ICY GIST
MADELEINE DE LAMOIGNON fille de CHRETIEN DE LAMOIGNON Marquis de Basville grand President du Parlement.
Elle fut uniquement occupée Pendant une longue vie du soin de Soulager toute sorte de malheureux
Il n'y a point de province en France, ni de païs dans le monde
qui n'ayent ressenti les effets de sa charité. Elle naquit le 18 septembre 1609 Elle est morte le 14 avril 1687.
J'ai reproduit l'épitaphe, non d’après le livre de Mlle Masson, mais d’après Germain Brice, dans sa Description de la Ville de Paris, 6° édition, t. 11. Paris, Fournier, 1713, p. 462, mais peut-être n'est-elle pas des plus fidèles, car il ne donne pas les dates de la naissance et du décès, et s'en sera sans doute rapporté à des ouvrages de seconde main. C'est dans sa description du couvent des Cordeliers, sépulture des Lamoignon, quil donne ces détails et il cite les épitaphes de Charles et de Guillaume de Lamoignon en disant : « Voici quelques épitaphes que l'on y doit mettre incessamment,» p. 459. Suit l'épitaphe de Charles, m. en 1573, composée par Guillaume neveu de Madeleine, « mort président à mortier, dont la sépulture est à Saint-Leu », dit Brice, renvoyant à son premier volume, p. 338. V. du reste : Œuvres de Racine, Grands écrivains, t. v, P3-2.
d.— (P. 6644 et 9301). Après avoir dit, au numéro d'avril 1687, qu'ilremettait au mois suivant la relation du service funèbre de Condé « aux Jesuites de la ruë S. Antoine» l'auteur du Mercure s'exécute, dans sa Lettre du mois de mai. 11 semble bien avoir attendu dans l'espoir de faire à l'aise son compte rendu d’après l’oraison funèbre imprimée, qui tarda davantage. Aussi écrit-il (p. 307-331): «L'Oraison funebre de feu Monsieur le Prince faite par le P. Bourdalouë n'est point encore imprimée, & c’est un ordre bien difticile à exécuter que celuy que vous me donnez de vous en entretenir, en attendant qu'elle soit renduë publique. Ce n’est pas sans peine que je me resous à vous satisfaire. Ma mémoire chargée de toutes les nouvelles que je me suis engagé à vous mander chaque mois, ne pourra me fournir de quoy remplir l’idée que vous devez avoir d'un Ouvrage qui a fait l'admiration de tous ceux qui en ont pu juger par eux mesmes; & j'auray de la peine à rapeller ce que j'avois oublié dans la pensée que cette Oraison funebre seroit imprimée avant qu'il fallust finir ma Lettre. Soyez donc persuadée que je ne vous en parle que pour contenter vostre impatience, & que tout ce que je vay vous én dire ne scauroit aprocher des moindres beautez de cet excellent Panegyrique. |
» Il dit dans son texte qui estoit tiré du Livre des Rois, qu’il estoit mort, un Grand & tres-Grand, & en fit ensuite une tres juste aplication à la mort de Monsieur le Prince; puis s'estant expliqué sur ce qu'il ne vouloit point faire d'Eloge, il dit qu’il parleroit seulement des qualitez d’un cœur Chrestien (& ce cœur estoit celuy de Monsieur le Prince) & que quoy qu'il dust passer par dessus les choses qui avoient fait briller une si belle vie, il auroit de la peine, mesme dans le peu qu'il se proposoit de dire, à remplir ce qu'on pouvoit attendre de luy. Que les actions de feu Monsieur le Prince estoient de celles qui sont gencralement connuës, & que s'il luy
echappoit quelques-unes de celles qu’il devoit marquer, il les chercheroit dans les cœurs de ses Auditeurs. Comme le sujet de son discours regardoit le cœur, parce que le cœur de Monsieur le Prince est inhumé dans l'Eglise des lesuites appelée de S. Louis, il partagea son discours en trois points, qu'il fit voir estre autant de qualitez du cœur de ce grand Prince. Ces trois qualitez estoient celles d'un cœur solide, celles d’un cœur droit, & celles d'un cœur Chrètien.
» Il dit que le cœur solide avoit la force de supporter sa gloire, &nes'en laissoit point éblouir, que le cœur droit gardoit son caractere mesme pendant les dereglemens ausquels les hommes sont sujets, & que le cœur chestien laissoit connoistre ce qu'il est, par sa piété, & par la mort Chrétienne de celuy qui possedoit veritablement un cœur Chretien. Il ajousta que ces trois points pouvoient avoir du rapport à la Lettre que Moñsieur le Prince avoit écrite au Roy un peu avant sa mort, où il parloit du commencement, du milieu & de la fin de sa vie.
» Ce grand Orateur fit voir dans le premier point qui regardoit le cœur solide, de quelle manière Monsieur le Prince avoit pour ainsi dire triomphé de sa gloire, en ne se laissant point éblouir à l'éclat dont elle oflusque ceux mesmes qu'elle élève, & pour mettre en son jour la solidité du cœur du Prince dont il parloit, il crut qu'il le devoit depeindre entier, mais avant que d'entrer dans cette peinture, il en fit une pour luy servir de prelude de tous les defauts qui sont meslez aux grandes qualitez des hommes qui brillent le plus dans le monde. Il peint des Braves sans esprit qui mettent leur ignorance à couvert de leurs Exploits; des hommes d'esprit qui n'ont point de jugement, & beaucoup d'autres qui paroissent avec éclat dans de grands emplois, & qui hors les choses qui regardent ces emplois,ne donnent aucunes marques d'esprit. Enfia il parcourut une grande partie de tous les Etats, et de tous les caracteres des hommes, & après avoir fait connoistre que les plus parfaits avoient des défauts, il fit voir que feu Monsieur le Prince n'en avoit eu aucun, & dit en faisant son aplication à ce Prince qu'on avoit vü un homme parfait, qu'il falloit des siècles pour en produire un semblable, qu'on en avoit vû un, & qu'on en verroit peut estre plus.Il fit ensuite une peinture de l'état de la France après la mort du feu Roy, & peignit les divers mouvements d’une Regence tumultueuse, & les differens Partis qui se sont formez pendant ces temps difficiles, les interests opposez des Princes & des Courtisans. IL passa de là à l’esperance que l'Espagne fondoit sur nos desordres, & fit voir de quelle maniere feu Monsieur le Prince dissipa toutes nos frayeurs en gagnant la bataille de Rocroy, & conduisant nos Armées avec toute la prudence d'un grand capitaine dans un àge, où il sembloit qu'il luy devoit estre difficile de se conduire luy-mesme. Il fit connoistre par là & par les autres victoires de ce Prince que rien n’estoit plus solide que sa gloire, & qu'il en estoit digne puisqu'il en avoit toùjours suporté l'éclat avec une égale moderation, qu’il n’en avoit point esté ebloüy, qu'il n'avoit jamais rien écrit à son avantage, mais qu'il avoit toujours täché d'elever ceux qui l’avoient accompagné dans le péril, ayant en toute occasion rendu justice au merite, & n'ayant jamais manqué à personne; de sorte qu'on pouvoit dire de luy, qu'il avoit toüjours esté bon Pere, bon Amy & bon Maistre. Il dit encore pour faire voir la solidité de la gloire de Monsieur le Prince, qu'encore qu'il n'y eust point d'homme au monde plus capable que luy d'écrire des mémoires de sa vie qui auroient püû servir à
1. V. plus haut, p. 630, une insistance analogue sur les « peintures » de Bourdaloue,
son Histoire, il n’avoit jamais voulu y consentir, & qu'il avoit toùjours dit que c’estoit l'Histoire du Roy qu'il falloit écrire. Il prit de là sujet de parler de l'amour que Monsieur le Prince avoit pour Sa Majesté, & de la confiance et de l'estime de ce Grand Monarque qu'il avoit regagnée par ce grand amour. Il fit connoitre en parlant de la solidité de sa gloire, les ordres severes qu'il donnoit pour empescher les impietez des Troupes, & n'oublia pas de dire qu'aprés le gain d'une bataille, il en faisoit toùjours rendre graces à Dieu par toute l'Armée, et le remercioit à genoux. Il fit enfin un portrait de tout ce qui pouvoit mettre de la vanité dans le cœur de l'homme le plus modéré, & fit voir qu'en quelque occasion que ce fust, Monsieur le Prince s'estoit toüûjours possédé au milieu de sa gloire, & qu’ainsi l'usage quil en faisoit le rendoit beaucoup beaucoup plus grand que la gloire mesme dont il se couvroit continuellement, puisqu'il estoit capable de la supporter.
» Comme le second point regardoit le milieu de la vie de ce Prince pendant lequel il sembloit que ce grand Astre eust esté eclipsé, le Pere Bourdalouë fit voir qu’il y avoit des eclipses plus brillantes que la lumiere, & voulant ensuite prouver la droiture d'un cœur, mesme dans les egareinens de la vie, & dans les dereglemens qui nous éloignent de Dieu, il dit qu'aucun de ceux qui avoient parlé de Monsieur le Prince n’avoit osé toucher cet endroit quoy qu'on ne le pust ignorer, mais qu’il ne laisseroit pas d'en dire beaucoup de choses, par ce qu'il estoit seur de donner par là un tres grand eclat à la gloire de ce Prince. Il le peignit dans ses relàchemens pour Dieu & pour le Roy, & fit voir à l'egard des derniers qu'il sy estoit trouvé forcé, mais que son cœur n’avoit jamais esté égaré pour le Roy; qu'il l’avoit toùjours fait connoistre au Prince son Fils dans le temps qu'il estoit hors du Royaume, & qu'il luy avoit toujours recommandé un grand attachement, et un grand amour pour la personne du Roy; qu'il s'estoit toujours souvenus de ce qu'il devoit à sa Majesté ; que dans ce temps de son relachement, rien n’estoit egal au chagrin quil en souffroit, mais quil estoit engagé, & que cependant au milieu de ce relàchement il faisoit tout ce qu’il pouvoit pour marquer un bon cœur, et mesme de l'attachement pour le Roy quoy qu'il en fust éloigné, & qu'il fust dans un Party contraire, puis qu’il avoit souvent refusé ce qui pouvoit l'en éloigner davantage, n'ayant jamais voulu accepter de Souverainetez, quoy qu'on luy en eust souvent offert. Il parla du desinteressement de ce Prince dans la Paix des Pirenées, & fit voir qu'il n'avoit point voulu que ses interests empeschassent qu'on ne la conclust & qu'en cette occasion l'amitié du Roy estoit tout ce qu'il avoit souhaité. Il finit la premiere partie de ce second point en prouvant que rien n'estoit plus glorieux au Roy que le chagrin que Monsieur le Prince avoit eu de n'estre pas dans ses bonnes graces, & les remords qui l'avoient continuellement agité. Il fit voir dans la seconde partie de ce point qui regardoit la droiture du cœur de Monsieur le Prince à l'égard de la Religion, que dans son plus grand relàchement il avoit toujours connu Dieu, & qu'il n'avoit jamais eu aucune pensée qui approchast de l'Atheisme, ce qui luy donna lieu de faire une tres belle peinture des Athées; il en fit aussi une pour marquer de quelle maniere Monsieur le Prince avoit pris plaisir à s'éclairer de toutes les choses qui regardoient la Religion, & comme il avoit toujours esté penètré des veritez qu’elle enseigne, & il s’attacha à faire connoistre que la droiture du cœur de ce Prince pour la Religion, estoit une preuve de sa bonté, & une conviction pour les Athées.
