peu de chose de précis sur l'orateur. Je fais exception pour deux documents du temps, parce que, outre la mention du décès de Bourdaloue, il y est question d’orateurs qui ont un rapport assez direct avec l'histoire de la prédication savoir: d'abord le Père Séraphin et, à son occasion, Mascaron; puis La Rue, le successeur désigné de Bourdaloue. On trouvera ces documents à la note u du livre 1v.

a. — (P. 631%). Sur le P. Nicolas Guyet de Chevigny, ancien capitaine au régiment des gardes, entré dans l’Oratoire, le 5 août 1664; — il y résidait comme hôte depuis quatre ans, — V. Cloyseault, (Vies de quelques prêtres de l'Oratoire) publié par le P. Ingold, t. 111, p. 210-231. C'est en faveur de la maison, alors naissante, de l'Oratoire de Montpellier que le P. de Chevigny disposa du prix de sa charge de capitaine, en partie du moins (p.214). (Il a fait, dit le biographe, plusieurs conversions où de très habiles théologiens et de fameux prédicateurs n'avaient pu réussir. Il est vrai que les grandes aumônes qu'il faisait aux pauvres contribuaient beaucoup à le faire écouter avec respect ; mais il a aussi retiré du péché et mis dans le chemin du salut quantité d'autres personnes qui n'ont point été touchées par cet endroit.» (P. 218.)— « Après que le feu roi, d'heureuse mémoire, Louis XIV, eut révoqué l'édit de Nantes, démoli tous les temples, etc., 11 fut nécessaire d'instruire les hérétiques [On ne peut exprimer avec plus de candeur cette énorme idée de l'instruction succédant à la réunion !], on envoya pour cet effet dans toutes les provinces. plusieurs missionnaires... La plupart leur préchèrent la controverse avec beaucoup d’esprit 1 et de science ; ils en convainquirent par ce moyen plusieurs de la vérité, mais ils en convertirent peu à la foi, demeurant toujours aussi opiniâtres dans leur ancienne créance... Le P. de Chevigny fut envoyé en Languedoc avec quelques autres Pères de l'Oratoire. Il crut que le meilleur moyen de les ramener au sein de l'Eglise n'étoit pas de disputer avec eux de controverses, mais qu'il suffisoit de leur expliquer simplement la créance de l'Eglise catholique, etc.» (P.227).— Le P.de Chevigny, ordonné prêtre en 1667, prit part comme aumônier à l'expédition de Candie. Le P. de Chevigny aida aussi le docteur Edme Pirot à préparer à la mort la marquise de Brinvilliers. Dans sa relation, racontant comment il revient à la Bastille le matin même du jour de l'exécution : « On me fit monter à la tour, écrit-il, où je trouvai le Père de Chevigny pleurant à la fin d'une prière qu’il achevoit avee la dame...» (Funck- Brentano, le Drame des poisons. p.73). — Elu assistant de sa Congrégation en 1690, il mourut le 12 janvier 1698, âgé de près de soixant-dix-sept ans. V. Correspondance de Quesnel, t. 1, p. 7, sur la mort du P. de Chevigny : lettre du 24 janvier 1698. « La Gazette de France en a fait (de Le Noir de Saint-Claude, mort récemment) nne mention honorable, aussi bien que d'un P. de Chevigny de l’Oratoire, qui éttoit de mes bons amis

1. Nous retrouvons ici un des emplois da mot esprit, signalé plus haut, p. 094 1,

et avoit été autrefois capitaine aux gardes, avoit commandé dans Ypres et dans Belle-Isle, où il fut envoyé pour s'en rendre maitre quand on arrêta M. Fouquet. C'étoit un homme bien à Dieu. » Toutefois Quesnel ne lui reconnaissait pas les talents nécessaires pour la charge d'assistant, car il avait écrit, au mois de mai 1691, au P. du Breuil: « N’admirez-vous point le P. de Chevigny dans cette place? Belle-Isle lui conviendroit mieux. » (T. 1, p. 174). Et l'éditeur y a ajouté ce commentaire tiré d'une lettre inédite de Quesnel : « Le bon P. de Chevigny est fort bon homme, mais très ignorant en théologie, non faute d'esprit, mais faute d'étude...» Que la raison de cette ignorance soit l'entrée tardive dans les ordres de l'ancien capitaine aux gardes, c'est fort honorable ; encore faut-il avouer qu'il avait donc des motifs excellents de ne point procéder par excès de controverse.

b. — (P. 6521). Dans une collection de lettres autographes possédées par la Bibliothèque communale de Beauvais, et qui mériteraient d'être étudiées et publiées, il s’en rencontre une de l'abbé d’Ormesson, doyen du chapitre de Beauvais, et correspondant de Bossuet !, qui est relative à cette mort. Le doyen du chapitre de Saint-Pierre, frère de l'intendant de Lyon et probablement appelé à Paris à l'occasion de sa mort, écrit, de Paris encore, le 8 septembre 1684 à M. de Nully, chanoine de Beauvais et promoteur du chapitre :

« Je crois que uous scaués le sujet pour lequel ie ne m'en suis pas retourné auant hier; c'est pour une nouueile affliction que dieu nous enuoie estant à la ueille de perdre le fils aisné de feu mon frère qui est malade à l’extrémité à Lion. Vous uoiés combien nous auons besoin de prières, je uous les demande. »

Ainsi, moins d'un mois après la mort de son fils, le vénérable magistrat était menacé de perdre l'ainé des orphelins laissés par ce fils. J'ignore si Bourdaloue eut alors à visiter ce vieux magistrat et à lui porter ses consolations ; je ne sais aussi s'il fut appelé près de lui deux ans plus tard à la fin de l’année 1686, quand il mourut le 4 novembre. Son fils, le doyen de Beauvais, se trouvait près de lui, témoin d'autres lettres inédites puisées à la même source où il écrit, à Nully toujours :

« Je recommande à uos prières mon pere qui a receu l’extreme onction. »

C'est le postscriptum d'une lettre du 20 octobre. Dans une autre, cn date du 27 (novembre) [sic, ce qui parait une inadvertance], il écrit :

« Je uous suis fort obligé des prières que uovs faites pour mon pere et ie uous remercie d’auoir proposé au chapitre de dire une collecte pour lui. Je lui suis sensiblement obligé de l’auoir ordonné et ie ne manquerai pas de l'en remercier ; mon pere est tousiours tres mal et il ne se soutient que par la bouté de son temperament qui se defend mais qui sera ub.igé de succomber à la fin ; nous n’en attendons plus autre chose.»

La Gazelle, dans son n° du 9 novembre 1686, p. 664, écrit : « M. Olivier Le Fevre d’Ormesson, ancien Maistre des Requestes, mourut icy Je 4 de ce mois après une longue maladie. Il a esté fort regretté à cause de sa grande capacité et probité singulière, »

On sait que le fort intéressant Journal d'Olivier d'Ormesson est un des joyaux de la bibliothèque de Rouen.

c. — (P. 263.) Racine composa l’épitaphe qui fut gravée sur le tombeau de Madeleine de Lamoignon. En voici la reproduction :

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