» Son dernier point regardoit la piété du cœur Chretien, il dit qu'un ‘Heros Chretien n'atendoit pas le moment de la mort pour se preparer à
quiter la vie, & fit une tres belle peinture des detours qu'il faut prendre pour parler de la mort aux personnes qui sont tellement attachées à la vie qu'elles ne peuvent sans se faire une extréme violence entendre parler de le quiter, & a qui le mot de Sacrement fait tant de peur. 11 parla ensuite de la maniere dont Monsieur le Prince s’etoit depuis long temps preparé à la mort, de sa constance et de sa fermeté, et fit un éloge de Madame la Duchesse, à present Madame la Princesse dont l'exemple avoit beaucoup servi à le detacher du monde. Il fit voir comme il s’estoit arraché à luy mesme en s’'arrachant à ses Enfans pour ne penser qu’à la mort, et comme il avoit souhaité de soufrir encore davantage qu'il ne soufroit. Cela fut suivy d’une peinture de sa mort chrestienne qui marquoit une ame predestinée, & il dit qu'il n'entreprenoit pas de la faire aprés l'illustre & sçavant Prelat qui l’avoit faite avant luy; puis il dit par raport à ses trois points que ce Prince avoit suporté sa gloire dans sa grandeur, conservé sa foy dans ses égaremens, & enseigné au Prince son Fils ce qu'il devoit au Roy, & souffert ses douleurs & l'atteinte de la mort avec toute l'égalité d'un cœur solide, apres quoy il fit un court eloge de Monsieur le Prince d'aujourd'hui & dit que sa modestie
. l'empeschoit de le loüer.
» Ensuite il s'adressa à tous les Peres Jesuites qui estoient alors auprés du cœur de feu Monsieur le Prince. Il leur parla de ce Cœur qu'il leur a laissé & qu'ils ont eu de son vivant, de l'estime que ce Prince avoit pour eux, puisqu'il leur avoit confié l'éducation des Princes ses enfans, de la Protection qu'il leur a toujours donnée, & finit en leur disant que tant que leur Corps subsisteroit, ils devoient faire connoistre dans l’un & l'autre monde, & les grandes qualitez de cet incomparable Prince, & l'estime & la bienveillance dont il les avoit toujours honorez.
» Voilà tout ce que j'ay pù retenir de cet Oraison funebre dont on a parlé avec tant d'éloges. Je puis en avoir transposé quelques endroits en rapportant sur un point ce qui aura esté dit sur l’autre. La memoire se peut aisément embarasser lorsqu'on voudroit ne rien perdre d’un discours qui est egalement beau dans chaque partie. »
6. — (P. 670%). Il ne peut être question ici de citer, même à titre d'exemples, tous les genres de panégyriques et d'éloges qu’il serait aisé de recueillir dans le Mercure ou la Gazelle, enchérissant les uns sur les autres. J'en place seulement quelques-uns, pris au hasard, et de toutes provenances, pour indiquer et le ton de l'époque et la nature des éloges courants. On en comprendra mieux certains passages de Bourdaloue et des autres grands prédicateurs de l'époque. Comme clef etexplication générale de tous ces éloges du roi, on peut accepter d'abord, sous bénéfice d'inventaire, cette lettre de la duchesse d'Orléans : « Marly, le 15 decembre 1701. Je demandois un jour à quelqu'un de raisonnable pourquoi l'on faisoit invariablement l'éloge du roi dans tous les écrits. On me répondit que défense expresse avoit été faite aux imprimeurs de publier aucun livre dans lequel on ne trouveroit pas l'éloge du roi, que les Français lisent généralement beaucoup, que dans les provinces, ils lisent tout ce qui vient de Paris, et que les éloges du roi leur inspirent pour le souverain la vénération et le respect qu’ils doivent avoir. C'est dans cette intention qu’on a fait et non pour le roi qui n'en voit jamais rien et n’en n'entend mème pas parler.» (Ed. Rolland, p. 239, et Jaeglé, t. 1, même date.)
Le ton des éloges en général n’est guère mesuré, témoin ceux de Faydit à l’archevêque de Paris, dans le prône du sous-vicaire de Saint- André des Arts, en 1688, pour promulguer le mandement de Harlay (v. plus haut, p. 687), témoin la lettre ouverte à Fléchier pour le louer
de son oraison funèbre de Le Tellier (v. plus haut, p. 322), et dont voici un autre fragment :
Lettre de Faydit (à l'évèque de Lavaur): « Madame de Mayerchroon, Ambassadrice de Danemarch & Mle du Tillet, niece de M. Daurat sont enchantées de vostre Éloquence, Monseigneur, & m'ont prié de vous en faire leurs complimens... Je n'ay point de regret, Monseigneur, de n'estre point né au temps des Demosthenes & des Cicerons. Je trouve en vous tout ce qu’ils avoient.
» Jay une petite Maison de Campagne, où pour tout ornement j'ay fait peindre les sept plus grands personnages qui ayent jamais esté chacun dans leur genre & que je regarde comme les sept miracles du monde. Monsieur le Prince pour la Guerre, M° Descartes pour la Physique, M: Arnauld pour la science de la Religion et de la Polemique, M: Corneille pour la Tragédie, M° de Lully pour la Musique, M° Le Brun pour la Peinture, & vous, Monseigneur, pour l'Eloquence. Le Roy est au-dessus de tous vous autres qui répand ses rayons pour vous eclairer... Il ya en bas un petit Homme qui vous admire & qui vous regarde tous avec des Lunettes de longue veue. C'est vostre tres humble et tres obéissant serviteur Faydit, 28 mars 1686.»
Mercure galant, janvier 1687, p. 197. Harangue latine du P. Quartier sur «la Destruction de l'Hérésie » devant le nonce Ranuzzi, à Louis-le- Grand. — Mars (éloges du roi), p. 33. Poncet de la Rivière, évêque d'Uzès. Voici ce que l'on a pu retenir de son discours, etc. — A Senez, M° l’Evesque célébra la Messe jontificalement, assisté de ses deux chapitres... Apres quoi, il prononça le Panégyrique de sa Majesté, sur le mesme texte & sur la mesme division de l’Oraison syuodale qui venoit d'ettre faite par un des Ecclésiastiques du Diocese.» (P. 77).
Décembre 1688. Discours sur le mouvement des armes de Louis-le- Grand, par Mme de Pringy, qui a déjà écrit jadis «le Triomphe de Louis le Grand sur l'hérésie. »
J'ai montré Boursault louant Monsieur (p. 733). On peut lire aussi les honneurs rendus au portrait du même prince, pour la soutenance d’une thèse qui lui est dédiée.
Mercure galant, avril 1678 : « La thèse que M. de Crevecœur (Hannivel note ms.), Fils aisné de M. de Mannevillette a dédiée à Monsieur depuis quinze jours... Tout le monde en a admiré le dessin. La Bataille de Cassel & le Siege de Saint-Omer se voyent en éloignement dans un tableau qui est au haut. Monsieur est représenté à Cheval dans le devant. Il est vestu moitié à l'antique et moitié à la moderne pour faire voir qu'il ne cede, ny aux Héros des premiers siecles, ny à ceux du nostre. La gloire qui le couronne d'une main, tient de l'autre un faisceau de palmes pour les luy réserver, ect. (P. 202). Pour venir à l'Action de M. de Crevecœæur, elle se fit dans le College d’'Harcourt (devant les card. de Retz, de Bouillon, de Bonzy, etc. (P. 208). La These qui estoit dans une très riche bordure avec une Glace de Venise, fut placée dans le Fauteuil que Monsieur auroit occupé s'il se fust trouvé dans l’Assemblée. Il estoit environné de Suisses et de Gardes, comme s'il eust esté remply de la Personne mesme de son Altesse Royale »
Ces diverses formes, soit d'adulation, soit de respect, atteignant ces degrés (si respectable que puisse êtré le sentiment qui les dictait) passaient cependant les limites. Or, quand il s'agissait du roi, on n'en gardait plus, pour ainsi dire. Je ne parle pas des sottises de La Feuillade pour la statue de la place des Victoires. Je citerai seulement divers passages des gazettes témoignant ce concours universel de louanges souvent de commande, mais qui, encore une fois, expliquent et font
mieux comprendre les compliments, étonnants pour nous, des prédicateurs.
12 septembre 1682, N° 86, p. 582 : « Le sieur Hüet, ci-devant sous precepteur de Monseigneur le Dauphin a doné en son Abbaye d'Aunay des témoignages de sa joye par le Te Deum qu'il a fait solennellement chanter, par des distributions aux Pauvres des villes d’Alentour, & par des feux et des illuminations.»
Mercure galant, mai 1685, p. 275 : « La Ville de Paris passa l'année dernière un contrat avec l'Université, par lequel, sous de certaines conditions, elle fonda à perpétuité un Eloge public du Roy, qui doit être prononcé le 15 de May de chaque année, jour de l'avenement de Sa Majesté à la Couronne, par le*recteur qui se trouvera alors en charge... M. Berthe (à la fois Recteur et Prieur de Sorbonne), le prononce en 1684, en présence d'un grand nombre de Prelats, entre lesquels estoit M. l'Archevesque de Paris & Mrs les Evesques de Meaux, de Troyes & du Mans...»
Mercure galant, novembre 1685, p.3: « Le P. Fejacq, professeur de Theologie et Prieur des Jacobins de Caen, donne le Panégyrique à l'érection de la statue du roi, 5 sept. Citations: Qu'attendez-vous de moy ? (pp. 3-52).
Mercure galant, mars 1687 (Numéro. entier consacré au recueil des éloges du roi et des réjouissances sur sa guérison):
« Le 2? de ce mois (mars) M. Rougeau, directeur des Postes de Chasteaudun (fait les frais d'une fête)... Peu de temps aprés, les Eleus de Chasteaudun font célébrer une Messe solennelle, aprés laquelle le Predicateur du Caresme monta en chaire, Comme cette cérémonie se faisoit le jeudy 6 de ce mois, où la guerison de la Belle-Mere de saint Pierre, & celle de plusieurs autres malades se lit dans l'Evangile, cela luy donna sujet de dire que le Sauveur du Monde, aprés avoir guéri la mère du Prince des Apostres, en avoit aussi guery le Fils en rendant la santé au Roy qui est le fils aisné de l'Eglise Romaine dont saint Pierre est le Père & le Fondateur visible, & parce que plusieurs guerisons accompagnerent celles de la Belle mere de saint Pierre, il fit voir que tous les François estant malades avec leur Prince, tout le Royaume avoit esté guéry avec luy.» À
Jaeglé, t. 1, p. 93: « Saint-Cloud, le 10 juin 1692. A Fontainebleau mourut, il y à quelques années, une petite fille, l'enfant de la nourrice de la reine d'Espagne (Marie-Louise d'Orléans, {°° femme de Charles). Quand on lui porta le viatique, le Roi suivit le curé avec toute la cour jusqu'à la chambre où étoit l'enfant. Là, j'entendis le curé qui disoit : Eh bien, belle mignone, n'estes-vous pas bien honnorée que le Roy vous vient voir, et le Roi des Rois aussi ? Il ne lui dit rien de plus et lui donna la communion.»
f. — (P. 6991), Note de Rochebilière, M. Honoré Bonhomme vient de publier chez Didier, in-18 (1863) un travail sur Mme de Maintenon.
Y noter: 1° Une Instruclion générale du P. Bourdaloue à Mmede Mainlenon datée du 30 octobre 1688 écrite de la main de Mile d'Aumale et une autre Instruction plus courte et sans date de la même main (p. 257-271). M. Honoré Bonhomme dit (p. 265) que La Baumelle s'étoit trompé, qu'il avait imprimé La personne au lieu de des personnes qu'a écrit Mile d’'Aumale. Cette Instruction est tout simplement celle que M. de Chateaugiron publia en 18191. L'abbé Blampignon a fait copier par moi cette Instruction sur
1. Exemplaire non rogné, l’un des deux tirés sur papier vélin bleu. (V. catalogue de vente d. Comte de Corbière, Paris, Bachelin-Deflorenne, 1869 (1er Xbre) No 42).
l'autographe. Je crois que M. d'Hunolstein en est possesseur. J'ai copie de cette Instruction que m'a donné labbé Blampignon, ce n'est pas l'Instiuclion imprimée, mais est-elle de Bourda!oue? (R.)
Bullelin du bibliophile. — 1860, pp. 1673 à 1699. — 1861, pp. 158-192; 312-326; 577-602. — 1862, pp. 924-941. — 1863, p. 303, Madame de Maintenon, lettres et documents inédits, publiés sur les manuscrits aulographes originaux, avec une instruction, des notes et une conclu- Sion, par Honoré Bonhomme. Paris, Didier et Cie, 1363, in-12 de 356 pp.
Passage de Languet de Gergy, archevêque de Sens sur Bourdaloue :
CAES Elle (Mme de Maintenon) consulta beaucoup le P. de la Chaise, confesseur du roi, touchant les règles qu'elle donna à Saint-Cyr, et elle le voyoit fréquemment. Elle eut aussi une grande estime pour le P. Bourdaloue, ce fameux et saint prédicateur, le Chrysostôme de son siècle, qui ne craignit jamais d'annoncer à la cour, où il prèchoit souvent, les vérités les plus terribles, d'y attaquer les vices qui y dominoient et de les peindre avec toutes leurs couleurs Mme de Maintenon qui connut que ce saint religieux étoit véritablement animé de l’esprit de Dieu, crut devoir, pour son utilité propre, lui ouvrir son àme et lui demander des conseils et des décisions sur plusieurs circonstances où elle se trouvoit alors: c'étoit en 1688, temps où sou crédit et sa fortune étoient montés au plus haut point.
» La sagesse qu’elle trouva dans ses conseils lui donna le désir de s’attacher à lui par la direction de sa conscience; mais ce père n'ambitionna pas une confiance qu'un homme moins en garde que lui contre l'amourpropre el la vanité eut acceptée peut-être aisément. Il fit connoitre à Mwe de Maintenon qu'ayant sans cesse des sermons à composer. à apprendre .de mémoire et à prècher, il ne pourroit guère la voir qu'une fois en six mois: Mme de Maintenon qui a raconté ce fait dans un entretien avec la mère de Glapion, lui dit à ce sujet: « J'avois besoin alors d'un secours plus présent et plus fréquent dans les embarras où je me trouvois souvent. »
(La famille d'Aubigné et l'enfance de Mme de Maintenon, suivi des Mémoires inédits de Languet de Guergy, arch. de Sens, sur Me de Maintenon et la cour de Louis XIV. Paris, Plon, 1863, in-8, p. 284).
Bourdaloue dirigea un moment (dit le duc de Noailles) la conscience de Mme de Maintenon. et il cite des lettres du P. Bourdaloue d'oct. et nov. 1688 et la lettre de Mme de Maintenon sur lui. (Voy. Histoire de Mad. de Maintenon, par le duc de Noailles, t. 1v, p. 103-104)
&g.— (P. 7102). Marie Perey de Northumberland fonda un monastère de religieuses anglaises bénédictines à Bruxelles en 1599, En 1624, le monastère de Bruxelles créa une maison à Gand et celle-ci une troisième à Boulognesur-Mer en 165?, mais, en 1657, les religieuses de Boulogne se retirèrent à Paris où elles ne purent se fixer longtemps, faute d'argent et de protection: elles vinrent à Pontoise, où François de Harlay, archevêque de Rouen, leur accorda en mai 1658 des lettres de protection et de confirmation, approuvées par le roi l’année suivante. Un peu après les religieuses firent construire une petite chapelle sous le vocable de la Conception de la Sainte Vierge, nom que devaient porter tous les sanctuaires de ce monastère d'après la volonté de la fondatrice. Christine Forster fut abbesse de ce monastère du 17 mai 1657 au 16 décembre 1661. — Anne Neville Abergavanny du 30 décembre 1667 au 15 décembre 1689. — Elisabeth Abridcourt du ?2 décembre 1689, démissionnaire le 4 mars 1710, morte le 15 août 1710. — Anne-Xavière Gifford, de Burshall, 7 mars 1710 au 11 février 1711. — Elisabeth-Josephine Widrington 18 mars 1711 au 9 novembre 1730, — Marie Hunloke, 6 décembre 1730. — Anne-Catherine
Haggerston et Marie-Anne Clavering, dont on ne sait pas les dates.— Le monastère fut supprimé en 1790. (Fisquet, la France pontificale, diocèse de Rouen (1866), in-8, p. 46).
ABBESSES. RELIGIEUSES (suite).
Elisabeth-Joséphine Widrington. Marie-Anne Lincoln. Anne-Xavier Giflord. Marie-Anne Clavering.
Eugénie Thorald. Marie-Thérèse Amstrong.
Marie Neuville. Marie-Josepha Foringham.
Catherine Wigmore. Marie-Augustine Innes.
Marie Hunloke. Marie-Scholastique Belasyse.
Anne-Catherine Haggerston. Marie-Françoise Markham. Marie-Anne Clavering. Marie Mekenger.
s Marie-Winefrids Clarke.
RELIGIEUSES. Marie Pety-Chaulle.
Marie-Benedicte Belasyne. Anne-Marie Byard.
Marie-Bernardine Haggerston. (L'abbé Trou, Recherches sur Pon- Marie-Agnès Morgan. toise, 1841, in-8, p. 373).
Paris, le 13 décembre 1699.
On dit hautement ici que milord Berwick, fils naturel du roi Jacques d'Angleterre, est un des quatre cardinaux in petlo, et que le roi lui donnera l’abbaye de Jumièges et de Saint Pierre le Vif, près de Bayeux. Il éfudie jour et nuit la théologie et l'Ecriture Sainte.
Le bruit a couru ces jours-ci que le roi avait donné l'abbaye de Montwartre à la sœur de ce mylord, qui est religieuse ursuline ! à Pontoise : mais le roi s’est expliqué et a dit tout haut qu'il étoit résolu de ne jamais donner l'abbaye à une religieuse de différent ordre que seroit l'abbaye, et qu'il ne vouloit point ce changement d'habit et d'état....
(Lettres de l'abbé Viguier publiées par les Bibliophiles françois dans les Mélanges de liltérature et d'histoire.... Première partie, 1856, petit in-8, p. 268-269.) (R.)
h. — (P.5892 et 7491). Sans vouloir relever tous les témoignages sur Bourdaloue, on peut considérer comme un document suggestif, en preuve de l'insignifiance de certains écrits contemporains, ce quatrain de l’abbé Michel de Marolles, dans son : Paris ou Descriplion de cette ville (en 1677). Le nom de Bourdaloue y appelle la rime obligée de tant de mauvaises petites pièces du temps. Nous avons rencontré plus haut une épitaphe de la même facture (p. 449, n. 1). Ce qui est plus curieux que ces pauvretés d'épithètes, c’est l'assemblage des noms « illustres » associés ici à celui de Bourdaloue, et aussi la manière dont on les imprime :
En ce lieu pourroit-on obmettre Bourdalouë ?
Bernardin de Montreüil, Malestroit et des Champs ? Célèbres, d’un grand nom, qui font honneur au temps, Et Garnier, et Bartet dignes que l’on les loué ?
Les célèbres, d'un grand nom, unis dans ce quatrain à notre prédicateur, n'ont guère marqué dans la postérité. Le moins obscur est le P. de Champs,
1. N'est-ce pas bénédictines? Y avait-il des ursulines à Pontoise ou Maubuisson étaitil de l'ordre des Ursulines? (R.) — Ge doit être en effet une erreur, et mieux vaut lire Bénédictine.
que ses rapports avec Condé, ses luttes contre le jansénisme et la haine que lui vouèrent les amis de Quesnel, ont empêché d'oublier de ceux qui étudient l'histoire ecclésiastique du xvu® siècle. Nous avons trouvé en 1685 une série de témoignages sur son compte, et Sourches a raconté dans ses Mémoires comment il refusa de confesser Louis XIV au temps de ses désordres. V. plus haut, p. 5892. Le P. Garnier est surtout connu des érudits pour ses éditions des Pères, notamment son Marius Mercator (V. plus haut, p. 3851). Sur le P. Jean Bertet, l'ancien préfet des études du cardinal de Bouillon, devenu l'abbé Bertet, qu’on lise ce qu'écrit de lui le P. Chérot publiant la lettre de Bourdaloue au cardinal de Bouillon (p. 16), cf. Sommervogel, t. 1, col. 1372. Je n’ai rien rencontré sur le P. Malestroit. Quant au P. Bernardin de Montereul, né à Paris le 20 mai 1596, entré le 26 mai 1624, mort le 15 janvier 1646, on peut se demander, malgré la ressemblance du prénom, si c'est bien lui que désigne Marolles, et comment en 1677 son souvenir est assez vivant pour amener ce nom dans le quatrain. Il est possible cependant que sa Vie du Sauveur, restée populaire et assez lue, lui ait valu cet honneur posthume. On la lisait encore au xvirr siècle. (V. mon article: les Etudes ecclésiastiques d'un laïc au xvine siècle, p. à, note 3.)
En tout cas, comme il est connu et nommé souvent sous le nom de P.de Montreuil, on peut regretter que cette déformation du nom n'ait pas été signalée à sa place alphabétique erronée, par une référence où la Bibliothèque de la Compagnie de Jésus renverrait à l'endroit qui contient la notice de ce père, t. v, col. 1250. Avouons que le quatrain de l'abbé de Villeloin a bien noyé l'éloge de Bourdaloue, et c'est comme «curiosité» de 1677 qu'il fallait cueillir cette mention.
eu
632). Lettre adressée à M. Antoine Rochebilière :
Passy, 20 nov. 1871, 2, rue Jean Bologne.
Monsieur,
Je m'absente jusqu'à la fin de la semaine et je profite des quelques minutes qui me restent pour m'acquitter de ma petite dette au sujet du P. Bourdaloue, vous me pardonnerez de vous envoyer une monnaie bien grèle et bien usée,
Il m'a été impossible de retrouver le renseignement que je m'imaginais avoir puisé aux Registres de l'Oratoire, j'ai fini par croire que je le confonds avec une petite note relative à un sermon que prêcha Bossuet» à l’église de l'Oratoire, devant S. A.R. Madame, le 14 avril 1669, Dimanche des Rameaux, il va sans dire que cette note n'a pas échappé à la curiosité infatigable de M. Floquet (t. 111, p. 300).
Je vous transmets quelques lignes extraites d'une assez méchante chronique latine, composée par les PP. Barnabites, qui desservaient, au xXvn® et au xvrr* siècle, l'église de Passy :
Année 1691. Die Martis, vigesimà februarii, ad nostram ucque domum (le presbytère de Passy) devenére illustres viri non pauci, et Urbe Parisiensi, adducti ob solemnilatem certè magnam et illustrem, habilam in Ecclesià Visitationis oppidi Chalioti (sic), ubi pia et insignis illa Regina Angliae è regno suo exul facta, nobili puellae velum religionis tradidit, reliquas administrante coeremonias R. Episcopo Tracensi |, concionem vero habente eloquentem et solitam, id est, verè miram Ro Pe Bourdaloue, Soc. J. La Visitation de Chaillot touchait, vous le savez, Monsieur, au Couvent des Bons-Hommes, et occupait en partie la place du Trocadéro actuel.
Les lettres de Bossuet dont nous parlions l’autre joursontaunombre detrois.
La première écrite de Saint-Germain, en date du 16 avril 1678 (AT p. 409 (Floquet) est adressée au P. de la Tour, de l’Oratoire. Il y est question de Richard Victor. M. Floquet en cite deux lignes, t. 1v, p.409, note 1°, de ses Æludes sur Bossuet.
La seconde, écrite de Germigny, 22 avril 1686, est adressée au P. de Sainte-Marthe, Général de l'Oratoire. Bossuet le remercie d’une mission prêchée par les Oratoriens à Claye.
La troisième, écrite de Jouarre, est adressée au P. de la Tour, successeur du P, Sainte-Marthe, 19 avril 1702, à propos d'une mission donnée à Jouarre. Cette lettre s'accorde parfaitement avec la lettre de Bossuet à Mme du Mans, en date du 14 mars 1702. Cf. Edit. de Vivès, t. xxvur, p. 416.
Aucune des trois n'a été insérée jusqu'ici dans les éditions complètes de Bossuet. Vous trouverez les originaux aux Archives nationales, Oratoire, carton M. 231.
Je me permets de vous recommander la lettre cLxxx (180) de Bossuet à Mme d'Albert (Viv. t. xxvIII, p. 192): «Il (le Père Bourdaloue) nous a fait, dit Bossuet, un sermon qui a ravi tout notre peuple et le diocèse.» L'appréciation d’un homme comme Bossuet est toujours bonne à noter.
Je viens d'écrire à l'abbé Fabre, auteur de la thèse sur Mme et Mie Deshoullières, je suis bien sûr qu'il sera heureux de s’entretenir avec vous de ces illustres personnes. J'espérais mettre l'abbé Fabre en rapport avec un des derniers héritiers du nom de Mme Deshoullières ; mais j'apprends que c’est un vieillard de 76 ans, qui se meurt et assez tristement, après avoir été fort longtemps un médiocre berger et depuis
. temps un chrétien fort douteux.
Agréez, je vous prie, Monsieur, l'expression de mon respectueux
dévouement. L'abbé H. Ledein, AVI.
j. — (P. 7102 et 791 3%). On a vu déjà différents documents émanés des
jansénistes et assez contradictoires sur le compte de Bourdaloue, présenté comme le plus « janséuiste des jésuites, » tantôt repoussé par eux comme un théologien d'une doctrine très contestable. (V. plus baut, p. 410, note f). Je n'ai point à entrer dans ces questions de la théologie de Bourdaloue. Il n’y a pas beaucoup à s’émouvoir de le voir attaquer de tout temps comme auteur responsable de ce que le numéro du 4 mai de la Justice sociale appelle les « exagérations courantes dans nos stations de Carême. » De tels procédés d'étude ou de critique défraieront peut-être ‘les érudits du XXI: siècle. Je trouve tout aussi opportun de rappeler ici le fragment d'un Memoire d'Arnauld, t. xxv,p.347, cité déjà par Feugère, p.18. On y lit: «Le P. Bourdaloue célèbre par ses prédications, et plus célèbre encore, s’il se peut, par son zele amer et par ses emportements, dit, il n°y a pas longtemps que les Jansénistes étoient des hérétiques très dangereux, et qu’ils ne haïssoient les Jésuites que comme les loups haïssent les chiens du Berger. On ne peut s'empêcher de faire remarquer en passant la charité de ce bon Religieux, qui lui fait prendre pour des bètes farouches, tous ceux qu'il n'honore pas de sa bienveillance, et cette humilité profonde avec laquelle il déclare dans cette comparaison que lui et ses compagnons sont les chiens fidelles à qui Jesus-Christ à confié dans ces derniers temps la garde et le salut du troupeau. »
1. Trecensi ? Si Zrecensi (Troyes) c'étoit Denis-François Le Bouthillier, évêque de Troyes en 4679, abdiqua en 1697 + 15 septembre 1731.
L'ironie était peut-être adroite et la critique piquante, mais la pensée n'était pas juste. S'il était de bonne tactique de faire déclarer imaginaire les erreurs dogmatiques professées sous le couvert de saint Augustin, et de poser en victimes des dénonciations jalouses d'une société rivale, les réclamations contre « les emportements » de Bourdaloue devaient rester inefficaces et ne point l'empêcher de poursuivre ce qu'il regardait comme l'accomplissement de son devoir Nous avons vu que jusqu'à la fin, il renouvela ces manifestations de son « zèle amer. » Les divers témoignages qui le constatent n'en sont pas moins intéressants à enregistrer à leur date Celui-ci que j'avais d'abord négligé, comme publié déjà par Feugère, et surtout comme difficile à assigner à une année précise, se trouve compliqué par une difficulté d'attribution que je ne suis pas en mesure de résoudre, mais que je tiens à signaler. Je laisse cependant au biographe de Dom Robert Desgabets ! le soin de déterminer l'auteur de cette phrase. On la trouve en effet dans le ms. 142 de la Bibliothèque d Epinal, p. 429. dans un Mémoire sur le prétendu jansénisme. D'après la communication que je dois à l’obligeance de M. E. Levesque, ce paragraphe vient après des remarques comme celle-ci: « En même temps que M. Arnauld recevoit de Rome des témoignages avantageux de l'estime et de l’affection du pape, le P. Chaurun, à Issoudun, le déclarait hérétique en pleine chaire. Le P.Guillemin dans un monastère de Bernardines du diocèse de Grenoble, dit que les deux tiers des évêques de France étoient jansénistes et qu’on levoit s'en défier. Le Père Adam, dans un livre imprimé à Bordeaux depuis deux ans, s'emporte contre ceux qu'il appelle les nouveaux docteurs?. » — Faut-il lire: Chaurand, et non Chaurun? Bien que le P. Chaurand, un des émules de saint Vincent de Paul, grand fondateur d'hôpitaux (il en établit 126) ait paru, d'après les ouvrages conservés de lui, s'occuper avant tout de controverse contre le protestantisme, il est possible que la prédication dénoncée ici, soit de lui. Deux de ses livres, imprimés après sa mort (arrivée en 1797) concernent la Confession, matière qui a pu le mettre aux prises avec la morale des jansénistes. V. Sommervogel, t. 11, col.#1102.
Le nom du P. Guillemin ne se trouve au catalogue des écrivains que pour un homonyme, né beaucoup plus tard, Quant au P. Adam, qui n’est pas évidemment celui de Voltaire, comme il fut un grand adversaire du jansénisme, l'identification n'est pas douteuse entre l’auteur nommé par la pièce janséniste et Jean Adam, né à Limoges en 1608, entré en 1622, mort en 1684 La conjecture de M. E. Levesque sur le livre intitulé : Triomphe de l'Eucharistie est, je l'accorde, vraisemblable, quant aux dates, mais le livre, imprimé à Sedan, puis à Paris, ouvrage de controverse contre les protestants, ne vérifie point toutes les conditions marquées; je supposerais donc plutôt qu'il s'agit de l'Abrégé de la vie de S. François de Borgia... A Bourdeaux, 1672 (Sommervogel, t. 1, col. 46). Mais ce sont là des conjectures stériles. — La date en effet n’est point aisée à déterminer pour cette page relative à Bourdaloue. On peut accorder que le Mémoire d'Arnauld a été présenté vers 1676 par Mme de Longueville, et s'en tenir à la date indiquée dans les ouvrages d'Arnauld sans
{Un travail est sur le point de paraître sur cette intéressante figure de dom R. Desgabets, ayant pour sujet: Le cartésianisme chez les Bénédictins, dom R. Desgabets, son système, son influence et son école, par M. l'abbé Lemaire, professeur au collège de Notre Dame des Victoires à Roubaix. Cf. Revue Bossuet, 95 juillet 1900, p. 133.
2. Ge doit être : Le Triomphe de l'Eucharistie, 1671-1672. Note de M. E. Levesque.
pour cela pouvoir dire si le passage en question lui est bien dû, Sans doute Arnauld n'avait pas besoin d'emprunter ce trait à personne, et dom Desgabetz a peut-être puisé dans le Premier mémoire sur Les infractions à la Paix de Clément IX le trait dont il use dans son Mémoire sur le prélendu jansénisme; mais la réciproque est possible aussi et Arnauld en composant le Mémoire destiné à être mis sous les yeux du roi pour montrer la série des attaques dont son parti se disait victime aura très bien pu recueillir de partout les faits et les anecdotes susceptibles de servir de preuves à sa thèse. Je n'oserais donc pas dans une question que je n'ai point à traiter à fond, me prononcer sur la paternité de cette allusion à Bourdaloue. M. l'abbé Lemaire nous dira si c'est Arnauld ou dom Desgabetz que nous entendons accuser Bourdaloue de violence de langage. 11 faut croire qu'en toute hypothèse et quel qu’en soit l’auteur, placée dans un Mémoire destiné à être remis par l'intermédiaire de Mme de Longueville, elle est antérieure à 1679, année de la mort de Mme de Longueville, et peut-être à 1678 date de la mort de D. Desgabetz. Malgré cette espèce de certitude qui rapporte ce mot aux débuts ou du moins-aux huit ou dix premières années du séjour du Bourdaloue à Paris, je n’ai point cru utile de l’assigner à l’une de ces années. Mieux valait la rapprocher d’autres textes de même nature, fussent-ils postérieurs de plusieurs années. Une certitude chronologique ne pourrait naître qu'à condition de rencontrer dans quelque copie ancienne un sermon répondant à ce signalement.
Pour la question de fond et les dispositions des jésuites relativement à la paix de l'Eglise, je me borne à renvoyer au Mémoire du P. Demontézon, imprimé dans le Port-Royal de Sainte-Beuve, t. 1, p. 520-548. Sainte-Beuve, annonçant qu’il donnerait place à ces observations suggérées par la lecture de son livre et à titre de réfutation, écrivait: On y trouvera des pièces nouvelles et peu connues; on y verra de quelle manière les jésuites de nos jours envisagent et traitent cette question du Saint-Cyranisme. On y approuvera du moins un ton de parfaite modération et de convenance dont ces sortes de contestations ne nous ont guère offert l'exemple dans le passé. J'ai même à regretter que depuis lors on ne se soit pas tenu dans les mêmes termes, et que la trêve de charité et de courtoisie, instituée par le P. Demontézon, ou, si c’est trop dire, que du moins cette forme modérée de combat ait cessé d’être observée si peu de temps après sa mort (p. 506). »
k. — (P. 7801.) Marie-Françoise Durye mourut supérieure de la Visitation de Moulins le 10 février 1747. Elle étoit fille de Durye, avocat au Parlement de Paris, employé par M. de Lamoignon à la rédaction des affaires du Palais, rapports, réquisitoires, etc. Il étoit originaire de Moulins où son père était conseiller au Présidial. Le père de Marie-Françoise ne vouloit pas qu'elle fût religieuse :
«.... Ayant déclaré sa vocation à M. son père, il fut allarmé de cette nouvelle quoiqu'il aimât infiniment tous ses enfants, celle-cy étoit la partie tendre de son cœur, mais aussi parfait chrétien que bon père, n'osant s'opposer aux desseins de Dieu sur sa fille, il alla consulter le R. Père Bourdaloue et après un long entretien dans lequel ce R. Père paroissoit approuver la vocation de cette jeune demoiselle, M. Durye, appercevant un crucifix dont la vue ranima à l'instant sa foi et sa piété, dit au Père Bourdaloue : Mon père, nous voilà devant notre commun maître, je le prends à témoin, que je consens que ma fille soit religieuse sur votre parole, si elle n'a pas une bonne vocation vous en répondrez à Dieu. Ce R. Père surpris d’un tel discours lui répondit qu'il vouloit voir
la demoiselle, mais après l'avoir entretenue il fut si charmé de la solidité de ses réflexions et convaincu de la fermeté de sa vocation, qu'il se chargeoit volontiers du coup et qu'il ne craignoit point d'en répondre, ce qui força M. Durye de donner à sa chère fille son consentement, et par un généreux effort comme un autre Abraham, il voulut lui même conduire la victime au lieu de son immolation; et à son entrée dans notre maison en l'arrosant de ses larmes il nous dit: J'espère que le Seigneur me sçaura gré de ce sacrifice, car c’est le plus grand qu'il puisse exiger de moit...
1. —(P. 7942). Ces susceptibilités royales dont nous avons déjà rencontré des exemples (p.363) nous sont expliquées, avec des motifs un peu cherchés peut-être, dans un passage des Mémoires de Legendre. Les alarmes sur tout ce qui concerne les moindres apparences de juridiction reconnue au nonce y apparaissent nettement. À l’occasion d’une maladie du nonce Nicolini, où faillit se renouveler l'incident des funérailles de Varèse, Legendre, qui rappelle d'ailleurs cet évènement, indique bien l’état d'esprit du roi, et son attention à prévenir la moindre application de l'étiquette de nature à accréditer une entreprise sur sa couronne : « Les nonces n'ont en France aucun privilège, écrit-il; grande gène pour eux: partout ailleurs ils ont un tribunal avec liberté entière d'y exercer leur ministère. On les respecte en France, on les honore mais on ne souffre point qu'ils y fassent aucun acte de juridiction, ni volontaire ni contentieuse. Louis XIV avoit sur cela une merveilleuse attention ; les jansénistes lui avoient si bien mis en tête, par les amis qu'ils ont toujours à la cour, que toutes les démarches des papes ne tentent qu'à se rendre maitres du temporel des rois, qu'on ne peut dire combien il étoit en garde contre tout ce qui venoit de Rome et ce qui pouvoit y avoir rapport. Il se faisoit rendre compte des gens qui voyoient le nonce et entroit en inquiétude quand il savoit qu'un prélat avoit fait quelques cérémonies; les jansénistes avoient grand soin de le faire savoir à la cour. La vue de ces hommes artificieux, en donnant des soupçons au roi, étoit d'attiédir le trop de zèle qu'il témoignoit à faire exécuter les bulles fulminées contre eux? (p. 152).» Legendre raconte ici l'aventure des derniers sacrements, pour ainsi dire imposés à Varèse et les faits analogues dont l'archevêque eut à s'occuper lors de la maladie de Nicclini.
Je ne me porterais pas garant pour couvrir la responsabilité ou les visées des jansénistes ainsi mises en cause par Legendre ; il faut avouer cependant qu'autour de Louis XIV bien d’autres influences encore contribuaient à entretenir cette atmosphère de défiance. Colbert ne s'est point caché de ses sentiments à cet égard, et j'ai déjà rappelé la lettre de Bossuet distinguant la manière dont les magistrats entendent les libertés
gallicanes de l'interprétation que l'évêque de Meaux croyait orthodoxe. V. plus haut, p. 5631.
1. Elle mourut à Moulins le 10 février 1747, âgée de 76 ans et 9 mois ayant 53 ans de profession, laquelle eut lieu le 5 Xbre, Elle fut plusieurs fois retardée, (Circulaire sur la vie et la mort de Marie Françoise Durye, morte supérieure de la Visitation de Moulins, le 10 février 1747, Biblioth. nationale Ld 1372.) Coulanges dans deux lettres à M. Lamoigron (10 Xbre 1600 et 11 janvier 1692) (t. IX, p. 602, t. X, p. 2, 7, 35, de l'éd. Hach.) parle de M. Durye. Des dates ci-dessus, il résulte que Marie Françoise
Durye est né» le 10 décembre 1671, et qu’elle fit profession à Moulins le $ Xbre 1694, à 23 ans. (R.)
2. C'est le mot de Harlay, p. 697 «lui baiser les pieds et lui lier les mains. »
m. — (P. 8005, 8012, 8731). Depuis longtemps, les mesures de police prises pour empècher l'accroissement de la mendicité, témoignaient de la misère trop générale. Sans remonter jusqu'aux jours où Bossuet plaidait pour les « pauvres renfermez des Hôpitaux de Paris», Giroust qui cessa de prècher vers 1681, a déjà des anathèmes contre ceux qui restent insensibles à la pensée « de tous ces misérables des pauvres provinces... durant ces fàächeuses années où l'on vous crie que les pauvres de la campagne ne mangent que de la charogne et ne se rassasient que de leurs propres ordures... » (V. Sermons inédits, p. 214 1). Le tableau si souvent cité du « paysan » décrit par La Bruyère d’une façon si bruyante et trop vraie, trouverait son pendant chez des prédicateurs dont la littérature ignorera sans doute à jamais les noms. (V, plus haut, p. 8791), Les mesures édictées en 1685 et 1686 indiqueraient bien des années spécialement fâcheuses. On lit dans la Gazetle ces essais d'application d'ateliers nationaux, pour ne point dire de workhouses.
Gazette, 21 avril 1685 : « On a publié une Déclaration du Roy, par laquelle il est ordonné aux pauvres mendians valides depuis douze ans & au dessus, qui ont la force & la santé necessaire, de se rendre aux Ateliers de la Ville pour estre employez aux ouvrages publics, & à ceux qui ne sont pas natifs de cette ville, ou de douze lieües aux environs, de se rendre incessamiment aux Ateliers établis dans les Provinces, sous les peines portées par la mesme Déclaration. Sa Majesté voulant ainsi, selon la bonté qu'elle a pour tous ses sujets, procurer les moyens de gagner leur vie, à ceux qui ont la volonté de travailler & maintenir le bon ordre, en y obligeant ceux qui fuyent le travail par faineantise & par dereglement.»
Gazelle. De Paris, le 27 octobre 1686 : « On a publié ici cette semaine une Déclaration du Roy, par laquelle il enjoint à tous ceux qui peuvent travailler et qui mandient, de se retirer incessament de cette ville dans les lieux & provinces de leur naissance ou autres lieux pour y travailler aux ouvrages ausquels il voudront s'employer : avec défense de continuer de mendier, sous peine des galères pour cinq ans.»
Outre les détails que nous fournissent les exhortations de Bourdaloue en faveur des pauvres (Cf. plus haut, p. 862 etsuiv., les Exhortalions sans date), nous rencontrons, en 1693, dans les œuvres de Soanen, un sermon intitulé: Exhortalion sur l'Aumône faile à Saint-Eustache pendant une retraite, l'an 1693. Nombre de traits sont à relever. À la faveur d'une division des plus simples, s'adressant et parlant à des personnes de condition élevée, le prédicateur plaide pour les pauvres : « J'ose le dire à la honte des fidèles de nos jours, les places publiques, les grands chemins n'offrent à nos yeux que des troupes de misérables qui trainent leur existence sans trouver aucun secours... Je viens aujourd hui, Messieurs, me mettre moimême à la place de ces malheureux, et vous forcer en quelque sorte à les secourir en vous faisant voir, Premièrement ce qu'ils sont, secondement ce que vous êtes... Vous ne pouvez mépriser les pauvres sans vous mépriser vous-mêmes. En effet, formés de chair et d'os comme vous, enrichis d'une àme spirituelle comme vous, destinés à une vie éternelle comme vous, ils ne diffèrent de vous que parce que leurs pères furent peut-être plus hommes de bien que les vôtres ; que parce qu'il vous a plu d'imaginer des distinctions chimériques, qui semblent vous élever au dessus d'eux, et qui, à le bien prendre, ne sont que le fruit de votre cabale, de votre ambition, de votre orgueil; que parce que vous avez peut-ètre entamé votre probité... Vous me direz, Messieurs, que ce n'est point la qualité des pauvres qui vous alarme, mais que c'est l’horreur qui les environne, la difformité qui les couvre, dont vous êtes ellrayés ; et je vous répondrai que c'est précisément parce qu'ils sont remplis d'ulcères, parce qu'ils n’ont
pour vêtements que des lambeaux usés que vous devez sentir vos entrailles s'émouvoir, Et si la vue de ces squelettes ambulants, de ces spectres hideux vous décourage et vous révolte, vous auriez donc fui la présence de notre divin Sauveur, lorsque, couronné d'épines et couvert de sang... il offrait à la terre le spectacle le plus terrible et le plus touchant ..»
Dans sa seconde partie, l'orateur est plus pressant encore :
« Il est étonnant de voir, dit-il, jusqu'à quel point ce faste excessif qui accable nos villes et nos campagnes, étouffe les sentiments d'humanité. L'homme sorti de la lie du peuple, ne se reconnait plus, et se croit un Dieu lorsqu'une fortune surprenante et rapide lui a procuré quelques revenus et quelques distinctions .. S'ils ont recours à mille différents stratagèmes pour exciter notre pitié, ne nous en prenons qu'à nous-mêmes et regardons-nous comme la cause de ces malheurs. Ce n'est, en effet, que parce que nous sommes inhumains qu'ils sont artificieux ; que parce que nous les rebutons qu'ils cherchent à nous tromper. Hélas! Je ne voudrais vous voir qu'un seul jour à leur place, couverts de leurs misères, accompagnés de l'ignominie qu’il trainent avec eux, et qui les rend aux yeux du publie un objet d'horreur. Combien cette journée ne vous paraitrait-elle pas de longue durée! Combien ne seriez-vous pas humiliés d'un tel état, et irrités si l’on venait à vous rejeter. Et vous ne voulez pas que ces malheureux se plaignent et murmurent lorsque vous les accablez de vos mépris et de vos reproches!» (Migne, Orateurs sacrés, t xL, col. 1557-1546.)
Il serait aisé de reconstituer, à l'aide de citations des Mémoires ou Lettres du temps, la physionomie de ce cadre douloureux de l’année 1693. Mme de Sévigné y a fait plus d'une fois allusion. Elle écrit, de Grignan, le dimanche 25 avril 1694: « Je me suis résolue d'aller me mettre à couvert pour quelque temps, jusquà ce que l'orage qui nous accable ici de toutes parts, soit un peu passé.» (Sévigné, t. x. p. 150). Le commentateur indique, pour éclairer cette lettre, le commencement de celle du 20 juillet suivant. Parlant de son arrivée en Provence : « Ma fille et M. de Grignan, écrit-elle, m'amenèrent dans un pays si différent de celui que je quittois... que je crus être dans un château enchanté. Enfin, Madame, jugez-en, puisqu'on n'y voit ni misère, ni famine, ni maladies, ni pauvres. On croit être dans un autre monde...» D'ailleurs, la lettre du 25 avril, en laissait assez entendre : « Pour le chevalier de Grignan, il est sur le point de manger du pain de feuilles et de fougères, n'ayant au monde qu'une pension de menin qu'on ne lui paie plus.. » «Les efforts du gouvernement, dit M. Henri Martin, parlant de 1693, ne portèrent qu'un faible et tardif remêde à la disette, qui engendra de cruelles épidémies, suite ordinaire de l'épuisement populaire. On prétend (sans doute le chiffre est exagéré) qu’il mourut cette année, à Paris, quatre-vingt-seize mille personnes.» Histoire de France, t. XIV, p. 190. Sévigné, 1. c., note 1 et pp. 169-170. V. P. Clément, La police sous Louis XIV. Ch. x, Les disettes, p. 248-264.
n.— (P.686,808? et J082.) Le Mercure de 1694,au mois denovembre, faisait paraitre, sous la signature de Mr de Vin une pièce de vers intitulée : Le Dormitif. En voici les principaux passages, autant du moins qu'ils sont nécessaires à l'intelligence d'un éloge de Bourdaloue et des autres prédicateurs en renom, à qui l’auteur accordait les honneurs de sa fable.
Certain Duc fatigué de trois jours d'insomnie Consulta Roch son médecin.
Il n'en dormit pas mieux. Enfin
Appréhendant par là d’intéresser sa vie Comme un remède souverain,
Il envoya quérir le fameux Trissotin,
Monsieur l'abbé, je suis bien aise Luy dit:l, dès qu'il fut entré Qu'on vous ait chez vous rencontré, Asseyez-vous sur cette chaise Et sachez que chez moy je ne vous ay mandé Que comme l’Amy seul dont je puisse estre aydé. L'autre prétend qu'on se moque de lui, et qu'il n'est pas médecin. Je ne me raille point, reprit le Duc sincère, Et vous avez un somnifère Que bien des gens ont trouvé bon.
Moy ? vous me surprenez. — Ouy, vous mesme et j'espere Que vous l’accorderez à mon humble prière.
— Dites moy donc au moins ce que c'est. — Un sermon. De tous ies dormitifs, c'est le plus salutaire... Trissotin se récrie, et la discussion, quelque peu languissante, reprend, ou mieux, le monologue du seigneur, qui poursuit : Ah ! mon cher Trissotin, que je dors bien aux vostres, 11 s’en faut tout qu’à ceux des autres, L'on gouste les mesmes douceurs, La Roche, Hubert, Boileau, Bourdalouë & La Ruë D'une attention assidrë Nous forcent d'écouter les leurs, Mais comme vous l’avez, nul d’entre eux, quoique habile, N'a cet art merveilleux d’exciter ces vapeurs Qui cavsent un sommeil aussi long que tranquile Bon, rien moins. Les voit-on d'humeur A laisser un moment dormir un Auditeur ?
Non, ils sont sans miséricorde Et de peur d’en rien perdre, on n’ose pas enfin Bailler mesme avec eux, qu’ils ne soient à la fin Mais à grand peine vostre exorde Est-il cessé qu'on sent appesantir ses yeux Et par ma propre expérience Je sais qu'on ne dort jamais mieux Que quand de vous entendre on a la patience...
Dans cette pièce, bien faible, je le concède, ce qu'on admire surtout, c'est la patience de Trissotin à subir les insolences de cette application ; mais il y faut voir aussi un réel éloge des orateurs nommés.
Il est assez curieux de rencontrer comme un commentaire vivant de cette fantaisie dans la lettre ci-dessous de Madame, cette même princesse peut-être que Bourdaloue félicita un dimanche de Quasimodo de son assiduité à écouter les sermons. (V. plus haut, p. 686).
« Saint-Cloud, le 19 mars 1693... Il m'est impossible d'entendre prècher sans m'endormir : un sermon, c'est de l'opium pour moi. Une fois que j'avois la toux bien fort, jé passais trois nuits sans fermer l'œil. Je me souvins alors que je dormois à l'église dès que j'entendais prêcher ou chanter les nonnes. Aussi je me rendis en voiture à un couvent où on alloit prêcher un sermon. A peine les nonnes eurent-elles commencé leurs chants que je m'endormis et je dormis de la sorte pendant les trois heures que dura l'office dont je sortis complètement remise.» (Jaeglé, t. 1, p. 98.)
Ce thème est fréquent dans les lettres de la Palatine, et il est bien possible, si le compliment à Madame, cité plus haut (p. 686), lui a été adressé, qu’elle ne l'ait pas entendu, ou du moins entendu sans sourire.
« Versailles, 20 février 1695. C’est un grand honneur d'être à côté du Roi au sermon, mais je cèderois volontiers ma place. Car Sa Majesté ne veut pas me permettre de dormir ; sitôt que je m'endors, le Roi me pousse du coude et me réveille. » (Jaeglé, t. 1. p. 109.)
« Marly, 16 mars, 6 h... Présentement le roi me laisse de nouveau
dormir au sermon...» Cf. 18 juillet 1705. Brunet, t 1, p. 80, et dans Nouvelles leltres de la duchesse d'Orléans, éd. de 1853, p. 41.
« Versailles, 17 décembre 1705. Les prédicateurs sont ordinairement assez peu amusants; il me semble qu'on perd le respect pour les ecclésiastiques, lorsqu'on les voit si souvent et de si près, car il est sûr que ce sont des hommes comme les autres. »
Oo. — (P. 8841.) Sur François de Chansiergues et sur ses Séminaires. Gallia christiana, t. vir, p. 1042 : « (Franciscus de Chansiergues) sepullus est in claustro paroeciae Sancti Johannis in Gravia ; qui moriens sua commendavit sodalitia Paulo des Marels episcopo Carnotensi, Michaeli Le Pellelier qui poslea fuit episcopus Andegavensis, & Carolo Magnalenæ de la Frezeliere episcopo Rupellensi, ipsaque regenda commisit Antonio Lauzi, parocho sancli Jacobi de Carnificeria, qui zelo, industria & carilate, illa promovere vel difficillimis temporibus non cessavit. »
Ibid., suppl. col. 282 : « Lellres patentes pour l'établissement d'un petit Séminaire en la Ville de Paris, pour eslever dans l'Esprit de l'Eglise les pauvres escolliers dont on connoislra la vocation à l'Eslat ecclesiastique.... Louis par la grace de Dieu.... Sur ce qui nous a esté représenté par nostre tres cher & tres amé cousin le sieur archevesque de Paris, qu'il n'y a aucun seminaire de son Diocese, où les pauvres ecclesiastiques puissent estre reçus parce quils n’ont pas de quoy y payer leurs pensions & que les seminaires n'ont pas de fonds pour les y recevoir gratuitement ; que le sieur de Lauzy curé de saint Jacques de la Boucherie soutient dans nostre Ville de Paris, & dans plusieurs autres villes & dioceses de nostre Royaume l'establissement de petits seminaires commencé par le sieur de Chansiergues, en faveur des pauvres ecoliers aspirants à l’estat ecclesiastique qui n'ayant pas le moyen d'entrer dans les grands seminaires, abandonnent leurs estude, perdent leur temps, tombent dans le dereglement, quittent la vocation ecclesiastique, & souvent ne reussissent dans aucune profession, que le sieur de Lauzy eslève ces pauvres escoliers dans une solide pieté, d'une manière pauvre & simple, telle qu'ils l’auroient dans leurs familles, ce qui les rend propres à remplir les emplois de l'Eglise les plus penibles & les plus abandonnez comme les places de chapelains dans les hopitaux, de Vicaires à la Campagne, de maistres d'ecole dans les cures de petit revenu, qui se trouvoient quelquefois vacantes faute de trouver des ecclesiastiques accoutumez à une vie dure, ayant esté aussi informez que Dieu repand de grandes benedictions sur cet establissement, Nous y avons consenti avec plaisir depuis plusieurs années par la gratification de trois mille livres que nous avons accordées pour contribuer à une si sainte œuvre, d'où il est sorti des ecclesiastiques zelez qui edifient partout où ils sont, & qui ont esté employez avec beaucoup de succez par nos ordres à l'instruction des nouveaux convertis en plusieurs endroits de nostre Royaume, ayant de plus esté informez que le feu sieur abbé de Marillac (+ 25 février 1696), persuadé de l'utilité de ces petits séminaires, avoit donné sous nostre bon plaisir, par son testament du 23 fevrier dernier en faveur du dit establissement, onze cent cinquante livres de rentes constituées sur nos aydes et gabelles, avec deux maisons pour loger les dits pauvres ecclesiastiques, qui jusqu'à présent se sont retirez dans des maisons louées & empruntées, supposé toutefois que nous voulussions donner des lettres patentes pour confirmer ledit establissement, nostre dit cousin l'archevesque de Paris nous a supplié de les accorder, nous faisant connoistre
que ledit establissement est necessaire dans son diocese pour eslever à l'estat ecclésiastique des sujets qui puissent remplir des mediocres employs de l'Eglise & qui sont presentement occupez par divers ecclesiastiques dont la pluspart ne donnent pas l’esdification que les peuples attendent d'eux, etc... »
Sur les séminaires de Paris, il y aurait à recueillir quelques informations dans le Mercure ou dans la Gazette. Mais en dehors des récits de cérémonies, la compétence des nouvellistes est sujette à caution. Qu'on en juge par cet extrait du Mercure galant de 1678 :
«Après vous avoir parlé de plusieurs Actions éclatantes dans lesquelles l'esprit de M: l'Abbé Colbert a paru, je luy ferois injustice si je negligeois de vous entretenir de sa piété.#Il en vient de donner un grand exemple, en se retirant pour trois mois dans le Seminaire de S. Sulpice...» (V. plus haut, p. 456:) Suit un morceau peu informé sur l'institution des Séminaires, «On est assurément fort redevable à la piété de ceux qui ont institué les Seminaires. Celuy de S. Nicolas du Chardonnet est le premier qui ait esté étably à Paris. 11 le fut par M. Froger, Docteur de Sorbonne, & curé de cette Paroisse ; il eut sous luy un prestre extraordinairement zelé nommé Bourdoisi » (sic pour Bourdoise, p. 190.) Le Mercure parle aussi du Pere Vincent, Fondateur de la Mission, (p. 192), puis de Saint-Sulpice : « Les bienfaits de feu M. de Bretonvilliers ont beaucoup contribué à l’établissement, etc... » Mercure galant, décembre 1678, pp. 188 & suiv.
« Nostre Archevesque donnant des marques de son zèle en toutes les occasions, fit le 29 du Passé, une belle exhortation en l'Eglise de S. Nicolas du Chardonnet, sur les grandes utilitez du Seminaire Archiépiscopal établi en cette Eglise : qui a depuis quarante ans envoyé aux Parroisses abandonnées dans les Dioceses du dedans & du dehors de ce Royaume, plus de six mille prestres entretenues par deux Compagnies de personnes pieuses de l’un & de l'autre sexe. Gazette 1677, no 32, ? avril, p. 275. — On sait que Bossuet prêcha aussi en faveur de cette Bourse des Séminaires. (V. Lebarq, t. 1v, p. 428 et Ledieu, Mémoires, p. 87). On ne peut donc présenter cette assistance des étudiants ecclésiastiques n'ayant pas le moyen de suflire à leur pension, comme une œuvre absolument nouvelle. Toutefois la fondation en faveur de laquelle parlait Bourdaloue est certainement distincte de ces fondations déjà anciennes.
p. — (P. 8851.) On lit dans la Gazette de France : « De Paris, le 24 avril 1683. Le 16 de ce mois, Messire Patrice Maginn, Premier Aumônier de la Reyne de la Grande Bretagne, Abbé de Thuly, mourut en cette ville dans le Collège des Lombarts, dont il estoit Proviseur, âgé de 66 ans. I1 a laissé un fonds considérable pour l'établissement d'une communauté de Prestres Irlandois : & il a fait plusieurs autres legs pieux.»
La Gazette de janvier 1685, p. 12, annonce la bénédiction de la Maison des Prestres Ecolers Irlandois, que le Me,cure raconte en ces termes : « Le Dimanche 31 de l'autre mois (31 décembre 1684), M. l'abbé Chéron, Chanoine de l'Eglise de Paris, & Official de M. l'Archevesque, fit par son ordre la Benediction de la Chapelle du Séminaire des Prestres Irlandoiïs, Ruë des Vignes, Fauxbourg S. Marceau. La Benediction estant faite, ce mesme Abbé célébra la Messe, assisté de M. Fitz Patrick, Abbé de Leix, Superieur de ce Seminaire, & de tous les Prestres qui le composent. Il y eut un fort grand concours de Peuple. M: le Duc de Richelieu & M. le Marquis de Chandenier furent presens à cette cérémonie aussi bien que MM. les Presidens de Mesmes & de Bailleul & autres Personnes de rang. Le Roy voulant donner retraite à tant de pauvres Prestres & Escoliers que
la Religion Catholique oblige à sortir d'Angleterre, d'Ecosse & d'Irlande, établit ce Séminaire en 1672. » Mercure galant, janvier 1685, p. 102.
r. — (P. 9142). A Paris, le 23eme de sepbre 1701. Mon Rä pere PEACE
Je me donne l'honneur d'ecrire a vostre Reuerence pour luy apprendre la mort de nostre frere François Robineau qui nous fust enlevé le ?1eme de ce mois a six heures et trois quarts du soir aagé de 85 ans apres avoir soutenu auec une patience admirable les douleurs d’une dissenterie tres violente pres de quinze jours. Il a désiré, demandé et receu tous les sacremens auec une piété qui repondoit a la vie si religieuse qu'il a mené pendant 60 ans dans la Compagnie. Il en a passé 50 dans cette maison, 25 ans boulenger, 18 ans compagnon du pere Bourdaloüe et, les autres dans tous les offices auxquels on l'emploioit, auec une édification, une charité, une douceur qui lui attiroient l'estime et l'amitié de tout le monde d'une manière que chacun le demandoit par grace pour compagnon. Il étoit toujours prest à tout ce que l'on pourroit souhaiter de luy sans marquer jamais la moindre répugnance, et quand il avoit un moment de repos il n’attendoit pas qu'on l’envoyast aux offices ; on l'y voyoit aussitost pour aider les officiers, ou au jubé pour prier. Quoiqu'il eust longtems qu'il se preparast à la mort il le faisoit neanmoins depuis quelques mois d’une manière plus particulière ne lisant plus que des livres qui lui en parloient, visitant plus souvent le St Sacrement pour la demender heureuse; la desirant avec plus d’ardeur pour estre avec Dieu comme il nous l’a marqué dans toute sa maladie. Une vie si religieuse nous donne lieu de croire qu'il en reçoit la récompense dans l'éternelle, je ne laisse pas cependant de demander pour luy les suffrages de la Compagnie à vostre Révérence à laquelle ie suis avec un profond respect,
Son tres humble et tres obeissant serviteur
Baudran.
(au dos :) À mon Reverend pere
Le R, P. Roncellet 1, Supr de la maison de la Comp:
de Jésus a Pontoise.
(Recueil de lettres autographes et nécrologiques des Pères de la Cie de Jésus, de 1693 à 1761. Bibl. de la rue des Postes. Pièce 15).
La notice de M. de Hansy sur Saint-Paul dit 1702 (p. 50, n° 46), mais c'est une faute d'impression ou une mauvaise lecture, ceci est la vraie autorité. (R.)
M. de Guilhermy, dans sa Liste des Pères et Frères enterrés dans Les caveaux de la Maison Saint-Louis (Inscriplions de la France, t. 1, p. 522), a été trompé lui aussi par la date de l'inscription, qui, selon lui, porterait: «m. le 27 septembre 1702; » en outre. lui qui classe séparément les frères coadjuteurs dans ce relevé des défunts, a mis François Robineau parmi les pères. — La notice consacrée au F. Montfalcon, conservée aussi dans les dossiers de Rochebilière, à l'année 1704, pour éliminer, en montrant la date de sa mort (1721), l'application d’une pièce de vers intitulée : Epilaphe du F. Compagnon du R. P. Bourdaloue (YV. plus bas, note t, p. 996). Elle ne parle pas non plus de la fonction de secrétaire de Bourdaloue, et rien n'a jusqu'ici confirmé l'hypothèse que j'ai
1 V. plus haut, p. 8245.
risquée sur les transcriptions de sermons qu'auraient pu faire pour notre prédicateur les frères désignés pour lui servir de compagnons dans ses sorties. Voici la lettre annonçant la mort du F. Laurent de Montfalcon; il a signé ainsi : «Lauren (sic) de Monfalcon » sa formule de vœux prononcés à Bourges et reçus par le P. Louis Genevray, recteur du collège, le 15 août 1684 1:
Mon Reverend Pere, PC.
Le ?8° du même mois il nous est encore mort n. fr. Montfalcon qui étoit dans sa 83 année. Des le 23e une foiblesse plus grande que celles auxquelles il estoit sujet depuis quelque tems, nous obligea de luy donner à la hate L'extreme onction. Il en revint sans nous donner cependant lieu d'espérer qu'il pt aller loin. Le 23e il avoit communié comme il avoit coutume de le faire les fêtes et les Dimanches, durant les trois derniers jours de sa vie on à fait sur luy 4 ou 5 fois la recommandation de l'âme. Enfin le ?8° il expira, ayant conservé un peu la connoissance jusqu’au dernier soupir. Depuis plusieurs années, il s'étoit comporté d’une manière Religieuse et édifiante pour toutes les personnes du dehors avec qui son devoir et son office l’obligeoient de se trouver, tout infirme qu’il étoit ici, et au jubé pour y faire ses prières. Pendant les trois jours qui ont précédés sa mort, autant que son esprit et sa langue lui ont donné la liberté de s'exprimer, il a fait paroître une vraye contrition de ses fautes, et une entière résignation à la volonté du Seigneur devant qui il se sentoit près de paroitre. Je supplie V. R. de vouloir bien lui accorder les suffrages ordinaires de la Compagnie et quelque part dans ses SS. $SS. pour celuy qui a l'honneur d’etre avec le plus parfait respect.
Mon Reverend Pere de V.R. Le très humble et très obéissant serviteur.
PAR AtArd SI A la fleche ce 30e janvier 1721 (ou ?9).
(Recueil de lettres autographes et nécrologiques des Pères de la Cie de Jésus, de 1693 à 1761. Biblioth. de la rue des Postes, N° 98). (Au dos) : T A Mon Reverend Pere Suff. [Suffrages] Le Reverend Pere Paulin de la Compagnie de Jesus supérieur de la résidence. A Pontoise
s. — (P. 9281). Le 24 9bre 1702 Dlle Anne-Augustine Chevalier fille de Mre Louis Chevalier conseiller secrétaire du Roy maison et couronne de France et de ses finances de la généralité de Metz et fermier général des fermes du Roy et de dame Marguerite Estienne Daugny! son Espouse a été admise par la communauté capitulairement assemblée à faire l’année de probation en conséquence de quoy elle a pris l'habit de religion en la présence de M. son père de Mme sa mère et de plusieurs de leurs parents
1. Le frère François Robineau avait prononcé les siens entre les mains du P. Claude Delidel, supérieur d'Alençon, le 6 juin (date un peu insolite) 1652.
2. Le Mercure galant, janvier 1736, p. 171, annonce sa mort. Son mari mourut le 15 janvier 1715 (id.)
et amis communs et de toutes les religieuses de la communauté ce jourd’huy trente et uniesme Decembre mil sept cens deux. Sr Marguerite lefeure Deaubonne Abb.
Sr Anne Augustine Chevalier.
Cheualier Cheualier.
Cheualier M. Estienne.
Cheualier Cheualier.
(Monastère de la Nativité de Jésus établi à Paris. Etat civil de l'Hôtel de Ville de Paris, registre in-f° coté 27, p. 66.)
La profession se fit le 8 janvier 1704, on la trouve p. 70 du même registre. Filles de Ste Claire du monastère de la Nativité de Jésus (Registre p. 1ère), Marguerite le Fevre d'Eaubonne signe au registre comme Abbesse le 25 février 1679 (p. 18), et sa dernière signature est du ?8 juillet 1709. Elle succéda à Marie de St Michel et la sœur Angélique lui succéda.
On lit dans le Mercure de France: « Le 5, Marguerite Estienne, veuve depuis le 4 janvier 1715 de Louis Chevalier!, Ecuyer, Seigneur de Montigny près de Metz, et de Bagnolet proche Paris, Conseiller secrétaire du Roy, maison Couronne de France et de ses finances, Receveur general des finances de Metz, et fermier general des fermes unies de Sa Majesté, avec lequel elle avait été mariée le 5 septembre 1667, mourut à Paris âgée de 87 ans, elle était fille de Philbert Estienne Seigneur d’Augny, à une lieue de Metz, Lieutenant General au Bailliage et Siège royal de Metz, et d'Anne Pauline Luquin. D'un grand nombre d'enfants qu'elle avait eus, il ne reste plus qu'Anne Chevalier?, veuve d'André le Vieux, conseiller en la cour des aydes de Paris, Marie-Marguerite Chevalier, veuve de Jean- Antoine Ranchin, secrétaire ordinaire du Conseil royal, Direction et finances. Louis Chevalier, seigneur de Mongeroult, President honoraire aux enquêtes du Parlement de Paris, veuf de Marie-Anne Fermé, dont il a Louis Chevalier, né le 14 may 1707 et reçu conseiller au Parlement de Paris le 1? décembre 1727. Marc-René Chevalier, né le 21 may 1709 et Marie-Marguerite Chevalier, née le 5 may 1710, mariée le 20 janvier 1727 avec Gaspard Masson, Maitre des requêtes ordinaire de l'Hôtel du Roy puis président aux enquêtes du Parlement de Paris, Philbert-Antoine Chevalier, Seigneur de Montigny, l'un des fermiers généraux des fermes du Roy, et ci-devant receveur général des finances de Metz, aussi veuf de Marie-Madeleine de Combault d'Auteuil dont il ne lui reste qu Elisabeth Terese Marguerite Chevalier, née le 13 février 1705, et veuve de
1. Chevalier secrétaire du Roy, rue neuve Saint Eustache fermier général des Gabelles. (Alim. roynl, 1703, p. 54.)
Le Mercure de France de juin 4741, p. 1470, annonce la mort d'un François Chevalier, seigneur de Vandetar.. mort à Paris dans sa SSe année, né le 18 Xbre 1653. Il étoit fils de Jacques Chevalier gentilh. ord'® de la reine Anne d'Autriche et auparavant auditeur en la Chambre des comptes. Le ÆMercure de septembre suivant p. 2122, donne de nouveaux détails.
«... Mme Chevalier, veuve d'un conseiller au grand Conseil, connue par ses grandes charités envers les pauvres dont elle est la Trésorière, recevant toutes les aumônes qui se donnent à Paris pour les pauvres de la campagne... » (ce: n’est point la mère de notre religieuse.) (Wercure galant de sept. 1691, p. 237.)
Mort d'André Chevalier, Mis de Saint-Blimont, seigueur de Sandé, Caon, Gouy, Etrebeuf, Salnal, d'Enneville, Uron, Armancourt, pris alliance daus la famille des Letonnelier de zreteuil (Hercure galant, février 4692, p. 265.)
2. Mariée en Xbre 1684 ou janvier 1685 (V. Mercure galant de janv. 1655, p. 245),
elle était nièce de Madame Chevalier dont la fille épousa en 1634 M. Le Tellier, conseiller à la cour des aydes (id.).
Charles-Louis-Frédéric Cadot Marquis de Sebeville, Enseigne de la ?* compagnie de mousquetaires du Roy. Armand Chevalier, cy-devant Maitre d'Hôtel ordinaire du feu Duc de Berri, et Louis-André Chevalier, Chanoine Régulier de l'Ordre de S. Augustin, de la Congrégation de France, et Prieur de la Maison sous Longjumeaut.
t.— (P. 9681, 3.) M. le chanoine Pauthe dans le récit de sa visite à Saint- Paul-Saint-Louis, ne parle cependant que d'une plaque commémorative. Rendons-lui cette justice qu'il a bien laissé planer quelque doute sur l'endroit des eryptes où reposent les restes de Bourdaloue. Tout ce qu’on peut dire, avec le P. Lauras, t. 1, p. 82, c'est qu’il avait été enterré dans une des chambres de gauche. (Ce serait donc sous la chapelle de saint Ignace où était le monument des Condé.) Mais qu’en a-t-il été des bouleversements qui ont suivi, et qu'est devenue la bière que Labouderie dans sa Notice écrite en 1825 ?, déclare avoir vue? La multiplicité des inscriptions n'a rien de rassurant. « Il n'ya pas, dit M. Tausserat, moins de quatre inscriptions funéraires, deux modernes, deux anciennes... Il serait à souhaiter qu'on déterminàt laquelle recouvre l'emplacement des restes de Bourdaloue. » À merveille, pourvu que sous prétexte de ces reconnaissances, on n'aille point renouveler les multiples exhumations dont on a afiligé le cercueil de Bossuet. M. Gazier, dans son compte rendu du livre de M. Réaume, à propos du récit de la reconnaissance du corps en 1864, réclame vivement, et non sans raison, contre cette curiosité moderne, qui pour voir dans leur tombe les grands hommes d'autrefois, prodigue aisément ces cérémonies indiscrètes. (Revue des Cours litléraires, 1869, p. 37).
Gardons nos incertitudes sur ces details matériels qui ne nous révèleront rien sur la vie de ces grands morts et ne cherchons à réveiller que leur mémoire par l'étude des documents contemporains. Voilà des exhumations qui ne troubleront pas le repos de leur tembe, ni le respect dû aux sépultures chrétiennes. — I] serait intéressant de savoir comment on est arrivé à ces quatre inscriptions. L'origine d'une des deux modernes est connue : elle date de 1863, et M. Paul-Adrien Bourdaloue, ingénieur, s'honorant d'une parenté que les recherches de M. Tausserat n'ont point déclarée authentique (Tausserat, p. 59) l'a fait placer en mémoire du mariage de sa sœur en 1860 (Lauras, p. 82, note 3). — Il faut noter parmi les pères enterrés avec Bourdaloue, dans la liste relevée par M. de Guilhermy (Inscriptions de la France du v+ au XVe siècle) :
Le P. Bernardin de Montrueil (Cf. plus haut, p. 520, note f, mort le 5 janvier 1646.
Claude de Lingendes, 12 avril 1660.
André Castillon, 25 mars 1671.
Pierre Le Moyne, 23 avril 1671.
Jacques Giroust, 19 octobre (lisez juillet) 1689. (On voit que les inscriptions sont souvent erronées) (Cf. p. 992).
Jean Croiset, 4 janvier 1692.
Gui Fontaine, 6 avril 1692.